LA PLA­NÈTE vue par Da­niel Le­mire

EN 10 POINTS

Le Journal de Quebec - Weekend - - LA UNE - Ra­phaël Gen­dron-Mar­tin

De­puis le dé­but de sa car­rière, Da­niel Le­mire s’est tou­jours fait un ma­lin plai­sir à rire de l’ac­tua­li­té. Et son nou­veau spec­tacle ne fait pas ex­cep­tion. Dans cette op­tique, nous avons po­sé dix ques­tions à l’hu­mo­riste sur dif­fé­rents su­jets qui ont ré­cem­ment fait les man­chettes.

«T’as de la mi­sère à mar­cher sur le trot­toir et la piste cy­clable à cô­té est dé­ga­gée. On est en plein mois de fé­vrier, ça se peut­tu qu’on soit à l’en­vers?»

– Da­niel Le­mire, sur le tra­vail du maire de Mon­tréal, De­nis Co­derre

1 Le pre­mier mi­nistre Phi­lippe Couillard a de­man­dé à ses mi­nistres de tou­jours lui par­ler avant de s’adres­ser aux mé­dias. Que penses-tu de cette dé­ci­sion?

«C’est la mé­thode Har­per. C’est évident qu’il y en a quelques-uns qui se sont mis les pieds dans la bouche! Ce que je ne com­prends pas là-de­dans, c’est un peu d’hu­mi­li­té, svp. Ça ar­rive à tout le monde de dire des niai­se­ries et de se trom­per. Tu l’ad­mets et tu passes à autre chose. C’est pa­reil comme si c’était un crime de lèse-ma­jes­té. C’est pos­sible de dire qu’on s’est trom­pé. Ce n’est pas la fin du monde. T’es quand même juste mi­nistre au Qué­bec. Cal­mons-nous le pom­pon! Cette his­toire veut d’au­tant plus dire que ces gens-là ne sont que des ma­rion­nettes. En ce mo­ment, c’est un des pires gou­ver­ne­ments qu’on ait eus de­puis je ne sais plus com­bien d’an­nées. C’est un peu: “y a-t-il un pi­lote dans l’avion?”»

2 Des ré­cents son­dages donnent Pierre Karl Péladeau ga­gnant s’il de­vient chef du Par­ti qué­bé­cois. Quel est ton point de vue là-des­sus?

«On est en­core bien loin avant les élec­tions. De voir Péladeau en bonne po­si­tion, ça me laisse scep­tique pour l’ins­tant. La grosse ques­tion avec lui, ce se­ra de voir ça va être quoi son en­tou­rage. Je ne le vois pas vrai­ment comme un homme po­li­tique. Ce n’est pas quel­qu’un qui prend vrai­ment la cri­tique. C’est as­sez uni­la­té­ral. Et ça va dé­pendre aus­si de ce qui va se pas­ser au fé­dé­ral, parce qu’il va y avoir du chan­ge­ment. Ça va chan­ger la donne. Parce qu’en ce mo­ment, je pren­drais n’im­porte qui sauf Har­per. Quel sans-des­sein!»

3 On parle en­core du pro­jet de ré­fé­ren­dum et de la sou­ve­rai­ne­té. En 2015, crois-tu ce­la tou­jours per­ti­nent?

«Je ne sais plus trop quoi pen­ser de ça. Tu as plu­sieurs réa­li­tés. Il y a la réa­li­té mont­réa­laise et celle du reste du Qué­bec. De­puis quelques an­nées, il y a un clivage qui est de moins en moins ré­con­ci­liable. À Mon­tréal, la réa­li­té est très dif­fé­rente. Dans les écoles, des Qué­bé­cois pure laine, il n’y en a presque plus. Alors que dans le reste de la pro­vince, c’est autre chose. Il n’y a per­sonne qui s’at­tarde à ça alors que c’est un des gros pro­blèmes. Le reste du Qué­bec veut se sé­pa­rer de Mon­tréal!»

