QUAND L’IM­PEN­SABLE SE PRO­DUIT

Avec ce long mé­trage sur un épi­sode par­ti­cu­liè­re­ment atroce des émeutes de Dé­troit en 1967, Ka­thryn Bi­ge­low montre sans com­pro­mis le ra­cisme qui pré­va­lait à l’époque.

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - ISA­BELLE HONTEBEYRIE

Il y a 50 ans. Les États-Unis s’em­brasent. Les ma­ni­fes­ta­tions pour les droits ci­viques des Noirs tournent à l’émeute dans les grandes villes du pays. À Dé­troit, les Noirs des quar­tiers pauvres se heurtent aux forces de l’ordre après l’in­ter­ven­tion de celles-ci pour faire fer­mer un bar clan­des­tin. En 48 heures, la si­tua­tion dé­gé­nère.

DES PO­LI­CIERS RA­CISTES

Pa­ral­lè­le­ment, Lar­ry Reed (Al­gee Smith), du groupe The Dra­ma­tics, doit se pro­duire sur scène, mais sa pres­ta­tion est an­nu­lée en rai­son des émeutes. Avec son ami Fred (Ja­cob La­ti­more), il se ré­fu­gie dans le mo­tel Al­giers, sorte d’oa­sis de par­ty au mi­lieu du bra­sier. Par­mi les autres clients et ré­si­dents de l’en­droit, on trouve, deux jeunes filles blanches ori­gi­naires d’Ohio, un vé­té­ran de la guerre du Viet­nam et Carl Coo­per (Ja­son Mit­chell). À quelques coins de rue, Mel­vin Dis­mukes (John Boye­ga, dont la pres­ta­tion en re­te­nue est par­faite) tra­vaille comme gar­dien de sé­cu­ri­té dans un ma­ga­sin qu’il pro­tège contre les pillards. À l’ex­cep­tion des deux jeunes filles, tout le monde est noir. Et, quand Carl dé­cide de faire feu avec un faux pistolet qui tire des balles à blanc, trois po­li­ciers dé­barquent sur place. Krauss (Will Poul­ter, im­pres­sion­nant d’in­hu­ma­ni­té) s’est fait se­mon­cer, plus tôt dans la jour­née, parce qu’il avait sé­rieu­se­ment bles­sé un homme noir en lui ti­rant dans le dos. Ses deux autres ca­ma­rades, Flynn (Ben O’Toole) et De­mens (Jack Rey­nor), sont aus­si ra­cistes que lui.

Les heures qui suivent sont cau­che­mar­desques. Le trio de flics s’en prend à tout le monde – les jeunes femmes, no­tam­ment, font l’ob­jet de ques­tions sexuelles et les hommes noirs sont sou­mis à des trai­te­ments in­hu­mains. Le seul épar­gné, Mel­vin Dis­mukes – pro­ba­ble­ment parce qu’il est ar­mé – sert de té­moin et de­vient une es­pèce de garde-fou que les trois hommes fi­ni­ront par écar­ter de la scène. Car, au terme de cette soi­rée et d’in­ter­ro­ga­toires qu’on ne peut qua­li­fier que de tor­ture, trois ca­davres gisent sur le plan­cher de l’hô­tel.

L’his­toire ra­con­tée par Mark Boal, scé­na­riste at­ti­tré de Ka­thryn Bi­ge­low qui a col­la­bo­ré avec la réa­li­sa­trice pour Le dé­mi­neur » et Opé­ra­tion avant

l’aube, ne s’ar­rête pas là. Le pro­cès des trois po­li­ciers ain­si que le ver­dict font éga­le­ment par­tie du long mé­trage de 143 mi­nutes.

UN FILM QUI CHOQUE

Avec son in­croyable sens de l’image et du rythme, la ci­néaste – ca­mé­ra à l’épaule, du moins au dé­but – plonge le spec­ta­teur dans l’hor­reur du ra­cisme or­di­naire avec l’in­ten­tion d’ef­fec­tuer un lien avec la si­tua­tion qui pré­vaut ac­tuel­le­ment au sud de la fron­tière.

Elle par­vient am­ple­ment à cho­quer, à ré­vol­ter, à gé­né­rer des ques­tion­ne­ments. Elle ne tombe ja­mais – à l’ins­tar de ses deux longs mé­trages pré­cé­dents – dans la le­çon ni même les faux es­poirs. Elle montre, ra­conte et ce­la suf­fit am­ple­ment à res­sen­tir l’in­des­crip­tible.

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