Les loups

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Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Isa­belle Hontebeyrie Agence QMI

Avec Les loups, Sophie De­raspe signe un long-mé­trage mal­heu­reu­se­ment peu convaincant mal­gré les très bonnes pres­ta­tions d’Éve­lyne Bro­chu et de Louise Por­tal.

Élie (Éve­lyne Bro­chu) ar­rive dans un vil­lage des îles de la Ma­de­leine en plein hi­ver et va s’ins­tal­ler dans un hô­tel te­nu par Na­dine (Cin­dy Mae Ar­se­nault). Elle est se­crète, ne livre pas les me­nus dé­tails de sa vie, se pro­mène dans le vil­lage en­nei­gé, prend des pho­tos, ob­serve.

Peu à peu, le spec­ta­teur com­mence à en ap­prendre un peu plus sur elle. Élie vient de se faire avor­ter, elle ar­rive de la ville. Elle n’est pas si sau­vage qu’elle en a l’air et com­mence à se lier d’ami­tié avec les ré­si­dents: Ma­ria Men­quit (Louise Por­tal), son fils William (Be­noît Gouin), Léon Clark (Gil­bert Si­cotte) et le Fran­çais (Au­gus­tin Le­grand), qui la drague.

RE­CHERCHE

Que vient-elle faire là? Pour l’ins­tant, au­cune idée. Ses jour­nées se dé­roulent au rythme de la na­ture, de la mé­téo. Les hommes prennent le ba­teau et partent à la pêche, en fait, à la chasse. Celle du phoque qu’on ap­pelle aus­si le loup de mer. Élie de­meure en marge de cette vie, de ce clan de vil­la­geois qui font presque bloc contre elle tout en fouillant dans ses af­faires.

Ma­ria cherche – simple cu­rio­si­té ou in­té­rêt hu­main – à en sa­voir plus sur Élie, à l’ap­pri­voi­ser. Elle ne tar­de­ra pas à ob­te­nir ré­ponse à ses ques­tions. Car la jeune femme cherche son père et sa place dans le clan.

Le style de Sophie De­raspe s’ap­pa­rente au do­cu­men­taire. Si la fic­tion est là et oc­cupe la place cen­trale, les ar­riè­re­plans portent le sceau du réel, du vé­cu, du brut, comme ces scènes de la chasse au phoque, bien san­glantes. La na­ture est là, om­ni­pré­sente, comme pour rap­pe­ler la ru­desse de la vie et l’inévitable confron­ta­tion dans cette lutte pour la sur­vie.

Le propos est par­fois trop sim­pliste – les sous-en­ten­dus sur le loup, la com­mu­nau­té du vil­lage, la chasse -, le per­son­nage d’Élie est bros­sé à trop grands traits et sys­té­ma­ti­que­ment en op­po­si­tion avec ce qui l’en­toure, au point qu’on perd de vue l’in­trigue et l’émo­tion des per­son­nages.

PRO­BLÈME RYTH­MIQUE

Car Les loups peine à trou­ver un rythme, à moins que Sophie De­raspe ait vo­lon­tai­re­ment vou­lu jouer sur cette ab­sence, le mo­ment de la dis­pa­ri­tion d’un ba­teau de pêche en fin de film semble un res­sort scé­na­ris­tique fa­cile pour ten­ter de conser­ver l’in­té­rêt du spec­ta­teur jus­qu’à la fin. Tout comme Éve­lyne Bro­chu, que l’on sait ca­pable de s’en­flam­mer et de li­vrer une pres­ta­tion re­mar­quable pour l’avoir vue dans Inch'Al­lah est ici éteinte, presque pas­sive, comme si la réa­li­sa­trice lui avait de­man­dé de sous-jouer son per­son­nage.

Mal­gré ces dé­fauts, il faut sa­luer le tra­vail éblouis­sant de Phi­lippe La­va­lette, le di­rec­teur de la pho­to­gra­phie (qui a d’ailleurs oeu­vré sur Inch'Al­lah, mais aus­si, plus ré­cem­ment, sur La gang des hors-la-loi), qui filme ces pay­sages de bord de mer en leur don­nant toute leur force et leur puis­sance (on a l’im­pres­sion de n’avoir qu’à tendre la main pour sen­tir la tex­ture des vagues et du sable).

De fait, Les loups est es­sen­tiel­le­ment un plai­sir es­thé­tique, ce qui ne comble pas les at­tentes.

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