Triste réa­li­té

Lun­di, 10 per­sonnes per­daient la vie en Ar­gen­tine dans un ac­ci­dent d’hé­li­co­ptère alors que s’amor­çait le tour­nage d’une nou­velle té­lé-réa­li­té pour la chaîne fran­çaise TF1. Un triste évé­ne­ment im­pli­quant no­tam­ment des cham­pions olym­piques, une des plus gra

Le Journal de Quebec - Weekend - - TÉLÉVISION - Em­ma­nuelle Plante EM­MA­NUELLE. PLANTE@ QUE­BE­COR­ME­DIA.COM

Bien qu’elle ait vé­ri­ta­ble­ment émer­gé dans les an­nées 1990, la té­lé­réa­li­té a vu le jour 20 ans plus tôt. À l’époque, on s’in­tro­dui­sait dans le quo­ti­dien des fa­milles. C’était di­sons plus soft. Mais vers la fin des an­nées 1980, des do­cu-réa­li­tés, dont la sé- rie amé­ri­caine COPS, ont connu beau­coup de suc­cès. Dé­pei­gnant le quo­ti­dien d’une équipe de po­li­ciers dans des opé­ra­tions au­près de bri­gands, l’émis­sion dure de­puis 27 sai­sons, non sans risque.

Si Big Bro­ther a chan­gé la face de la té­lé­réa­li­té en 1999, l’avè­ne­ment de Sur­vi

vor a éle­vé le fac­teur risque de plu­sieurs crans. Ins­pi­ré d’une émis­sion sué­doise de 1997, Ex­pe­di­tion Ro­bin­son, Sur­vi­vor et ses nom­breux dé­ri­vés dont Ama­zing Ra-

ce, Pé­kin Ex­press et même Vol 920 plus ré­cem­ment à TVA, est à mi-che­min entre une té­lé­réa­li­té et un jeu ex­trême où les par­ti­ci­pants sont plon­gés dans des lieux non com­muns, iso­lés, qu’ils doivent y sur­mon­ter des épreuves, faire preuve d’en­du­rance et d’une per­sé­vé­rance par­fois sur­hu­maine. Aux États-Unis, Sur­vi

vor est re­nou­ve­lé de­puis 30 sai­sons. La fran­chise a été ven­due dans plus d’une qua­ran­taine de pays.

1999 est aus­si l’an­née de nais­sance d’un autre mou­ve­ment à haut risque qui a connu ses heures de gloire: Ja­ckass. Une

gang de jeunes adultes at­tar­dés qui se lancent des dé­fis far­fe­lus et se sou­mettent à des cas­cades sou­vent dan­ge­reuses dans le seul but de pro­vo­quer le rire et de vivre une bonne dose d’adré­na­line. Killer

Ka­raoke, où le chant se fait dans un contexte sa­dique, The War­riors of Go­ja, un show de ta­lent d’une ex­trême vio­lence de l’Inde, et même Les Jo­kers (dont une adap­ta­tion de chez nous est dif­fu­sée à Vté­lé avec hu­mour) sont des «en­fants»

du phé­no­mène Ja­ckass.

ZONE D’IN­CON­FORT

Dans les an­nées 2000, une troi­sième ca­té­go­rie d’émis­sion de té­lé­réa­li­té a vu le jour: les jeux dans les­quels on sort nos ve­dettes de leur zone de confort pour les faire dan­ser, chan­ter, pa­ti­ner, plon­ger ou faire du cirque.

Si à l’étran­ger ce genre car­tonne, au Qué­bec, on se montre plus pru­dent. Le

Grand Saut, dont la ver­sion al­le­mande connaît beau­coup de suc­cès, n’a connu qu’une seule sai­son chez nous. Peu d’ar­tistes ont ac­cep­té de se prê­ter à l’en­traî­ne­ment au plon­geon, un concept au­da­cieux et exi­geant. Et bien que toutes les me­sures de sé­cu­ri­té aient été sa­vam­ment prises au sé­rieux par nos pro­duc­tions, quatre ar­tistes, Joey Scar­pel­li­no, Ja­son Roy-Lé­veillée, Fran­çois Massicotte et Do­mi­nic Pa­quet, ont dû se re­ti­rer pour cause de bles­sures. Ja­sey-Jay An­der­son a aus­si dû se re­ti­rer du Défi des

cham­pions en 2011 pour ne pas ag­gra­ver

ses bles­sures, le ni­veau de com­plexi­té des nu­mé­ros de cirque étant très éle­vé, même pour des ath­lètes pro­fes­sion­nels.

De­puis, la té­lé­réa­li­té a ex­plo­sé et n’a pra­ti­que­ment plus de li­mite. Vous sou­ve­nez­vous en 2010 du Jeu de la Mort, un do­cu­men­taire qui ex­plo­rait, au moyen d’un jeu fic­tif, jus­qu’où le com­por­te­ment hu­main pou­vait al­ler, pous­sé par le pou­voir de la té­lé. Un jeu cruel où les concur­rents en­voyaient des dé­charges élec­triques à un autre par­ti­ci­pant, mon­trant ain­si l’em­prise dé­mo­niaque et la puis­sance du mé­dia sur le com­por­te­ment hu­main. Au fi­nal, per­sonne n’avait été réel­le­ment bles­sé, mais le ré­sul­tat était pro­bant.

SÉ­QUELLES PHY­SIQUES ET AUTRES

Si, heu­reu­se­ment, peu d’ac­ci­dents sont rap­por­tés, ceux qui le sont de­meurent spec­ta­cu­laires et la part de risque at­tire les re­gards. Il se­rait im­por­tant de se ques­tion­ner sur l’éthique de cer­tains concepts. Pen­sons à Born in the Wild que Li­fe­time a dé­ve­lop­pé l’été der­nier. Ins­pi- ré d’une vi­déo vi­rale vue plus de 22 mil­lions de fois, c’est dire notre cô­té voyeur, on y voit des femmes ayant dé­ci­dé de don­ner nais­sance en pleine na­ture sau­vage… sans aide. Pen­sons aus­si à Na

ked and Afraid, sorte de Sur­vi­vor nu­diste.

On ne parle pas non plus suf­fi­sam­ment des sé­quelles psy­cho­lo­giques qui ré­sultent de la par­ti­ci­pa­tion à des émis­sions de té­lé­réa­li­té. En France, la té­lé­réa­li­té a don­né lieu à plu­sieurs sui­cides. Même les trans­for­ma­tions ex­trêmes sur des femmes non sa­tis­faites de leur ap­pa­rence, qui passent de longues heures sous le bis­tou­ri, re­pré­sentent un dan­ger pour la race hu­maine. L’ac­ces­si­bi­li­té aux ré­seaux so­ciaux et aux moyens de tour­nage donne au­jourd’hui la pos­si­bi­li­té de ré­vé­ler au monde toute ex­pé­rience.

Mais les dif­fu­seurs de­vraient se ques­tion­ner sur les va­leurs qu’ils sou­haitent trans­mettre en don­nant vi­si­bi­li­té et pu­bli­ci­té à cer­tains concepts qui mettent notre vie comme notre équi­libre en dan­ger.

hun­teG­rand­sautNa­ke­dan­da­fraidC­ro­co­di­ler

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