UN EN­VOÛ­TANT RÉCIT INI­TIA­TIQUE Le Jour­nal de Mon­tréal

Avec Un ours et deux amants, son pre­mier film an­glo­phone, le ci­néaste qué­bé­cois Kim Nguyen pro­pose un drame ro­man­tique poi­gnant et en­voû­tant qui nous trans­porte dans un Grand Nord aus­si mys­té­rieux que spec­ta­cu­laire.

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Maxime De­mers

Un ours et deux amants Film de Kim Nguyen Avec Dane DeHaan, Ta­tia­na Mas­la­ny et Gor­don Pinsent.

Au fil des an­nées, Kim Nguyen s’est cons­truit une fil­mo­gra­phie hors norme qui fait de lui un ci­néaste à part dans le pe­tit mi­lieu du ci­né­ma qué­bé­cois.

De­puis son pre­mier long mé­trage, Le Ma­rais (2002), jus­qu’à Re­belle, qui l’a me­né aux Os­cars il y a trois ans, le réa­li­sa­teur de 42 ans s’est dé­ve­lop­pé un style per­son­nel en concoc­tant des films aux al­lures de fable tein­tés de poé­sie et de sur­réa­lisme. Un ours et deux amants, son nou­veau film, s’ins­crit par­fai­te­ment dans cette li­gnée.

Li­bre­ment ins­pi­ré des sou­ve­nirs de voyage dans le Grand Nord écrits par Louis Gre­nier (le fon­da­teur des vê­te­ments Ka­nuk), Un ours et deux amants nous trans­porte dans une pe­tite ville du Grand Nord où Ro­man (Dane DeHaan) et Lu­cy (Ta­tia­na Mas­la­ny), deux âmes bri­sées, ont trou­vé re­fuge.

Fol­le­ment amou­reux l’un de l’autre, Ro­man et Lu­cy vivent cha­cun avec des fan­tômes du pas­sé qui re­viennent constam­ment les han­ter. Quand Lu­cy ap­pren­dra à Ro­man qu’elle s’ap­prête à quit­ter le Grand Nord pour al­ler étu­dier à l’uni­ver­si­té, ce­lui-ci som­bre­ra dans la dé­pres­sion et ten­te­ra de noyer ses pro­blèmes dans l’al­cool.

COMME UNE BASE LU­NAIRE

Tour­né en par­tie au Nu­na­vut, Un ours et deux amants ré­vèle un Grand Nord peu sou­vent mon­tré au ci­né­ma. Dans la pre­mière par­tie du film, on dé­couvre la vie dans une pe­tite ville de l’Arc­tique aux al­lures de base lu­naire, où une faune cos­mo­po­lite semble vou­loir se ca­cher pour se faire ou­blier du reste du monde.

La se­conde par­tie du long mé­trage prend des al­lures de récit ini­tia­tique, alors que Ro­man et Lu­cy partent à l’a- ven­ture dans le dé­sert blanc au vo­lant de mo­to­neiges. Dans ce dé­cor ma­jes­tueux et sou­vent spec­ta­cu­laire, Kim Nguyen mul­tiple les images fortes, dont une scène puis­sante où Ro­man réus­sit à se sor­tir d’une cre­vasse gla­cière sur le rythme de Se­ven Na­tion Ar­my des White Stripes.

Nguyen a aus­si ajou­té une touche d’hu­mour et de sur­réa­lisme à son film, avec no­tam­ment un per­son­nage d’ours po­laire qui ap­pa­raît à quelques re­prises et qui as­sure la nar­ra­tion de l’his­toire (par le tru­che­ment de la voix du grand ac­teur Gor­don Pinsent).

Après le suc­cès in­ter­na­tio­nal de Re­belle (nom­mé pour l’Os­car du meilleur film en langue étran­gère en 2013), ce cin­quième long mé­trage de Kim Nguyen était for­cé­ment at­ten­du de pied ferme. Or, s’il n’a pas la puis­sance dra­ma­tique de Re­belle, Un ours et deux amants s’avère une pro­po­si­tion ci­né­ma­to­gra­phique sin­gu­lière et en­voû­tante qui sé­duit sur­tout par la grande beau­té de ses images et la qua­li­té re­mar­quable de sa mise en scène.

Lu­cy (Ta­tia­na Mas­la­ny) et Ro­man (Dane DeHaan) par­ti­ront à l’aven­ture dans les pay­sages spec­ta­cu­laires du Grand Nord.

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