LA QUÊTE DE L’OU­BLI

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Isa­belle Hontebeyrie Agence QMI

Dans L’amour au temps de la guerre

ci­vile, Rodrigue Jean conti­nue à ex­plo­rer la des­cente aux en­fers de la drogue.

Après Hommes à louer, puis le pro­jet

Épo­pée – L'état du mo­ment, mê­lant Web et ci­né­ma, Rodrigue Jean pour­suit son pé­riple dans le monde de la consom­ma­tion.

Cette fois-ci, le scé­na­rio s’ar­ti­cule au­tour d’Alex (Alexandre Lan­dry), un jeune pros­ti­tué du quar­tier Centre-Sud de Mon­tréal. Ob­sé­dé par sa pro­chaine dose, il en­chaîne aus­si les passes, sans qu’on sache très bien s’il s’agit uni­que­ment d’un gagne-pain. Crack et sexe s’en­tre­mêlent en une in­ces­sante quête d’ou­bli.

Mais le «trip», comme l’or­gasme, semble mé­ca­nique. Pas de plai­sir, juste l’en­vie d’ou­blier. D’ou­blier quoi?

Qu’Alex, en fin de compte, ne vit pas. Je ne suis même pas sûre qu’il par­vienne à sur­vivre. En voyant ses vê­te­ments usés, ses yeux cer­nés et vides, on a l’im­pres­sion qu’il est dé­jà mort.

DANS LE CRU

Contrai­re­ment à Hommes à louer et Épo­pée – L'état du mo­ment, L’amour au

temps de la guerre ci­vile n’est pas un do­cu­men­taire, même si le réa­li­sa­teur s’est ins­pi­ré, pour son scé­na­rio, de l’his­toire d’un homme ren­con­tré pen­dant le tour­nage d’Épo­pée.

Le long-mé­trage est donc une fic­tion, que l’on suit dans les chambres dans les­quels Alex re­trouve ses amants, sur le ca­na­pé d’un ap­par­te­ment sombre, dans une ba­gnole qu’il faut rendre au pe­tit ma­tin. Et, comme c’est une fic­tion, on ne peut que se sen­tir dé­ta­ché – jus­qu’à un cer­tain point – par ce qui se pro­duit à l’écran. Alors qu’

Hommes à louer nous plon­geait dans la ré

ali­té, L’amour au temps de la guerre ci­vile nous noie dans le déses­poir, le cru.

Ce n’est pas pour rien que le film a été pré­sen­té au Festival in­ter­na­tio­nal de To­ron­to et qu’il vient d’être ven­du aux États-Unis, en Ita­lie, en France et au Royaume-Uni, ni même qu’il fe­ra par­tie des oeuvres de chez nous au Eu­ro­pean Film Mar­ket de la Ber­li­nale.

L’amour au temps de la guerre ci­vile com­porte un mes­sage fort et est un film à voir. Mais, émo­ti­ve­ment, on res­sort vi­dé de la pro­jec­tion.

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