ETHAN HAWKE

À LA RENCONTRE DE SEY­MOUR BERN­STEIN

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Film de Ethan Hawke. Avec Sey­mour Bern­stein, Jiyang Chen, Ethan Hawke Isa­belle Hontebeyrie Agence QMI

C’est à la suite d’un re­pas qu’Ethan Hawke a ren­con­tré le pia­niste Sey­mour Bern­stein, de­ve­nu pro­fes­seur de pia­no et ami. De cette ami­tié est né le dé­sir de faire connaître l’homme, et ce do­cu­men­taire.

Le su­jet peut sem­bler aride (la mu­sique clas­sique, la vie d’un homme qu’on ne connaît pas), mais on se sur­prend ra­pi­de­ment à ap­pré­cier le bon­homme dont la voix douce et rieuse ra­conte des anec­dotes, par­tage des ré­flexions et des sou­ve­nirs. Au dé­but de Sey­mour: An In­tro­duc­tion, Ethan Hawke ex­plique la rai­son pour la­quelle il a été mar­qué à ce point par le pia­niste. Avec ce dé­part – le trac -, le long mé­trage de 81 mi­nutes se concentre en­suite sur la car­rière peu com­mune de Sey­mour Bern­stein. Car, à 50 ans – alors qu’il avait en­fin maî­tri­sé son art -, il a ces­sé de don­ner des concerts, se re­con­ver­tis­sant en pro­fes­seur privé.

Ce choix sur­pre­nant de­vient alors un ter­rain fer­tile d’ex­plo­ra­tion sur la no­tion de com­mer­cia­li­sa­tion d’un art, du suc­cès, du dé­sir de se ca­cher, de conser­ver une part d’in­ti­mi­té et de se­cret. Les conver­sa­tions – Ethan Hawke filme Mi­chael Kim­mel­man, jour­na­liste et an­cien élève du maître, Jo­seph Smith et Kim­ball Gal­la­gher, deux de ses an­ciens élèves de­ve­nus pia­nistes re­nom­més, ain­si que des élèves ac­tuels – mènent à des anec­dotes sa­vou­reuses (celle sur une phrase dite par Sa­rah Bern­hardt est mé­mo­rable, celle sur le père de Bern­stein est très tou­chante), pré­sen­tées comme s’il s’agis­sait d’une conver­sa­tion à bâ­tons rom­pus entre amis.

Vi­si­ble­ment, Ethan Hawke a ob­te­nu la confiance de son su­jet et l’acteur, qui signe ici sa pre­mière réa­li­sa­tion, par­vient à faire pas­ser ce cou­rant à tra­vers sa ca­mé­ra. Usant de gros plans très doux, se ser­vant du dé­cor sym­pa­thique de l’ap­par­te­ment de Bern­stein – qui a 87 ans et ha­bite seul -, il donne une im­pres­sion de proxi­mi­té et d’hu­ma­ni­té.

Dans le monde ul­tra connec­té et hy­per tech­no­lo­gique dans le­quel nous vi­vons, nous avons sou­vent ten­dance à ou­blier à quel point les autres – et je ne parle pas de per­sonnes aux des­tins ex­cep­tion­nels – peuvent être fas­ci­nants.

Sans ar­ti­fices, sans ef­fets spé­ciaux, sans tam­bour ni trom­pette, mais avec un simple pia­no, Ethan Hawke nous le rap­pelle.

Sey­mour Bern­stein en com­pa­gnie de Ethan Hawke.

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