LE SUR­DOUÉ TA­RAN­TI­NO

Bien qu’il ne s’agisse pas du meilleur cru de Quen­tin Ta­ran­ti­no, Les huit en­ra­gés, pa­ru en DVD et en VSD mar­di, est un wes­tern so­lide, qui té­moigne de la grande maî­trise tech­nique du réa­li­sa­teur sur­doué. Ce­la dit, son ex­tra­or­di­naire talent s’ex­pri­mait dav

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA -

FIC­TION PUL­PEUSE (1994) 1

Deux tueurs à la solde d’un caïd de la drogue croisent di­vers in­di­vi­dus aus­si louches qu’eux.

Palme d’Or à Cannes, ce jouis­sif exer­cice de style en hom­mage aux films de gang­sters se dis­tingue à la fois par la brillance de ses dia­logues dé­ca­lés et l’ex­trême ori­gi­na­li­té de sa construc­tion dra­ma­tique. De longues sé­quences d’une in­sou­te­nable ten­sion et des scènes vau­de­vil­lesques al­ternent avec un égal bon­heur pour for­mer un ré­cit cy­nique axé prin­ci­pa­le­ment sur le re­bon­dis­se­ment et la coïn­ci­dence. La per­for­mance de Sa­muel L. Jack­son réus­sit à éclip­ser par­fois l’ex­cel­lente in­ter­pré­ta­tion de ses col­lègues, dont la plu­part sont uti­li­sés à contreem­ploi.

TUER BILL (2004) 3

Lais­sée pour morte à son ma­riage par les membres de son an­cienne or­ga­ni­sa­tion cri­mi­nelle, une tueuse pro­fes­sion­nelle exerce sur eux une ter­rible ven­geance.

Consti­tué de deux par­ties – la pre­mière en hom­mage aux films d’arts mar­tiaux, la se­conde en mode wes­tern spa­ghet­ti – cet am­bi­tieux pro­jet de Ta­ran­ti­no im­pres­sionne par sa vi­ta­li­té et sa ri­chesse vi­suelle. Mé­mo­rable en pe­tite amie d’un caïd vic­time d’une sur­dose de co­caïne dans Fic­tion pul­peuse, Uma Thur­man est ici for­mi­dable et éton­nam­ment ath­lé­tique dans le rôle de la re­dou­table ma­riée en­deuillée.

LE COM­MAN­DO DES B­TARDS (2009) 3

Dans la France oc­cu­pée, des sol­dats juifs amé­ri­cains dé­ciment les Al­le­mands tan­dis qu’à Pa­ris, la pro­prié­taire juive d’un ci­né­ma our­dit une ven­geance contre l’état­ma­jor na­zi.

Ta­ran­ti­no se livre ici à un fan­tasme de haute vol­tige où le ci­né­ma dé­tourne l’His­toire et sou­lage par la ven­geance la bles­sure qu’elle a cau­sée. Fi­dèle à son style écla­té et ré­fé­ren­tiel, le réa­li­sa­teur en­chaîne des sé­quences où la ten­sion croît, croît, croît, jus­qu’à l’in­sou­te­nable, seuil où elle est re­lâ­chée dans une sa­vante apo­théose. Mé­la­nie Laurent épate en or­phe­line ven­ge­resse, et la per­for­mance ri­gou­reuse de Ch­ris­toph Waltz – ré­com­pen­sée par le prix d’in­ter­pré­ta­tion à Cannes et l’Os­car du meilleur se­cond rôle –, donne froid dans le dos.

DJAN­GO DÉ­CHAέNÉ (2012) 3

Un chas­seur de primes et un es­clave af­fran­chi partent à la re­cherche de l’épouse de ce der­nier, pro­prié­té d’un riche et cruel plan­teur.

Pour son pre­mier vé­ri­table wes­tern spa­ghet­ti, Ta­ran­ti­no ré­ac­tive de ma­nière lu­dique trois des mo­tifs de ce genre très co­dé: l’am­bi­guï­té mo­rale, l’iden­ti­té amé­ri­caine for­gée par l’avi­di­té et l’ul­tra-vio­lence. Si sa mise en scène pa­raît moins ins­pi­rée qu’à l’ha­bi­tude, la di­rec­tion pho­to soi­gnée, les choix mu­si­caux ori­gi­naux et le jeu flam­boyant de Ja­mie Foxx et Ch­ris­toph Waltz (autre Os­car du meilleur ac­teur de sou­tien) valent lar­ge­ment le dé­tour.

Le ci­néaste Quen­tin Ta­ran­ti­no a ga­gné plu­sieurs tro­phées dont deux Gol­den Globes pour Meilleur scé­na­rio en 1994 ( Fic­tion pul­peuse) et en 2012 ( Djan­go dé­chaî­né). Il a été nom­mé en 2016 dans la même ca­té­go­rie pour son der­nier film Les huit en­ra­gés.

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