LE JOUR­NAL D’UN VIEIL HOMME

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Isabelle Hon­te­bey­rie Agence QMI

Qu’on soit in­té­res­sé ou pas par les su­jets trai­tés par Ber­nard Émond dans ses longs mé­trages, on ne peut de­meu­rer in­sen­sible à ce qu’il nous montre de l’âme hu­maine.

Car le ci­néaste est un grand poète, ca­pable de s’at­ta­quer à des su­jets graves avec sen­si­bi­li­té et pu­deur. Dans Le jour­nal d’un vieil homme, adap­ta­tion de la nou­velle in­ti­tu­lée Une

ba­nale his­toire, écrite par le Russe An­ton Tche­khov, Ber­nard Émond suit Ni­co­las (Paul Sa­voie), pro­fes­seur d’uni­ver­si­té at­teint d’une ma­la­die in­cu­rable. Il sait qu’il va bien­tôt mou­rir et re­garde donc sa vie, se dé­so­lant de ne pou­voir ai­der Ka­tia (Marie Ève Pel­le­tier), sa fille adop­tive, ron­gée par la dé­pres­sion.

IN­TEM­PO­REL

Ce qui frappe, comme dans chaque long mé­trage du réa­li­sa­teur, c’est que l’ac­tion n’est fixée dans au­cune époque. Nous sommes bien dans le Qué­bec du XXe siècle, mais il pour­rait s’agir du XIXe ou du XXIe que ce ne se­rait pas im­por­tant. Pas plus que le dé­cor ou les ac­ces­soires ne jouent un rôle dans le scé­na­rio. Ce qui est im­por­tant, ce sont les per­son­nages, et plus pré­ci­sé­ment leur che­mi­ne­ment (si tant est que je puisse em­ployer ce mot) et tout ce qu’on voit à l’écran sert à mettre en avant les pro­ta­go­nistes.

Ni­co­las re­garde donc sa vie. Sa femme (Marie-Thé­rèse For­tin, ha­bi­le­ment ma­quillée et fil­mée afin qu’elle ait l’air dur) qu’il n’aime plus, sa fille (Ariane Le­gault), une ado­les­cente dont les pré­oc­cu­pa­tions sont à mille lieues des siennes, son pas­sé, sa ren­contre avec Ka­tia, fille d’une femme qu’il a fol­le­ment ai­mée sont au­tant de mo­ments à tra­vers les­quels Ni­co­las par­tage ses états d’âme, ses ré­flexions sur l’exis­tence.

JEU NUAN­CÉ

J’avoue ne pas être sen­sible aux au­teurs russes du XIXe siècle. Leur es­pèce de fa­ta­lisme, de ré­si­gna­tion m’est étran­gère. Mais ce­la ne m’a pas em­pê­ché d’ai­mer ce

Jour­nal d’un vieil homme. Évi­dem­ment, le jeu nuan­cé des co­mé­diens y est pour beau­coup! Tant Paul Sa­voie (c’est aus­si lui qui as­sure la nar­ra­tion du film) que Marie-Ève Pel­le­tier sont éblouis­sants, la chi­mie entre eux opé­rant au maxi­mum.

On se laisse donc por­ter par cette his­toire de vie, de mort, de re­grets, de sou­ve­nirs, de ré­mi­nis­cences, tout en sa­vou­rant chaque ins­tant et en en ap­pré­ciant la len­teur et la dou­ceur.

E I S I O T R U O C O T O H P

Paul Sa­voie et Marie-Ève Pel­le­tier sont éblouis-sa nts dans ce drame qui ra­conte les der­niers in-st

ants d’un homme sur le point de mou­rir.

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