ME­RYL STREEP en­chante!

Même quand elle chante faux pour les be­soins de son per­son­nage, Me­ryl Streep ra­vit dans cette pro­duc­tion de Ste­phen Frears dans la­quelle elle donne la ré­plique à Hugh Grant.

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Isa­belle Hon­te­bey­rie

Même quand elle chante faux pour les be­soins de son per­son­nage, Me­ryl Streep ra­vit dans cette pro­duc­tion de Ste­phen Frears dans la­quelle elle donne la ré­plique à Hugh Grant.

Flo­rence Fos­ter Jen­kins était une riche New-Yor­kaise ex­cen­trique, morte en 1944. Mais pour­quoi donc faire un film sur elle? Parce qu’elle chan­tait faux et qu’elle s’est pour­tant pro­duite sur la scène du Car­ne­gie Hall de­vant une salle comble! Sous la plume de Ni­cho­las Mar­tin, de­vant la ca­mé­ra de Ste­phen Frears et avec des in­ter­prètes tels que Hugh Grant et Me­ryl Streep, les der­niers mois de la vie de cette femme in­croyable sont dé­peints avec émo­tion, hu­mour et sub­ti­li­té.

À l’abri du be­soin, Flo­rence Fos­ter Jen­kins (Me­ryl Streep) se consacre – avec son dia­dème et ses robes pas­tel – aux arts et plus par­ti­cu­liè­re­ment à la mu­sique, sa pas­sion. Ain­si, elle dis­tri­bue de l’ar­gent à dif­fé­rents groupes, or­ga­ni­sa­tions ou causes avec son époux St. Clair Bay­field (Hugh Grant qui trouve ici un rôle apte à re­lan­cer sa car­rière). Sous cette bon­ho­mie et ces de­hors pri­me­sau­tiers, le couple cache néan­moins quelques drames dont le fait que Flo­rence est at­teinte de sy­phi­lis, ma­la­die contrac­tée lors de son ma­riage au fa­meux Jen­kins dont elle porte en­core le nom après plu­sieurs dé­cen­nies.

FEMME FLAMBOYANTE

Mais le tra­gique – ces mo­ments sont fil- més avec une pu­deur et une sen­si­bi­li­té in­ouïes – n’étant pas le pro­pos de cet ex­cellent film, c’est une Flo­rence ab­so­lu­ment flamboyante qui est mon­trée ici, flan­quée de son ma­ri tout aus­si in­croyable (il faut sa­luer au pas­sage la pres­ta­tion de Hugh Grant, peu d’ac­teurs par­ve­nant à ne pas être éclip­sés par le ta­lent de Me­ryl Streep) et d’un pia­niste (Simon Hel­berg) re­dou­ta­ble­ment at­ta­chant.

La pas­sion de Flo­rence pour la mu­sique fait qu’elle dé­cide, après des ré­ci­tals pri­vés au cours des­quels pas un de ses amis ne cri­tique sa voix abo­mi­nable, de don­ner un concert sur la scène de Car­ne­gie Hall afin de sa­luer le sa­cri­fice des «boys» amé­ri­cains, au front en cette an­née 1944. C’est évi­dem­ment là – dans le film du moins, car dans la vraie vie de Flo­rence, c’est autre chose – que la dame s’aper­çoit qu’ab­so­lu­ment tout le monde a tou­jours trou­vé qu’elle chan­tait atro­ce­ment mal.

Co­mé­die bien moins lé­gère qu’il n’y pa­raît, Flo­rence Fos­ter Jen­kins est une nou­velle oc­ca­sion pour Me­ryl Streep de conti­nuer de mon­trer toute l’éten­due de son ta­lent. Car chan­ter faux quand on chante juste (l’ex­cellent et en­traî­nant Mam­ma Mia l’a prou­vé) est une prouesse dont peu d’ac­trices au­raient été ca­pables et dont la te­nante du re­cord du nombre de no­mi­na­tions aux Os­cars (19 au to­tal de­puis 1979 avec Voyage au bout de l’en­fer) s’ac­quitte de ma­nière ma­gis­trale. Pa­rions, sans prendre de grands risques, que ce rôle lui per­met­tra de ré­col­ter sa 20e no­mi­na­tion!

FLO­RENCE FOS­TER JEN­KINS

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