PLUME LATRAVERSE : LE DIAG­NOS­TIC

Avant d’of­frir les der­niers concerts de sa tour­née Ré­ci­dives et de se re­ti­rer pour un mo­ment dans son havre de paix, Plume Latraverse nous pré­sente RE­CHUT! (Odes de ma ta­nière), un al­bum où la mu­sique se met au ser­vice de la poé­sie, aus­si sin­gu­lière soit-

Le Journal de Quebec - Weekend - - MUSIQUE - Va­nes­sa Gui­mond Le Jour­nal de Mon­tréal va­nes­sa.gui­mond@que­be­cor­me­dia.com

Les en­tre­vues avec Plume Latraverse ne sont pas chose com­mune. Bien que l’ar­tiste ait confié d’en­trée de jeu dé­tes­ter ce type de «pa­rade», ce der­nier s’est avé­ré par­ti­cu­liè­re­ment vo­lu­bile du­rant sa rencontre avec Le Jour­nal.

«J’aime mieux la presse écrite. Les ca­mé­ras, qu’est-ce que tu veux… Il y a bien du monde qui change de­vant une ca­mé­ra», a-t-il af­fir­mé en guise d’ex­pli­ca­tion.

Qu’im­porte, ce­lui qui vient tout juste de lan­cer le 35e al­bum de sa car­rière nous est ap­pa­ru en grande forme. Le mu­si­cien, qui a choi­si de quit­ter la mé­tro­pole il y a quelque temps, se dit heu­reux de cette dé­ci­sion qui lui per­met de gar­der un cer­tain ano­ny­mat, entre deux spec­tacles.

«J’ha­bite main­te­nant une pe­tite ville des Lau­ren­tides où les plus jeunes ne me connaissent pas. À quelle place pour­raient-ils me voir? Je ne ra­conte pas ma vie dans les jour­naux, je ne ra­conte pas mes amours dans les ma­ga­zines et je ne fais pas de té­lé (...) Je me tiens loin de ça, donc pour eux, si je ne fais pas ça, je ne suis pas po­pu­laire et n’étant pas po­pu­laire, on me fout la paix. C’est ce que je veux.»

UNE MA­LA­DIE

Quand il parle de la mu­sique, Plume Latraverse la com­pare à une ma­la­die au­to-im­mune avec la­quelle il doit com­po­ser sur une base qua­si quo­ti­dienne, et ce, de­puis plus de 45 ans. «Tout ça a com­men­cé à une époque où la vie était as­sez dif­fi­cile. Je me suis rat­ta­ché à la chan­son pour me gar­der la tête hors de l’eau, nous a-t-il ex­pli­qué. La chan­son, elle fait donc par­tie de mon sys­tème im­mu­ni­taire. Je me suis ser­vi de ce­la pour me rac­cro­cher, me dé­bar­ras­ser de ma rage et de tout ce qui m’in­com­mo­dait, à cette époque.»

C’est ain­si, donc, qu’est née la car­rière de ce­lui à qui l’on doit nombre de clas­siques, de Bo­bé­pine à Ri­deau, en pas­sant par Les pauvres et Jonquière.

«Mon sys­tème im­mu­ni­taire s’est pro­pa­gé dans une es­pèce de ma­la­die au­toim­mune de faire des chan­sons à tout prix. J’ai un cer­veau qui re­garde les nou­velles et qui fi­nit par pas­ser ça dans son

blen­der men­tal. Je ne peux pas contrô­ler ça, a-t-il pour­sui­vi. Des fois, j’ai des ré­mis­sions. Après une grosse tour­née, je suis ca­pable de me foutre la paix à moi­même du­rant trois ans.»

C’est donc pour cette rai­son que son spec­tacle, qu’il pré­sente en for­mule acous­tique avec ses com­plices du Trio Laid (Jean-Claude Mar­san et Gré­goire Mo­ren­cy), s’in­ti­tule Ré­ci­dives.

«De ré­ci­dive en ré­ci­dive, j’ai fi­ni par avoir une re­chute qui est là, ce disque.»

Voi­là, tout s’ex­plique.

PRE­MIER AMOUR

Lors­qu’il a fi­na­le­ment «la paix», le mu­si­cien re­tourne à son pre­mier amour: la pein­ture.

«C’est ce que je fais de­puis tou­jours. C’est parce que je cre­vais de faim que j’ai fi­ni par écrire des chan­sons et pas­ser le cha­peau», a-t-il sou­li­gné.

Pour l’ar­tiste, qui dit peindre prin­ci­pa­le­ment pour lui, au­jourd’hui, l’ins­pi­ra­tion pour la créa­tion de toiles et de chan­sons se pré­sente de la même fa­çon.

«Tu penses que ça ne se pré­sen­te­ra pas et puis tout à coup, tu ac­couches d’une lo­co­mo­tive. C’est la pre­mière chan­son ou la pre­mière toile. Elle a de la mi­sère à sor­tir du tun­nel et puis tout à coup, tu réa­lises qu’il y a 14 pe­tits wa­gons qui sont at­ta­chés après (...) C’est vrai­ment une ma­la­die au­to-im­mune.»

Lors­qu’on sou­ligne le ca­rac­tère né­ga­tif de cette com­pa­rai­son, l’ar­tiste nous ex­plique que la créa­tion n’est pas sans dou­leur, pour lui.

«Ce n’est pas fa­cile, être un créa­teur. Dans le sens où tu es po­gné avec ça, a-t-il ex­pli­qué. Quand je re­garde des gens que j’aime bien, comme Gilles Vi­gneault, par exemple, je m’aper­çois que ça conti­nue tou­jours. Je sais que je se­rai tou­jours pris avec ça, à la vie à la mort.»

Pen­dant qu’il pour­suit sa car­rière de mu­si­cien, les toiles s’ac­cu­mulent, dans sa ta­nière.

«Il n’y a rien qui dit que je ne fe­rai pas une grosse ex­po­si­tion, à un mo­ment don­né, a-t-il dit. Une chan­son existe tou­jours, un coup que tu l’as faite, tan­dis que les pein­tures, tu es obli­gé d’ac­cep­ter le fait de t’en sé­pa­rer lorsque tu en vends. C’est deux abou­tis­se­ments com­plè­te­ment dif­fé­rents.»

Toutes les dates de concerts de Plume Latraverse se trouvent à l’adresse pha­neuf.ca/plume. L’al­bum RE­CHUT!

(Odes de ma ta­nière) est pré­sen­te­ment en vente.

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