Émou­vant ré­cit

d’une épreuve vé­cue et sur­mon­tée

Le Journal de Quebec - Weekend - - LOUISE PORTAL - Marie-France Bor­nais Le Jour­nal de Qué­bec

Il y a cinq ans, presque jour pour jour, la co­mé­dienne et écri­vaine Louise Por­tal ap­pre­nait la mort de sa soeur ju­melle, la co­mé­dienne bien connue Pau­line La­pointe. Avec trans­pa­rence et une grande sen­si­bi­li­té tein­tée de spi­ri­tua­li­té, Louise Por­tal ra­conte la ma­la­die, la mort, l’amour, et tout ce que leur re­la­tion comp­tait de mer­veilleux et de déchirant dans Pau­line et moi.

Le ré­cit, très in­time, ra­conte la mort d’une femme que Louise Por­tal ai­mait pro­fon­dé­ment. Doux, lu­mi­neux, tendre, vrai, mais sur­tout très se­rein et res­pec­tueux, il in­vite les lec­teurs à dé­cou­vrir Pau­line La­pointe, la femme et l’ar­tiste, ré­vé­lée dans toute sa force, sa fra­gi­li­té et sa dé­me­sure.

Louise et Pau­line ont par­ta­gé une grande com­pli­ci­té, mais leur re­la­tion en dents de scie a été mar­quée par les dé­chi­re­ments, les rup­tures et les ré­con­ci­lia­tions. Louise Por­tal, une écri­vaine à la plume sen­sible et raf­fi­née, ar­rive à mettre un baume sur une tra­gé­die et son té­moi­gnage ai­de­ra as­su­ré­ment d’autres per­sonnes à sur­mon­ter les si­tua­tions de deuil.

SOU­TE­NUE

Le ré­cit s’est im­po­sé. «Le pre­mier cha­pitre est une fic­tion que j’avais com­men­cé à écrire un an après le dé­cès de Pau­line. J’a- vais ar­rê­té au bout de 10-12 pages», ex­plique Louise Por­tal en entrevue, de sa ré­si­dence des Can­tons de l’Est. Elle l’a fait lire à son édi­trice, Anne-Marie-Villeneuve, qui lui a sug­gé­ré de conti­nuer. «J’ai es­sayé, mais ça ne mar­chait pas. Quand je suis en­trée dans la réa­li­té, ça a cou­lé comme une source. C’est ce que j’ai fait : je suis re­par­tie de ce 30 août 2010 et j’ai voya­gé à tra­vers les quatre der­niers jours de la vie de Pau­line, en re­vi­si­tant des sou­ve­nirs, des écueils.»

L’écri­ture s’est faite «as­sez dou­ce­ment», as­sure-t-elle, bien que cer­tains ma­tins, re­trou­ver son ma­nus­crit ait été dif­fi­cile. Bien des larmes ont été ver­sées et des émo­tions très fortes ont ac­com­pa­gné l’écri­ture. Mais elle se sen­tait sou­te­nue. «Je ne for­çais pas. Ré­gu­liè­re­ment, j’avais des ren­contres et des évé­ne­ments syn­chro­niques qui ve­naient me confor­ter et me dire: OK Louise, tu peux conti­nuer, c’est cor­rect.»

Pau­line est pré­sente dans chaque page du ré­cit. «C’est un ou­vrage qui lui rend hom­mage, dans ses forces, mais aus­si dans ses vul­né­ra­bi­li­tés. On est té­moin de tout le rayon­ne­ment qu’elle a eu et de toute la forte per­son­na­li­té qu’elle avait. On sait que dans cha­cun d’entre nous, il y a une faille : on est des hu­mains.»

GÉ­MEL­LI­TÉ

Louise ex­plore aus­si le thème de la gé­mel­li­té, la com­mu­nau­té d’émo­tions. «Oui, il y a des choses très si­mi­laires et très proches entre nous et en même temps, des fois, notre fa­çon de vivre les évé­ne­ments était très dif­fé­rente. C’est là qu’on voit que dans une fa­mille, chaque per­sonne a son des­tin, sa ligne de vie. T’as beau avoir eu les mêmes pa­rents, la même édu­ca­tion, on n’a pas tous la même vie.»

«Au fond, j’ai tou­ché à la gé­mel­li­té dans presque tous mes ro­mans. Si on re­garde dans L’En­chan­tée, il y a des ju­meaux. Dans la Trilogie gas­pé­sienne, il y a des jumelles. Dans L’ac­trice, il est ques­tion de ça aus­si. Ça a tou­jours été très pré­sent dans mon écri­ture parce que c’est très im­por­tant dans ma vie.»

Dans Pau­line et moi, elle en parle pour la pre­mière fois d’une fa­çon réelle. «Il n’y avait pas lieu de par­ler de Pau­line de son vi­vant – elle par­lait par elle-même, dans sa vie, dans ses in­car­na­tions, dans ses en­tre­vues. Le fait d’écrire ça, c’est parce que je suis dans ce deuil et j’es­saie de com­prendre ce que j’ai vé­cu.» Louise Por­tal, Pau­line et moi. Édi­tions Druide, 272 pages.

Louise Por­tal as­sure que l’écri­ture de ce ré­cit lui a per­mis de faire son deuil.

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