An­na

C’est la qua­li­té du jeu d’An­na Mou­gla­lis qui nous tient jus­qu’à la fin de ce film écrit et réa­li­sé par Charles-Oli­vier Mi­chaud.

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Isa­belle Hon­te­bey­rie Agence QMI

An­na s’ouvre sur des témoignages de jeunes filles qui ont été bat­tues, vio­lées et for­cées de se pros­ti­tuer, alors qu’elles n’étaient en­core que des en­fants. Nous sommes en Thaï­lande, An­na (An­na Mou­gla­lis), une pho­to­re­por­ter pour le ma­ga­zine Of­fense, in­ter­viewe des sur­vi­vantes de l’hor­reur.

C’est Ka­laya (Chon­ti­cha Lau­ruang­tha­na), son con­tact dans le pays, elle-même vic­time de ce ré­seau de pros­ti­tu­tion, qui lui fait ren­con­trer ses soeurs de mi­sère. An­na filme, pho­to­gra­phie, in­ter­roge. As­siste aus­si à l’im­monde. Mais elle s’ap­proche trop près de ce com­merce gé­ré d’une main de fer par les triades. Un jour, lors d’un com­bat de boxe au­quel par­ti­cipe Sam (Pierre-Yves Car­di­nal), un Qué­bé­cois qui semble bien connaître le mi­lieu, An­na est en­le­vée. Conduite dans l’une de ces fermes qui servent à «cas­ser» les filles, elle est bat­tue, vio­lée et lais­sée pour morte.

Rapatriée à Mon­tréal - San­drine Bis­son et Ralph Pros­per in­carnent les agents de la GRC ve­nus l’in­ter­ro­ger à l’hô­pi­tal -, elle est ai­dée par So­phie (Pas­cale Bussières), son amie de longue date et as­so­ciée au ma­ga­zine. Mais l’hor­reur ne s’ar­rête pas là, An­na se­ra for­cée de re­vivre son cal­vaire (cette scène est ma­gis­trale!).

IN­VRAI­SEM­BLANCES

Dès le dé­part, Charles-Oli­vier Mi­chaud nous de­mande de faire fi de la lo­gique la plus élé­men­taire. Une jour­na­liste al­lant, seule, en­quê­ter sur un su­jet chaud? De sur­croît grâce à un con­tact ob­te­nu par un res­pon­sable de la ma­fia asia­tique mont­réa­laise? Un mys­té­rieux qué­bé­cois ren­con­tré sur place, qui s’avère être lié à ce mi­lieu? Un ap­pa­reil pho­to nu­mé­rique – conte­nant les images des sé­vices su­bis – ren­voyé à An­na à Mon­tréal? Un meurtre com­mis sans qu’on ait be­soin de se dé­bar­ras­ser du ca­davre? Au­tant de trous béants dans cette his­toire.

De plus, avec An­na, Charles-Oli­vier Mi­chaud semble pei­ner à trou­ver la forme qui convient le mieux au drame vé­cu par son per­son­nage prin­ci­pal. On passe de l’hy­per réa­lisme (le dé­but, avec la pré­sen­ta­tion des témoignages des filles) qui brouille les fron­tières de la fic­tion, à une es­pèce de sus­pense (pour­quoi An­na a-t-el- le été agres­sée?) dont le but n’est pas clair (la quête d’un cou­pable se sol­de­ra par un échec).

L’in­ter­pré­ta­tion d’An­na Mou­gla­lis vaut, An­na Mou­gla­lis et Pas­cale Bussières. par contre, le dé­tour. La co­mé­dienne ha­bite son rôle à un point tel qu’on res­sort de la pro­jec­tion gla­cé d’hor­reur. Mais ce­la suf­fi­til? À mon avis, non.

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