UN PUR RA­VIS­SE­MENT

Le ci­né­ma amé­ri­cain a en­core la ca­pa­ci­té de nous faire rê­ver. Grâce au charme ir­ré­sis­tible de la paire Em­ma Stone et Ryan Gos­ling, l’ins­pi­rant Pour l’amour d’Hol­ly­wood rem­porte haut la main un pa­ri au­da­cieux: re­don­ner du lustre à un genre d’une autre époq

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Cé­dric Bé­lan­ger ce­dric.be­lan­ger@que­be­cor­me­dia.com

Presque 80 ans après les nu­mé­ros de danse my­thiques de Fred As­taire et Gin­ger Ro­gers, voi­là la co­mé­die mu­si­cale qu’on n’at­ten­dait plus.

Vé­ri­table lettre d’amour à Los An­geles (le titre ori­gi­nal La La Land est un sur­nom don­né à la ci­té des Anges) et au ci­né­ma de la pre­mière moi­tié du XXe siècle, Pour l’amour d’Hol­ly­wood est une écla­tante réus­site à tous les ni­veaux, de sa mise en scène in­ven­tive à la trame so­nore at­trayante de Jus­tin Hur­witz. Un pur ra­vis­se­ment pour les yeux et les oreilles.

CRÉA­TI­VI­TÉ ÉTALÉE

Ré­vé­lé il y a deux ans par le re­mar­quable Whi­plash, le jeune ci­néaste Da­mien Cha­zelle, 31 ans, étale ici toute sa créa­ti­vi­té, que ce soit dans le choix de ses ca­drages ou dans son uti­li­sa­tion ju­di­cieuse de la lu­mière.

Il dé­montre son sa­voir-faire dès la scène d’ou­ver­ture en se ser­vant d’une bre­telle d’au­to­route, où sont coin­cés des di­zaines de vé­hi­cules, pour or­ches­trer une cho­ré­gra­phie de haute vol­tige, pre­mier d’une sé­rie d’as­tu­cieux ta­bleaux mu­si­caux.

C’est donc dans le tra­fic qu’on fait la ren­contre de Se­bas­tian (Gos­ling) et Mia (Stone), deux ar­tistes rê­veurs – lui veut ou­vrir un club de jazz, elle veut de­ve­nir une grande ac­trice – qui vont bien sûr tom­ber en amour, dans la plus pure tra­di­tion hol­ly­woo­dienne, avant de voir leur idylle mise à l’épreuve par les choix pro­fes­sion­nels qu’ils fe­ront.

BELLES TROU­VAILLES

La trame nar­ra­tive, si­gnée aus­si Cha­zelle, peut sem­bler mince, or, elle s’ap­puie sur de belles trou­vailles sur les plans dra­ma­tique et hu­mo­ris­tique. Son grand mé­rite est ce­pen­dant de nous of­frir une fi­nale émouvante qui ne sombre pas dans les ha­bi­tuels cli­chés à l’eau de rose de la co­mé­die ro­man­tique.

Amou­reux pour la troi­sième fois au ci­né­ma après les films Cra­zy, Stu­pid, Love et Gang­ster Squad, Ryan Gos­ling et Em­ma Stone font des flam­mèches. En pia­niste un brin va­ni­teux, Gos­ling (éton­nant au pia­no) offre une per­for­mance im­pec­cable, la meilleure de sa car­rière, qui lui vau­dra sû­re­ment une no­mi­na­tion aux Os­cars.

On peut en dire tout au­tant de la pé­tillante Stone, dont les grands yeux tra­hissent la moindre de ses émo­tions. La co­mé­dienne, qu’on sa­vait dé­jà à l’aise dans des re­gistres co­mique et mé­lan­co­lique, dé­voile au pas­sage un réel ta­lent pour le chant dont on prend la pleine me­sure lors­qu’elle passe une au­di­tion cru­ciale.

À no­ter aus­si la pré­sence du mu­si­cien John Le­gend, très à l’aise dans la peau du lea­der d’un groupe de jazz-pop qui en­rôle Se­bas­tian.

Mais au de­là de ses in­dé­niables qua­li­tés ci­né­ma­to­gra­phiques, le plus bel ac­com­plis­se­ment de Pour l’amour d’Hol­ly­wood ré­side dans sa ca­pa­ci­té à nous émer­veiller et à nous faire ou­blier, pen­dant deux heures, toute la ter­reur qui sé­vit un peu par­tout sur la pla­nète. C’est un film avec du coeur. Une fois de temps en temps, ça fait du bien.

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