GUER­RIER LE RE­POS DU

Sté­phane Rous­seau l’ad­met sans re­te­nue: les quatre der­nières an­nées n’ont pas été fa­ciles pour lui. Même s’il a re­çu cette an­née l’Oli­vier du spec­tacle de l’an­née pour Un peu prin­cesse, l’hu­mo­riste res­sort gran­de­ment fa­ti­gué des quelque 400 re­pré­sen­ta­tion

Le Journal de Quebec - Weekend - - NEWS - Ra­phaël Gen­dron-Mar­tin

Mis à part tes spec­tacles, qu’as-tu fait cet au­tomne?

«J’ai pas­sé beau­coup de mon temps à des­si­ner et peindre. Je me construis d’ailleurs un ate­lier de pein­ture et de sculp­ture chez moi. J’ai en­vie de me retirer vrai­ment dans le bois pour prendre du re­cul. À un mo­ment don­né, il faut le faire avant d’at­ta­quer un nou­veau pro­jet.»

La tour­née Un peu prin­cesse se ter­mi­ne­ra dans quelques Jours. Quel bi­lan en traces-tu?

«Ç’a été un tour­nant pour moi. C’est une étape très im­por­tante dans ma car­rière, que je conti­nue à faire de la scène ou pas. Ç’a été un vi­rage. Pour­quoi? Le ton est bien dif­fé­rent, dans ce spec­tacle-là. Je trouve que j’ai réus­si à as­su­mer un peu plus qui j’étais pro­fon­dé­ment que dans mes spec­tacles pré­cé­dents. Là, je trouve que je gagne en ma­tu­ri­té. Il fal­lait que je trouve mon per­son­nage de scène.»

Tu parles de prendre du re­cul. Pour­quoi sou­haites-tu t’ar­rê­ter?

«Je crois qu’il faut par­fois prendre du re­cul, dans ce mé­tier-là. Je veux avoir une idée plus pré­cise d’où je veux al­ler, ce que je veux faire, pour­quoi je suis là. C’est im­por­tant de se po­ser ces ques­tions, de s’ar­rê­ter. Même si c’est tou­jours bien épeu­rant de s’ar­rê­ter. Tu te de­mandes si les gens vont t’ou­blier, si tu se­ras en­core dans l’air du temps.»

Les dif­fé­rents at­ten­tats qui sont sur­ve­nus en Eu­rope t’ont-ils af­fec­té?

«Oui, ç’a été beau­coup de trau­ma­tismes. Quand c’est ar­ri­vé [à Char­lie Heb­do et au Ba­ta­clan], j’étais en France chaque fois. Mais je n’ai ja­mais an­nu­lé de spec­tacles. C’est sûr que tu n’as pas en­vie de jouer. Il y a du monde qui vient de mou­rir. Ça semble su­per­fi­ciel et fu­tile d’al­ler faire un spec­tacle d’humour. Mais la vraie rai­son, c’est que si tu an­nules, c’est toi qui paies de ta poche. On m’a don­né le choix. Est-ce que j’al­lais payer 20 000 $ de ma poche parce qu’il y avait trois fous qui étaient en­trés dans un autre théâtre pour tuer du monde?» «Pa­ris n’a plus ja­mais été la même, après. Moi, quand je me ba­lade à Pa­ris au­jourd’hui, ce n’est plus pos­sible de m’as­seoir en ter­rasse comme avant. Tu ne peux plus avoir la naï­ve­té et le pe­tit cô­té re­lax qu’il y avait.»

Au Qué­bec, les ré­centes his­toires de li­ber­té d’ex­pres­sion en humour t’on­telles fait ré­flé­chir?

«Ça me saoule, pour uti­li­ser une ex­pres­sion fran­çaise. On est tel­le­ment ren­dus bé­bés. Et ce n’est pas près de s’amé­lio­rer. For­cé­ment, comme il y a des gens qui viennent de plus en plus de par­tout dans le monde, tout le monde ne pense pas de la même fa­çon. Il y a de plus en plus de su­jets qui sont dé­li­cats à trai­ter. Je pense qu’on n’est pas dans une bonne pé­riode pour l’humour.» «Je le trouve moins le fun qu’avant, mon mé­tier. La concur­rence est beau­coup plus forte. Les condi­tions sont aus­si de moins en moins in­té­res­santes. Et on est des cibles fa­ciles, les hu­mo­ristes. Il y a tou­jours quel­qu’un pour nous ta­per des­sus. Comme on est gâ­tés et que nos salles sont pleines, on fait chier du monde.»

Est-ce qu’Un peu prin­cesse pour­rait être ton der­nier spec­tacle?

«Ça pour­rait, oui. Je le sou­haite. Je me croise les doigts. Mais je vais sû­re­ment man­quer d’ar­gent à un mo­ment don­né et je vais re­ve­nir. Je ne sais pas si ce se­ra mon der­nier. Peut-être qu’après mon ar­rêt, je vais m’aper­ce­voir que c’est là ma place [sur la scène]. Mais j’ai be­soin de me le prou­ver.» «Je ne peux pas mon­ter un show en sa­chant à peu près ce qui va ar­ri­ver, en sa­chant à peu près le nombre de billets que je vais vendre et pra­ti­que­ment ce que les cri­tiques vont dire. Chaque fois, c’est un peu ça qui se pro­duit. Je sais dé­jà ce qui va se pas­ser et je sais com­ment ça va être re­çu. Tout est ren­du pré­vi­sible.»

Se­rais-tu en pleine crise de la cin­quan­taine?

«Sû­re­ment. Dans quatre ans, on va peu­têtre se re­voir et tu vas me de­man­der com­ment se passe mon nou­veau spec­tacle. (rires)» Le DVD du spec­tacle est pré­sen­te­ment sur le mar­ché. Pour les dates de la fin de la tour­née, qui s’ar­rê­te­ra le 21 dé­cembre, on consulte ste­pha­ne­rous­seau.com. Un peu prin­cesse

PHO­TO BEN PELOSSE, LE JOUR­NAL DE MONTRÉAL

Sté­phane Rous­seau sou­haite prendre une longue pause de la scène après la fin de sa tour­née Un peu prin­cesse.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.