IBEYI

Deux ju­melles fran­co-cu­baines d’à peine 20 ans, hé­ri­tières du my­thique Bue­na Vista So­cial Club, sont la sa­veur du mois dans le monde de la mu­sique. La clef de leur suc­cès? Un mé­lange d’élec­tro soul et R&B ac­cro­cheur de même qu’une as­su­rance hors du com­mun

Le Journal de Quebec - Weekend - - MUSIQUE - Cé­dric Bé­lan­ger CEDRIC.BELANGER@QUE­BE­COR­ME­DIA.COM

Il en faut pour dé­bar­quer à un si jeune âge dans un mi­lieu aus­si im­pi­toyable et imposer ses vues, comme elles l’ont fait lors­qu’est ve­nu le temps de tour­ner le clip de la chan­son Ri­ver.

Dans ce clip au concept fort ori­gi­nal, les soeurs Li­sa Kain­dé et Nao­mi Diaz sont main­te­nues en apnée sous l’eau, sauf quand c’est leur tour de chan­ter.

«On a dit au réa­li­sa­teur qu’on vou­lait tra­vailler avec l’eau et que nous étions contre les clips où t’as la jo­lie chan­teuse qui marche dans la rue avec un jo­li ma­quillage et une jo­lie robe. Ce n’est pas du tout notre truc», ba­lance Li­sa-Kain­dé, dans un en­tre­tien que le duo a ac­cor­dé ré­cem­ment au Jour­nal par Skype, de­puis Pa­ris.

Jouer la carte de la sé­duc­tion n’est pas leur truc, mais rien ne dit que ça ne le de­vien­dra pas, cor­rigent-elles ra­pi­de­ment.

«Si un jour on a en­vie de faire de la pop ul­tra pro­duite et de twer­ker, c’est ce qu’on fe­ra. On va faire ce qu’on a en­vie», tranchent-elles.

DES JU­MELLES DIF­FÉ­RENTES

Même si elles savent ce qu’elles veulent, que les chan­sons de leur al­bum épo­nyme pa­ru en fé­vrier se dé­marquent par une uti­li­sa­tion ha­bile des per­cus­sions et té­moignent d’une éton­nante ma­tu­ri­té mu­si­cale, les ju­melles re­de­viennent de vraies ga­mines en en­tre­vue. Elles se coupent la pa­role, s’en­flamment et, comme on l’a vu plus haut, n’ont pas la langue de bois.

No­tam­ment quand elles font tom­ber le cli­ché de l’en­tente har­mo­nieuse entre ju­meaux.

«Nous avons des ca­rac­tères très dif­fé­rents, quand l’une va à gauche l’autre va à droite. C’est com­pli­qué dans la vie de tous les jours d’être en­semble. C’est la mu­sique qui nous a don­né la cer­ti­tude que nous pou­vions faire quelque chose de beau en­semble et qui a lié notre re­la­tion à ja­mais», lance Li­sa-Kain­dé, dé­fi­ni­ti­ve­ment la plus vo­lu­bile du duo.

LIENS DE SANG

La fa­mille et la mu­sique oc­cupent une place im­por­tante chez Ibeyi (ju­meaux, en yo­ru­ba). Papa An­ga, mort su­bi­te­ment à l’âge de 45 ans en 2006, jouait des per­cus­sions au sein du Bue­na Vista So­cial Club. Elles lui rendent d’ailleurs hom­mage sur la pièce Think Of You (la chan­son Ya­ni­ra rend pour sa part hom­mage à leur soeur dé­cé­dée). Leur ma­man Maya chan­tait aus­si. Bref, elles ont de qui te­nir.

«C’est grâce à notre père qu’on a su que c’était pos­sible d’être mu­si­ciennes, que c’était pas hon­teux, un beau mé­tier et qu’on pou­vait mé­lan­ger tout ce qu’on ai­mait», dit Nao­mi.

Mé­lan­ger tout ce qu’elles aiment, c’est pré­ci­sé­ment ce qu’elles ont fait sur leur al­bum. Le ré­sul­tat a ra­vi les cri­tiques. Au grand plai­sir des Diaz, qui avouent can­di­de­ment qu’elles crai­gnaient le ju­ge­ment de la presse.

«Ce fut un grand sou­la­ge­ment. On avait peur que les gens ne com­prennent pas pour­quoi nous avions mis du yo­ru­ba de­dans, qu’ils croient que c’était un coup de pub. Ils ont fi­na­le­ment com­pris que c’est notre culture.»

Ibeyi se­ra en spec­tacle le 26 mars, au Théâtre Fair­mount, de Mon­tréal.

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