Force tran­quille

Avec son nou­veau long-mé­trage met­tant en ve­dette Cé­line Bon­nier, Diane La­val­lée, Ma­rie Ti­fo, Pier­rette Ro­bi­taille et An­drée Lac­ha­pelle pour ne ci­ter qu’elles, Léa Pool re­monte dans le temps pour ra­con­ter une his­toire d’une in­dé­niable mo­der­ni­té.

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Isa­belle Hontebeyrie Agence QMI

Mère Au­gus­tine (Cé­line Bon­nier) di­rige un couvent aux abords du Ri­che­lieu. Là, elle com­mu­nique aux jeunes élèves sa pas­sion pour la mu­sique. Lorsque sa nièce, Alice (Ly­sandre Mé­nard) ar­rive dans l’ins­ti­tu­tion, elle dé­couvre une pia­niste pro­dige à qui elle doit ap­prendre à maî­tri­ser ses ar­deurs. Pa­ral­lè­le­ment, comme nous sommes en 1968, les éta­blis­se­ments sco­laires re­li­gieux sont voués à dis­pa­raître et Mère Au­gus­tine est bien dé­ci­dée à se battre.

DÉ­VOI­LÉES

Pour Léa Pool, qui a col­la­bo­ré au scé­na­rio, «ces voiles noirs des re­li­gieuses et un tcha­dor, c’est à peu près la même chose, il n’y a au­cune dif­fé­rence». La ci­néaste, en plan­tant son long-mé­trage à la fin des an­nées 1960, entre la Ré­vo­lu­tion tran­quille et le mou­ve­ment hip­pie, en bros­sant les por­traits de re­li­gieuses lut­tant pour leur sur­vie et les dé­buts de l’en­sei­gne­ment pu­blic, ne s’éloigne pas pour au­tant de l’ac­tua­li­té. «Ma­rie Vien [NDLR: la scé­na­riste] et moi avons tou­jours fait un lien avec ce qui se pas­sait ac­tuel­le­ment, de­puis un an ou deux, avec la Charte de la laï­ci­té, le fait de ne pas por­ter de voile dans l’en­sei­gne­ment», dit-elle.

Ce propos est écla­tant dans la scène où les re­li­gieuses ôtent leurs ha­bits pour re­vê­tir les nou­veaux, plus mo­dernes. Fil­mée à la fin du tour­nage – «par ha­sard, en rai­son de la dis­po­ni­bi­li­té des ac­trices» —, cette scène a per­mis à la ci­néaste de «réa­li­ser à quel point ces femmes, ces ac­trices étaient in­ves­ties par leurs per­son­nages.»

«Au dé­part, on pen­sait faire quelque chose de sty­li­sé. Je vou­lais des gestes ex­trê­me­ment lents, j’avais de­man­dé aux co­mé­diennes de mettre l’émo­tion de ce que leur per­son­nage a vé­cu pen­dant ce tour­nage. […] C’est donc un mé­lange de quelque chose d’ex­trê­me­ment ré­glé au ni­veau des ac­tions à por­ter et d’ex­trê­me­ment libre au ni­veau de l’ex­pres­sion émo­tive.»

RÉ­SI­LIENTE

Cé­line Bon­nier, elle, parle de son per­son­nage de Mère Au­gus­tine – dont on dé­couvre le lourd se­cret, ce­lui qui l’a pous- sée à en­trer en re­li­gion – comme d’une femme qui se dé­fi­nit comme «ré­si­liente. […] J’ai­mais beau­coup l’idée de la pas­sion d’une re­li­gieuse et de la mu­sique en pre­mier plan. […] Je trou­vais ça beau, ce mys­tère de la dé­vo­tion à une re­li­gion ou à une com­mu­nau­té. C’est fas­ci­nant et c’est quelque chose à la­quelle je n’ai ja­mais tou­ché dans un per­son­nage au­pa­ra­vant. C’est une bat­tante, mais tran­quille».

Le film s’ouvre sur Cé­line Bon­nier, en voiles noirs, mar­chant sur le Ri­che­lieu ge­lé. Et l’ac­trice parle d’une «rencontre avec ce cos­tume. Je ne crois pas en Dieu, mais cette rencontre avec ce cos­tume aus­si im­po­sant, et ce n’est pas juste une image! Il y a le poids, la contrainte des mou­ve­ments, du corps. C’est une rencontre qui fait évo­luer le per­son­nage.» Elle re­tient sur­tout la pré­pon­dé­rance de la mu­sique et, par là même, le nombre de sous-textes qu’in­clut Léa Pool dans son film, y com­pris tous les sens du mot «pas­sion». «Il y a clai­re­ment un pa­ral­lèle entre la mu­sique et la pas­sion amou­reuse. Pour faire de la mu­sique sé­rieu­se­ment, ça prend de la ri­gueur, le lais­ser-al­ler, de l’aban­don, le contrôle, la poé­sie, la fo­lie, l’ar­ro­gance, la per­son­na­li­té, en même temps que ça prend du tra­vail achar­né et ré­pé­té chaque jour, du sé­rieux, du dé­tail, etc.».

Et Cé­line Bon­nier éta­blit un pa­ral­lèle avec la so­cié­té d’au­jourd’hui dans «La pas­sion d’Au­gus­tine». «C’est un hom­mage à ses femmes qui ont édu­qué une grande par­tie du Qué­bec pen­dant long­temps. C’est aus­si un hom­mage à la mu­sique, qui m’a d’ailleurs ap­pris la plu­part des choses im­por­tantes de ma vie. […] L’édu­ca­tion de la mu­sique, c’est im­por­tant et de bonne heure! Et on est en train de mettre tout ce­la aux pou­belles. […] C’est pri­mor­dial de dé­ve­lop­per un être hu­main comme il faut et ça se dé­ve­loppe par l’Art, parce que c’est la rencontre entre la ri­gueur, la com­mu­ni­ca­tion, l’em­pa­thie. L’Art, c’est de l’em­pa­thie.»

La pas­sion d’Au­gus­tine prend l’af­fiche

le 20 mars.

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