«C’est pour ça que de se sé­pa­rer du Ca­na­da, je trouve qu’il y a d’autres pro­blé­ma­tiques sur les­quelles il fau­drait peut-être s’at­tar­der avant. Il y a eu un ti­ming pour ça et ça ne s’est pas fait. En 1995, le fé­dé­ral l’a vo­lé. Par contre, tu ne peux pas faire un chan­ge­ment comme ça avec 0,4% de ma­jo­ri­té. Ç’au­rait été la guerre ci­vile.»

4 Com­ment as-tu ré­agi en ap­pre­nant les at­ten­tats à Pa­ris contre Char­lie Heb­do?

«J’ai trou­vé ça in­nom­mable. Il y a du monde qui di­sait que Char­lie Heb­do avait cou­ru après, mais c’est in­ac­cep­table. Si tu n’aimes pas Char­lie Heb­do, ne l’achète pas. C’est tout. Tu ne vas pas tuer pour ça. Il y avait quand même eu des si­gnaux d’alarme quand le réa­li­sa­teur néer­lan­dais avait été as­sas­si­né et que le des­si­na­teur da­nois avait été me­na­cé parce qu’il avait des­si­né Ma­ho­met. C’est là qu’on au­rait dû mettre notre pied par terre. Il faut qu’ils en re­viennent [les is­la­mistes]. Je suis chez moi et je des­sine Ma­ho­met, en quoi ça te re­garde, chose? De toute fa­çon, je suis pas mal an­ti-re­li­gion, alors ils ne trouvent pas une oreille at­ten­tive chez moi!»

5 Que penses-tu du tra­vail du maire de Mon­tréal, De­nis Co­derre, jus­qu’à pré­sent?

«La grande chance qu’il a, c’est d’être ar­ri­vé après le maire Trem­blay! La barre n’est pas haute. N’im­porte qui a l’air d’un gé­nie. Mais en­core là, à Mon­tréal, c’est un peu la même chose. “Y a-t-il un pi­lote dans l’avion?” On di­rait qu’il n’y a pas de plan. Des fois, je ne com­prends pas. T’as de la mi­sère à mar­cher sur le trot­toir et la piste cy­clable à cô­té est dé­ga­gée. On est en plein mois de fé­vrier, ça se peut-tu qu’on soit à l’en­vers?»

«En show à Mon­tréal, ça ne marche plus. La plu­part des hu­mo­ristes, on ne joue plus à Mon­tréal. On va au Dix30 et ailleurs. Y’a eu un phé­no­mène, quelque chose qui s’est pas­sé. J’ai dé­jà fait 118 shows au St-De­nis 2 dans une même tour­née. Le monde de la ban­lieue ve­nait à Mon­tréal. Main­te­nant, c’est le contraire. La ville est en train d’étouf­fer.»

6 il ne semble pas se pas­ser une se­maine ces temps-ci sans que ne soit dif­fu­sée une vi­déo de ter­ro­ristes en train de dé­ca­pi­ter des gens. Estce que ce­la te fait peur?

«C’est as­sez iro­nique, car ils font ça presque à tous les jours en Ara­bie Saou­dite et ils ne le filment pas. En même temps, c’est tou­jours épou­van­table de voir des gens se faire dé­ca­pi­ter. Ça n’a pas de sens. Je me de­mande qui fi­nance ça et à qui ça sert? Je fais un gag là-des­sus dans mon show. Avec les nou­veaux groupes comme l’État is­la­mique et Bo­ko Ha­ram, Al-Qaï­da a l’air des scouts com­pa­ré à eux! C’est du genre “on était as­sez bien quand c’était vous qui étiez là”. Mais il n’en reste pas moins qu’il y a eu une mon­tée du ter­ro­risme der­niè­re­ment.»

