LE NEZ

Le Journal de Quebec - Weekend - - MUSIQUE - Cé­dric Bé­lan­ger Le Jour­nal de Qué­bec

Une ques­tion s’im­po­sait au mo­ment d’amor­cer l’en­tre­vue avec Kim Nguyen, réa­li­sa­teur du do­cu­men­taire Le nez. Y au­ra-t-il une pro­jec­tion du film en«odo­ra­ma»?

Ra­re­ment la perspective de re­gar­der un film en «scratch n’ sniff» n’est ap­pa­rue aus­si ap­pro­priée que pour ce plon­geon très ins­truc­tif dans l’uni­vers des odeurs. Se faire par­ler avec pas­sion de sa­fran, d’ambre gris, de truffes pen­dant une heure et de­mie donne vrai­ment le goût de les sen­tir, ces fa­meux par­fums.

«Ça se­rait une bonne idée», ré­pond en riant Nguyen quand on lui fait la sug­ges­tion.

CA­CA DE BA­LEINE ET ODEUR DE VA­GIN

Pour les néophytes de ce sens sous-es­ti­mé, si on peut s’ex­pri­mer ain­si, Le nez se ré­vèle un do­cu­men­taire sur­pre­nant. On y ap­prend que le ca­ca de ba­leine (ambre gris) est à ce point re­cher­ché qu’il peut va­loir un fort mon­tant d’ar­gent aux chan­ceux qui en trouvent; qu’un homme qui fait la traite de la dis­pen- dieuse truffe, en Ita­lie, trans­porte une arme dans sa voi­ture pour se pro­té­ger; qu’on a ten­té de créer un par­fum qui sent le va­gin d’une femme et bien d’autres faits tout aus­si éton­nants les uns que les autres.

Par­mi les spé­cia­listes qui dé­filent à l’écran, on en­tend le som­me­lier Fran­çois Char­tier et une femme ayant per­du l’odo­rat à la suite d’un ac­ci­dent et qui a consta­té que les connexions avec son cer­veau ont pu se re­for­mer et lui per­mettre de sen­tir de nou­veau des odeurs.

Mais qu’est-ce qui a le plus sur­pris Kim Nguyen dans son odys­sée ol­fac­tive? «Que les femmes sé­lec­tionnent leurs par­te­naires sur la base de l’odo­rat, sans pour au­tant en être conscientes. Ap­pa­rem­ment, se­lon les spé­cia­listes, les femmes se servent de leur odo­rat pour choi­sir des mâles qui ont un ADN dif­fé­rent du leur afin de fa­vo­ri­ser la di­ver­si­té.»

UNE PRE­MIÈRE

Le nez est la pre­mière in­cur­sion de Kim Nguyen dans l’uni­vers du do­cu­men­taire et elle est at­tri­buable à une offre que le ci­néaste qué­bé­cois, nom­mé aux Os­cars pour son film Re­belle, en 2013, n’a pu re­fu­ser.

«J’ai su par un col­lègue qu’une pro­duc­trice cher­chait un réa­li­sa­teur pour un pro­jet dé­jà fi­nan­cé sur l’odo­rat et notre lien af­fec­tif nous liant à ce sens. On me pro­po­sait de voya­ger à tra­vers le monde pour faire des dé­cou­vertes. Je ne pou­vais pas dire non», dit Nguyen, qui convient que les mondes du do­cu­men­taire et de la fic­tion ne sont pas si éloi­gnés.

«Même si le do­cu­men­taire s’ap­puie sur des faits réels, on es­saye quand même de construire un récit. C’est im­por­tant d’avoir une struc­ture nar­ra­tive pour gar­der l’in­té­rêt. À l’in­verse, dans la fic­tion, il y a cette re­cherche de vé­ri­té in­trin­sèque. Par exemple, quand je di­rige des ac­teurs, je ne veux pas nier qui ils sont à la base et mettre un masque de­vant eux. Je pré­fère fil­trer un per­son­nage à tra­vers leur propre éner­gie. Les deux genres se parlent beau­coup.»

UN AUTRE À VE­NIR

Nguyen a d’ailleurs as­sez ap­pré­cié son ex­pé­rience pour avoir le goût de remettre ça. Un autre pro­jet est à son agen­da.

«C’est un do­cu­men­taire ex­pé­ri­men­tal qui

ra­conte l’his­toire d’un homme qui, dans les an­nées 50 et 60, avec 200 $ dans ses poches, a dé­ci­dé de par­tir de Pa­ris et de se rendre au Ja­pon à pied en dé­pen­sant un dol­lar par jour. J’ai dé­jà com­men­cé les en­tre­tiens avec cette per­sonne et c’est fas­ci­nant de dé­cou­vrir par où il est pas­sé.»

Le do­cu­men­taire Le nez sort en salle le 27 mars, en ver­sion ori­gi­nale avec sous-titres fran­çais et an­glais.

Kim Nguyen tourne ac­tuel­le­ment dans le Grand Nord son pro­chain long­mé­trage de fic­tion, Two Lo­vers and a Bear, qui met en ve­dette Dane DeHaan et Ta­tia­na Mas­la­ny.

Kim Nguyen

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