CRÉA­TION SOUS PRESSION

Le Journal de Quebec - Weekend - - MUSIQUE - Marc-An­dré Le­mieux Le Jour­nal de Mon­tréal marc-andre.le­mieux @que­be­cor­me­dia.com

Être coach à La Voix, c’est beau­coup de pression. Voi­là pour­quoi Éric Lapointe avait pré­pa­ré non pas une, non pas deux, mais bien trois chan­sons ori­gi­nales pour Lu­do­vick Bour­geois avant qu’il at­teigne la fi­nale du concours. Ne sa­chant pas com­ment son pro­té­gé al­lait ré­agir à l’écoute des mor­ceaux, il vou­lait s’as­su­rer d’avoir le plus de choix pos­sible pour maxi­mi­ser les chances que l’un d’entre eux touche la cible. Mais au bout du compte, il n’a fait en­tendre qu’une pièce au fu­tur ga­gnant : la bonne.

«La pre­mière qu’on lui a pré­sen­tée a col­lé tout de suite, re­late le ro­ckeur. Quand j’ai vu son sou­rire au re­frain, je sa­vais qu’il l’ai­mait. Parce que Lu­do­vick, ce n’est pas un gars pho­ny. C’est quel­qu’un de vrai.» Lan­cée en grande pompe di­manche der­nier de­vant plus de 2 330 000 té­lé­spec­ta­teurs, Si je com­men­çais est née d’un texte de Lyn­da Le­may au­quel Éric Lapointe s’est «gref­fé». Pour la mu­sique, le chan­teur de Terre pro­mise et N’im­porte quoi a fait ap­pel à Sté­phane Dufour, un com­plice de longue date.

«Une col­la­bo­ra­tion comme la nôtre, ça ar­rive une fois dans une vie, in­dique Lapointe. Après 25 ans, on n’a plus be­soin de dire les choses. Sou­vent, un regard suf­fit.

«Chaque fois qu’on se ren­contre, on écrit une chan­son, ajoute-t-il. Elles ne sont pas toutes bonnes, mais on en fait une quand même. Parce qu’écrire une chan­son, c’est un peu comme bâ­tir une mai­son: ça prend des murs, des fe­nêtres, pis un toit. Ça ne veut pas dire que ça va être un chef-d’oeuvre d’ar­chi­tec­ture à chaque fois, mais la base, on connaît ça.»

UNE CHAN­SON PO­SI­TIVE

En en­tre­vue, Éric Lapointe ex­plique qu’il vou­lait créer une chan­son po­si­tive pour Lu­do­vick, his­toire de bien re­pré­sen­ter son par­cours à La Voix. Pour un spé­cia­liste avoué des mor­ceaux dra­ma­tiques comme Mon ange et Loa­dé comme un gun, concoc­ter une pièce du genre re­pré­sen­tait tout un dé­fi.

«Le piège, c’était d’écrire une chan­son ar­rache-coeur, une bal­lade de peine d’amour et tout ça. Je n’avais pas en­vie de tom­ber là-de­dans, sur­tout que Lu­do­vick est re­la­ti­ve­ment jeune. On l’ima­gine mal dans cette si­tua­tion. Je vou­lais écrire quelque chose qui parle d’amour sans trop être lé­ger. Je vou­lais quelque chose d’en­traî­nant qu’il al­lait pou­voir chan­ter en sou­riant… Je pense qu’on a vi­sé juste.»

UN EXER­CICE DIF­FI­CILE

Éric Lapointe com­mence à avoir l’ha­bi­tude des blitz d’écri­ture de fins de sai­son à La Voix. Coach de­puis la deuxième sai­son du concours, il avait pon­du des chan­sons pour Va­lé­rie La­haie (2014), Ro­sa La­ric­chiu­ta (2015) et Tra­vis Cor­mier (2016) avant de s’at­ta­quer à celle de Lu­do­vick Bour­geois. Mal­gré ses an­nées d’ex­pé­rience, l’au­teur-com­po­si­teur conti­nue de qua­li­fier cet exer­cice de dé­fi.

«Écrire pour quel­qu’un d’autre, je l’ai fait sou­vent. J’écri­vais pour d’autres avant d’avoir une car­rière. Mais ça reste dif­fi­cile, parce que d’ha­bi­tude, tu t’as­sois avec l’autre per­sonne. Tu lui poses des ques­tions, tu t’abreuves de son his­toire. Et sou­vent, tu pars d’une phrase qu’elle t’a dite pour faire la toune. Mais à La Voix, l’ac­cès est plus li­mi­té, parce qu’on ne peut pas ren­con­trer les can­di­dats sans avoir les ca­mé­ras. Il faut donc es­sayer d’ima­gi­ner ce qu’ils au­raient à dire.»

ÉLE­VER SON JEU

Éric Lapointe est per­sua­dé que Si je com­men­çais se­ra le hit de l’été, grâce entre autres au pou­voir d’at­trac­tion de Lu­do­vick, pour qui il ne ta­rit pas d’éloges. Il sa­lue son aplomb sur scène, son as­su­rance et sur­tout, sa ca­pa­ci­té de gé­rer la pression. «Pour cer­taines per­sonnes, la pression, ça leur scie les deux jambes. Mais pour d’autres, ça leur donne des ailes. C’est le cas de Lu­do­vick. Il sait com­ment ca­na­li­ser l’adré­na­line. Il s’en sert comme une arme. Il est tou­jours plus fort en si­tua­tion de per­for­mance de­vant pu­blic qu’il l’est en ré­pé­ti­tion. Dans notre mé­tier, tu ne peux pas être bon tout le temps, mais tu dois être bon quand ça compte. Lu­do­vick l’a com­pris, et quand les ca­mé­ras tournent, il est ca­pable d’éle­ver son jeu d’un cran.»

Éric Lapointe en com­pa­gnie de Lu­do­vick Bour­geois après sa vic­toire à La Voix.

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