7 Es-tu op­ti­miste quant aux re­tours éven­tuels des Nor­diques et des Ex­pos?

«C’est sûr que les Nor­diques ont plus de chances, tant qu’à moi. Au ba­se­ball, avec les contrats qu’ils signent, c’est ma­lade. Et je pense que c’est un sport qui est moins adap­té au monde mo­derne. Al­ler t’as­seoir pen­dant quatre heures, man­ger des hot-dogs et boire de la bière, c’est ren­du peut-être moins in­té­res­sant. Et ça prend un nou­veau stade. Je pense que Mon­tréal a d’autres be­soins pas mal plus criants que ça. Pour les Nor­diques, c’est dur à dire. La ligue va dé­ci­der de leur re­don­ner un club si elle est à la der­nière ex­tré­mi­té. Parce qu’elle ne veut pas, c’est clair. Ce n’est pas un gros mar­ché pour elle. Mais avec l’his­toire de Win­ni­peg, il y a un pe­tit es­poir.»

8 Que penses-tu du suc­cès de Xa­vier Do­lan sur la scène in­ter­na­tio­nale et des réa­li­sa­teurs qué­bé­cois qui prennent d’as­saut Hol­ly­wood?

«Je n’ai pas vu Mom­my, mais je trouve que Xa­vier Do­lan a l’air d’un gars avec beau­coup de ta­lent. J’en ai en­ten­du beau­coup par­ler. On vient d’as­sis­ter à la nais­sance d’un grand ar­tiste, c’est as­sez clair. Pour les réa­li­sa­teurs qué­bé­cois à Hol­ly­wood, ça ne doit pas être fa­cile. Le ci­né­ma amé­ri­cain, c’est autre chose. Il y a de moins en moins de conte­nu et beau­coup d’ef­fets spé­ciaux. Per­son­nel­le­ment, je consi­dère qu’une grande par­tie de la créa­tion à ce ni­veau-là est al­lée à la té­lé de­puis 15 ans. Alors qu’avant, la té­lé était un peu le parent pauvre. Main­te­nant, ce n’est plus ça.»

9 Il y a ré­cem­ment eu un dé­bat sur la pré­sence trop ac­cen­tuée de l’an­glais à l’émis­sion La Voix. As-tu peur pour l’ave­nir du fran­çais au Qué­bec?

«Ça me fait pen­ser aux gens qui dé­non­çaient la pré­sence de McCart­ney sur les plaines à Qué­bec. Il ne faut pas vi­rer fou. Je suis plu­tôt tem­pé­ré là­des­sus parce qu’il faut faire at­ten­tion pour ne pas pas­ser pour des na­zis non plus. Les An­glais ont des droits ac­quis ici aus­si. Et hon­nê­te­ment, quand tu voyais Ma­dame Ma­rois qui n’était pas ca­pable de par­ler an­glais, ça n’avait pas de bons sens non plus. Tu ne peux pas être un chef d’État en Amé­rique si tu ne parles pas an­glais. [...] À la Saint-Jean, l’an­née pas­sée, ils vou­laient chan­ter en fran­çais. Mais la chan­son qui ras­sem­blait tout le monde, c’était... Au­jourd’hui, ma vie c’est d’la marde! Je ne suis pas sûr que je n’au­rais pas mieux ai­mé quelque chose en an­glais! C’est iro­nique pa­reil.»

10 La ma­ri­jua­na a été lé­ga­li­sée dans cer­tains États amé­ri­cains. Ton per­son­nage Ronnie étant un cé­lèbre dro­gué, que penses-tu de cette nou­velle?

«J’ai d’abord été éton­né de voir cette avan­cée-là aux États-Unis. Comme au Co­lo­ra­do, c’est lé­gal dans le ta­pis, pas seule­ment thé­ra­peu­tique. Puis j’ai su qu’en Ca­li­for­nie, où c’est aus­si lé­gal, ils ont fait cinq mil­liards en taxes la pre­mière an­née. Tiens donc... La guerre à la dope était d’une ab­sur­di­té, de toute fa­çon. Main­te­nant, le gou­ver­ne­ment peut faire de l’ar­gent et contrô­ler le pro­duit, en plus.»

e L’hu­mo­rist s’at­taque à 10su­jets chauds

de l’ac­tua­li­té

PHO­TOS LE JOUR­NAL DE MON­TRÉAL, TZA­RA MAUD, ET D’AR­CHIVES

Pierre Karl Péladeau

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