IN­DIS­PEN­SABLE AN­DRÉ FOR­CIER 3 BAR SA­LON (1974) 3 L’EAU CHAUDE, L’EAU FRETTE (1976) 3 AU CLAIR DE LA LUNE (1982) 3 UNE HIS­TOIRE IN­VEN­TÉE (1990) 4 JE ME SOU­VIENS (2009)

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA -

Trei­zième long mé­trage d’An­dré For­cier, Em­bras­se­moi comme tu m’aimes com­bine l’hu­mour et le sa­voir­faire de l’ico­no­claste le plus in­dis­pen­sable de notre ci­né­ma. À l’oc­ca­sion de la sor­tie en DVD et en VSD de cet opus touf­fu qui a ral­lié le pu­blic et la cri­tique, re­tour sur les hauts faits de la car­rière de son au­teur.

Les ten­ta­tives d’un quin­qua­gé­naire (ex­cellent Guy L’Écuyer) pour sau­ver son bar me­na­cé par la faillite.

For­cier dé­crit avec un morne réa­lisme un mi­lieu de pe­tites gens aux am­bi­tions dé­çues. Il tire même par­ti de la min­ceur de son bud­get pour ac­cen­tuer l’ap­proche mi­sé­ra­bi­liste de sa mise en scène. La pho­to tout en gri­saille, les dé­cors mi­teux, le contexte hi­ver­nal, au­tant d’élé­ments qui contri­buent au cli­mat d’en­semble. Tout ce­la est com­bi­né avec une éton­nante ai­sance et ren­for­cé par le jeu bien ac­cor­dé des in­ter­prètes.

Pen­dant qu’on or­ga­nise une fête pour l’usu­rier qui fait la loi dans un quar­tier dé­fa­vo­ri­sé de Mon­tréal, des ado­les­cents com­plotent son as­sas­si­nat.

Si elle se pré­sente sur un ton de tru­cu­lence jo­viale, cette évo­ca­tion d’un mi­lieu po­pu­laire n’en contient pas moins des ob­ser­va­tions d’un réa­lisme atroce. Le trai­te­ment co­mique en ap­pa­raît pro­gres­si­ve­ment grin­çant et masque un par­ti-pris de pes­si­misme. La pein­ture du mi­lieu se pré­sente dans une mise en scène ani­mée et ner­veuse qui ar­rive à faire pas­ser des ou­trances ca­ri­ca­tu­rales.

Un al­bi­nos à l’es­prit fan­tasque se lie d’ami­tié avec un hom­me­sand­wich can­dide, an­cien cham­pion de bow­ling.

Cé­dant à sa ten­dance poé­tique sans quit­ter tou­te­fois le mi­lieu du pe­tit peuple qu’il af­fec­tionne, For­cier s’est créé un mi­cro­cosme par­ti­cu­lier où la fan­tai­sie se ma­rie avec le vé­risme. Un hu­mour gris s’y fait jour tant dans les dia­logues que dans un com­men­taire ri­mé d’un cu­rieux ef­fet. Michel Cô­té et Guy L’Écuyer par­tagent une belle com­pli­ci­té. Une femme aux mul­tiples amants et sa fille, dé­çue par un amour ré­cent, cour­tisent le même trom­pet­tiste.

Fi­dèle à son mé­lange de poé­sie tendre et d’ob­ser­va­tions crues trai­tées avec un hu­mour bon­homme, For­cier re­vient en forme avec cette fan­tai­sie sen­ti­men­tale jouis­sive, mise en scène de ma­nière co­lo­rée. Jean La­pointe, Louise Mar­leau et Charlotte Lau­rier com­posent un triangle amou­reux aus­si sa­vou­reux qu’in­so­lite.

Dans les an­nées 1950 en Abi­ti­bi, la fillette illé­gi­time d’un ex­syn­di­ca­liste ap­prend le gaé­lique au­près d’un ré­vo­lu­tion­naire ir­lan­dais dont sa mère s’éprend.

Sept ans avant Em­brasse-moi comme tu m’aimes, For­cier réa­lise ce pre­mier film à sa­veur his­to­rique, évo­ca­tion tendre et amu­sée du Qué­bec de la Grande Noir­ceur, tour­née dans un noir et blanc soi­gné. Dense, im­pré­vi­sible, le film est por­té par une dis­tri­bu­tion épa­tante, do­mi­née par une Cé­line Bon­nier im­pé­riale, qui mord à belles dents dans son per­son­nage de veuve fri­vole et de mère in­digne.

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