Ça bouillonne dans ma tête

Elle a été cri­ti­quée par les Afri­cains pour avoir dé­cla­ré qu’elle était Char­lie après les at­ten­tats en France, a en­re­gis­tré son der­nier al­bum dans les stu­dios de Luc Bes­son et adore les Rol­ling Stones. Dans le mi­lieu ar­tis­tique, dif­fi­cile de trou­ver plus

Le Journal de Quebec - Weekend - - MUSIQUE - Cé­dric Bé­lan­ger CEDRIC.BELANGER@QUE­BE­COR­ME­DIA.COM

L’ar­tiste ori­gi­naire du Bé­nin se ca­chait de la chaleur étouf­fante du Bré­sil, entre deux concerts, quand

lui a par­lé par Skype, il y a quelques jours. Le pré­texte? Un al­bum dans le­quel elle re­prend des titres de son ré­per­toire avec l’Or­chestre phil­har­mo­nique du Luxem­bourg. Les su­jets abor­dés? Fort va­riés, comme c’est tou­jours le cas avec Mme Kid­jo.

Vous sem­blez avoir chan­té par­tout sur la pla­nète. Est-ce qu’il vous reste des en­droits à conqué­rir?

«Ah, oui! L’Asie du Sud-Est (elle énu­mère plu­sieurs pays) et pra­ti­que­ment toute l’Amé­rique la­tine, à l’ex­cep­tion du Bré­sil et du Mexique. Mais il y a des en­droits où je ne pour­rais pas chan­ter à cause de l’al­ti­tude. Je suis asth­ma­tique.»

Les exac­tions de Bo­ko Ha­ram au Nigeria n’ont pas eu un écho très fort dans les mé­dias d’Oc­ci­dent en com­pa­rai­son avec l’at­taque de Char­lie Heb­do. Ça vous dé­sole?

«Non parce que j’y suis ha­bi­tuée. Ayant gran­di en Afrique, je me suis ren­du compte très tôt que la vie des Afri­cains n’a pas la même va­leur que celle des Oc­ci­den­taux. C’est un ré­si­du de l’es­cla­vage. [...] Mais, au­jourd’hui, il y a une conscience. Quand sont sur­ve­nus les évé­ne­ments à Pa­ris, j’ai mis sur Fa­ce­book «Je suis Char­lie» et que j’ai­me­rais être avec les ma­ni­fes­tants à la place de la Ré­pu­blique. Les ré­ac­tions de mes fans ont été as­sez vio­lentes. On m’a dit: il y a 12 per­sonnes qui sont tuées et, le même jour, il y en a 2000 as­sas­si­nées par Bo­ko Ha­ram et tu n’en parles même pas. Quelque part, ça m’a ra­me­née à la pro­por­tion des choses et à la puis- sance d’in­ter­net. Les Afri­cains d’au­jourd’hui sont vrai­ment au cou­rant de ce qui se passe en temps réel.»

Com­ment en êtes-vous ve­nue à col­la­bo­rer avec l’Or­chestre phil­har­mo­nique du Luxem­bourg?

«Cette his­toire a com­men­cé en 2011. Ils sont ve­nus me voir à Mon­treux pour me dire qu’ils en­ten­daient la phil­har­mo­nie dans ma mu­sique. J’ai dit: “Ah, bon (rires)?” Ils vou­laient ar­ran­ger quelques-unes de mes chan­sons. Je leur ai dit d’en choi­sir et de me prou­ver que c’était fai­sable. Quand j’ai en­ten­du le ré­sul­tat, je suis tom­bée par terre. Ça gar­dait l’in­té­gri­té de ma mu­sique tout en l’ame­nant vers quelque chose à la­quelle je n’avais ja­mais pen­sé. Lors du pre­mier concert, il y a eu cinq ova­tions. Après la troi­sième, j’avais com­men­cé à me chan­ger dans ma loge et on m’a rap­pe­lée sur scène, pieds nus. Les res­pon­sables de l’or­chestre vou­laient qu’on en­re­gistre et nous avons été dans les stu­dios de Luc Bes­son, en Nor­man­die. Il a un son in­croyable.»

Une fois cet al­bum pa­ru, à quoi oc­cu­pe­rez­vous 2015?

«J’ai des spec­tacles, mais aus­si je tra­vaille dé­jà sur un pro­chain al­bum. Ça bouillonne dans ma tête.» En ter­mi­nant, on m’a sug­gé­ré de vous par­ler des Rol­ling Stones... «Je les adore. La pre­mière ver­sion de ( I Can’t Get No Sa­tis­fac­tion) que j’ai en­ten­due, c’était celle d’Otis Red­ding. J’ai tou­jours cru que c’est lui qui l’avait faite jus­qu’à ce que j’en­tende l’ori­gi­nale. Les Stones ont été les seuls à avoir l’hon­nê­te­té de re­con­naître l’im­por­tance des lé­gendes du blues et leur avoir ren­du hom­mage sans ar­rêt.»

L’al­bum An­gé­lique Kid­jo Sings With the Or­chestre phil­har­mo­nique du Luxem­bourg se­ra mis en

vente le 31 mars.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.