LA VÉ­RI­TABLE HIS­TOIRE D’UN KLIMT ET DES NA­ZIS

Le Por­trait d'Adele Blo­chBauerI, cé­lèbre ta­bleau de Gus­tave Klimt re­pré­sen­tant une femme brune sur un fond do­ré, a fait l’ob­jet d’une lutte lé­gale achar­née.

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Isa­belle Hontebeyrie Agence QMI

He­len Mir­ren et Ryan Rey­nolds prêtent leurs traits à La dame en or, une aven­ture his­to­rique pos­sé­dant tous les élé­ments d’un sus­pense.

Ma­ria Alt­mann (He­len Mir­ren) est une vieille dame, ve­nue 60 ans plus tôt aux États-Unis de son Au­triche na­tale pen­dant la Se­conde Guerre mon­diale. Elle est la nièce d’Adele Bloch-Bauer dont Gus­tav Klimt a peint le por­trait – le pre­mier de deux toiles - en 1907 à la de­mande de son ma­ri. Par tes­tament, elle a de­man­dé à son époux de faire don du ta­bleau à l’Au­triche après sa mort.

Lorsque les na­zis ar­rivent dans le pays, Fer­di­nand Bloch-Bauer a fui vers la Suisse, sans pou­voir em­por­ter la pré­cieuse oeuvre d’art. Confis­qué par le ré­gime d’Adolf Hit­ler, le Por­trait d'Adele Bloch

Bauer I s’est en­suite re­trou­vé dans un mu­sée au­tri­chien, mal­gré la vo­lon­té tes­ta­men­taire de Fer­di­nand Bloch-Bauer que son ne­veu et ses nièces – dont Ma­ria Alt­mann – soient ses hé­ri­tiers. Simon Cur­tis, réa­li­sa­teur ( Une se­maine

avec Ma­ri­lyn) et époux d’Eli­za­beth Mc­Go­vern (que l’on peut voir dans Down- ton Ab­bey et qui a un pe­tit rôle dans

La dame en or) a dé­cou­vert l’his­toire fas­ci­nante de ce ta­bleau et de la ba­taille de Ma­ria Alt­mann en voyant le do­cu­men­taire Stea­ling Klimt, pro­duit par la BBC. «Cette his­toire m’a tou­chée pour plein de rai­sons, no­tam­ment parce qu’elle lie la Se­conde Guerre mon­diale et l’Ho­lo­causte à l’Amé­rique contem­po­raine. Pour moi, ce ta­bleau et Ma­ria Alt­mann re­pré­sentent le XXe siècle dans son in­té­gra­li­té. Tous deux ont leurs ori­gines à Vienne, pen­dant cet âge d’or du dé­but du siècle, et tous deux ter­minent leur course aux États-Unis, à la fin de ce siècle», a sou­li­gné le ci­néaste.

SOU­CI D’AU­THEN­TI­CI­TÉ

Simon Cur­tis n’avait pas l’in­ten­tion de tom­ber dans le ré­vi­sion­nisme his­to­rique, qui est sou­vent la norme à Hol­ly­wood. Il vou­lait que La dame en or soit aus­si proche de la réa­li­té que pos­sible et a no­tam­ment in­sis­té pour em­bau­cher des ac­teurs al­le­mands – dont Da­niel Brühl, vu dans

Le cinquième pou­voir (2013) et Un homme très re­cher­ché (2014) - afin que les scènes de re­tour dans le temps dans la jeu­nesse de Ma­ria soient dites dans la langue d’ori­gine.

Le ci­néaste a éga­le­ment choi­si la Ca­na­dienne Ta­tia­na Mas­la­ny – qui tient les rôles prin­ci­paux de la très bonne té­lé­sé­rie

Or­phan Black - pour in­car­ner Ma­ria jeune. Car les pa­rents de la jeune femme sont tous deux d’ori­gine al­le­mande et elle a gran­di en en­ten­dant par­ler cette lan- gue, en plus de l’étu­dier à l’uni­ver­si­té.

Il a éga­le­ment eu la chance d’in­ter­vie­wer Ran­dy Schoen­berg, l’avo­cat de Ma­ria Alt­mann, rôle te­nu par Ryan Rey­nolds. «[Ma­ria et Ran­dy] sont le plus im­pro­bable des duos et ils se dis­putent sou­vent parce qu’ils pos­sèdent tous deux la même pas­sion pour ce qu’ils sont en train d’es­sayer de faire. Et, pour moi, ça res­semble à une his­toire d’amour. C’est vrai­ment ce que j’ai es­sayé de culti­ver pen­dant tout le tour­nage», a dé­taillé l’acteur.

He­len Mir­ren – seule ac­trice ap­pro­chée pour le rôle de cette femme morte en 2011 – s’est abon­dam­ment pré­pa­rée, pas­sant des heures à par­ler avec la mère d’un ami qui connais­sait par­fai­te­ment l’his­toire de Ma­ria Alt­mann en plus de vi­sion­ner sa dé­po­si­tion lors du pro­cès fait à l’Au­triche pour ré­cu­pé­rer le ta­bleau.

«Le monde dé­crit dans le film est bien plus lé­ger que le vrai, mais on y trouve la même noir­ceur. Plus je dé­cou­vrais de choses sur Ma­ria, plus je l’ai­mais. Elle pos­sé­dait un sens de l’hu­mour mer­veilleux, de même qu’une in­croyable élé­gance et une puis­sance dé­con­trac­tée. Elle sem­blait être une per­sonne forte, mais d’une force très sobre», a in­di­qué l’ac­trice.

«Cette gé­né­ra­tion a dû pas­ser outre la co­lère, ils ne pou­vaient tout sim­ple­ment pas s’y ac­cro­cher tant elle était im­pro­duc­tive. Ces gens ont été tel­le­ment cou­ra­geux! Ils sont ar­ri­vés dans un nou­veau pays, sans rien avoir, et se sont construit une nou­velle vie. J’en connais un peu sur le su­jet puisque mon père, fils d’un im­mi­grant, m’en a par­lé. Il était né en Rus­sie dans une fa­mille ai­sée. Il a été obli­gé d’ou­blier tout ce­la parce que cette vie avait dis­pa­ru à ja­mais. Ma­ria a vu la même chose quand elle était jeune, je pense donc qu’elle res­sen­tait cette co­lère pro­fonde. Et même si elle ne l’a ja­mais ex­pri­mée, on peut la voir dans ses yeux.»

Pour l’ac­trice os­ca­ri­sée, La dame en or «est une his­toire clas­sique des faibles contre les forts et dans la­quelle ce sont les faibles qui gagnent. Ce sont tou­jours des his­toires hu­maines si­gni­fi­ca­tives parce que la plu­part d’entre nous peuvent s’y iden­ti­fier.»

La dame en or ar­rive sur les écrans de la pro­vince le 3 avril.

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