WOO­DY AL­LEN RATE SON COUP L’homme irrationnel

∫ ∂∂∂∂∂∂∂∂ Je suis ha­bi­tuel­le­ment d’une in­dul­gence cou­pable avec Woo­dy Al­len, dont j’aime les longs mé­trages. Mais là, mal­gré toute ma bonne vo­lon­té, je ne peux pas être di­thy­ram­bique.

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Isabelle Hon­te­bey­rie Agence QMI

Abe Lu­cas (Joa­quin Phoe­nix) est al­coo­lique, ce­la ne fait au­cun doute, il suf­fit de le voir in­gur­gi­ter le conte­nu de sa flasque alors qu’il est vo­lant pour le sa­voir. Ce pro­fes­seur de phi­lo­so­phie pas­sa­ble­ment désa­bu­sé se rend à l’Uni­ver­si­té de Bray­lin, dans le Rhode Is­land, où il a ac­cep­té un poste pour l’été. Pa­ral­lè­le­ment, la fa­cul­té est en émoi. Ri­ta Ri­chards (Par­ker Po­sey), une prof de chi­mie, et Jill Pol­lard (Em­ma Stone), une étu­diante, sont, cha­cune de leur cô­té, en pâ­moi­son à l’idée de la pré­sence de ce prof, au­teur pu­blié et som­mi­té re­con­nue.

Dès l’ar­ri­vée d’Abe, Ri­ta tente – vai­ne­ment au dé­part – de se je­ter dans ses bras. Même si elle est ma­riée, elle ne rêve que de quit­ter cette pe­tite ville. Jill, elle, en couple avec Roy (Ja­mie Bla­ck­ley), se ré­jouit de pou­voir bé­né­fi­cier des lu­mières in­tel­lec­tuelles de son nou­veau pro­fes­seur.

Ces deux re­la­tions che­minent en pa­ral­lèle, Abe se re­trou­vant dans le lit de Ri­ta sans pou­voir, mal­heu­reu­se­ment, consom­mer leur pas­sion. C’est qu’il est par­ti­cu­liè­re­ment dé­pri­mé et ne trouve plus au­cun sens à la vie. Il ne trouve pas non plus le sou­rire avec Jill mal­gré leurs dis-

Film de Woo­dy Al­len. Avec Joa­quin Phoe­nix, Em­ma Stone et Par­ker Po­sey.

cus­sions phi­lo­so­phiques pas­sion­nantes et toute la bonne vo­lon­té que met la jeune femme à lui re­mon­ter le mo­ral.

Or, un jour qu’ils sont at­ta­blés dans un res­tau­rant, ils en­tendent une mère mo­no­pa­ren­tale dé­crire à quel point le ver­dict du juge Tho­mas Span­gler (Tom Kemp) est en train de rui­ner sa vie et celle de ses en­fants. Aus­si­tôt, Abe prend la dé­ci­sion toute phi­lo­so­phique d’ai­der cette femme et s’en trouve im­mé­dia­te­ment joyeux. La suite – car toute l’in­trigue re­pose sur le geste po­sé par Abe – est, bien sûr, ty­pique du réa­li­sa­teur.

EXER­CICE DE STYLE

Les pro­blèmes de L’homme irrationnel sont nom­breux, à com­men­cer par le jeu de Joa­quin Phoe­nix. L’ac­teur, qu’on ne peut ac­cu­ser d’être ha­bi­tuel­le­ment mau­vais, se sent obli­gé, à cer­taines re­prises, d’imi­ter le débit de pa­roles et la voix na­sillarde du réa­li­sa­teur, comme pour ten­ter de confé­rer une sin­cé­ri­té à des dia­logues aux­quels il ne croit pas vrai­ment.

Le noeud de l’in­trigue, de même que sa conclu­sion, donnent l’im­pres­sion d’un simple exer­cice de style, ima­gi­né parce que Woo­dy Al­len a pour ha­bi­tude de sor­tir un film par an­née et qu’il ne veut pas dé­ro­ger à ce ca­len­drier.

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