ENTRE LE RÉEL ET L’ILLU­SION

Le Journal de Quebec - Weekend - - LIVRES - Routes se­con­daires.

Les lec­teurs qui aiment les mys­tères et qui ont ai­mé Bon­drée, son ro­man pré­cé­dent, re­trou­ve­ront une am­biance in­quié­tante et le mo­tif du double, cher à l’oeuvre d’An­drée A. Mi­chaud, dans son nou­veau ro­man,

MA­RIE-FRANCE BORNAIS Le Jour­nal de Qué­bec

La ta­len­tueuse écri­vaine pousse en­core plus loin les limites entre le réel et l’illu­sion puisque, dans cette his­toire, le lec­teur de­vra dé­ter­mi­ner si le per­son­nage d’Hea­ther, une jeune femme frap­pée d’amné­sie après un ac­ci­dent de la route, existe vrai­ment.

Ren­con­trée sur une route se­con­daire, Hea­ther Thorne est-elle Hea­ther Thorne... ou bien une autre ? Peut-être même s’agit-il d’An­drée A. Mi­chaud, qui li­vre­rait un pan de sa propre his­toire à tra­vers elle ?

An­drée A. Mi­chaud ne sait pas pour­quoi le thème du double est aus­si pré­sent dans son oeuvre. « Ça vient spon­ta­né­ment, au­to­ma­ti­que­ment, d’un ro­man à l’autre. Dans le cas de Routes se­con­daires, c’est vo­lon­taire : j’ai pla­cé là un double parce que je vou­lais vi­der le su­jet une fois pour toutes... mais je ne suis même pas cer­taine d’y être par­ve­nue. Est-ce que c’est parce qu’in­évi­ta­ble­ment, quand on écrit, on se dé­double tou­jours un peu ? »

PRE­MIÈRES IM­PRES­SIONS

Dans Routes se­con­daires, elle s’est lais­sé por­ter par des pre­mières im­pres­sions. « La pre­mière page est un bon in­di­ca­teur : ça s’est pas­sé comme ça. Je mar­chais dans le qua­trième rang de mon vil­lage et les deux phrases qui com­mencent le ro­man me sont ve­nues à l’es­prit : Je dois m’ap­pe­ler Hea­ther. Elle doit s’ap­pe­ler Hea­ther. »

À par­tir de là, elle a choi­si de par­ler d’écri­ture, du rap­port de l’écri­vaine avec ses per­son­nages – et dans ce cas, avec un per­son­nage.

« Dès le dé­part, je sa­vais que j’al­lais par­ler d’écri­ture, de la cons­ti­tu­tion d’un uni­vers. Comment un ro­man se construit. Comment un per­son­nage s’étoffe au fil des pages. Mais c’est ve­nu spon­ta­né­ment. Avant, j’étais en re­cherche d’idées... mais j’ai eu un beau ca­deau en me pro­me­nant dans le “quatre”. »

An­drée croit que son livre peut don­ner lieu à dif­fé­rentes lec­tures et pré­cise que Hea­ther n’est pas elle. « La fi­gure qui me cor­res­pond, c’est vrai­ment An­drée, ou le per­son­nage d’An­drée – on peut se po­ser la ques­tion : est-ce que c’est un per­son­nage ou l’écri­vain qui parle ? Je la fais me res­sem­bler, mais c’est un jeu de mi­roirs. » Au dé­part, fait-elle re­mar­quer, le per­son­nage d’An­drée n’a pas de consis­tance. « Je lui in­vente une his­toire, mais c’est une his­toire qui m’échappe parce que j’ignore de quel pas­sé elle ar­rive, quels drames ont eu lieu dans sa vie. C’est une forme d’en­quête – c’est l’au­teur qui en­quête pour sa­voir quel drame a vé­cu un de ses per­son­nages. »

L’écri­ture a été fort agréable, en « temps réel ». « J’écri­vais les choses telles qu’elles se pas­saient. Il y a des pas­sages où je parle de ma vie, de mes mo­ments d’écri­ture. Des par­ties plus fic­tives s’in­sèrent à ces ré­flexions sur le quo­ti­dien. C’était une écri­ture très ha­chu­rée : j’ai écrit le ro­man par bribes, ce dont té­moigne le dé­cou­page du texte. Il y a beau­coup de choses qui ont fait que je ne pou­vais pas écrire de fa­çon aus­si conti­nue que je le sou­hai­tais. J’ai es­sayé de faire en sorte que ça nour­risse le ro­man d’une autre fa­çon, avec ce jeu sur le pas­sage du temps, le pas­sage des sai­sons. »

ROUTES SE­CON­DAIRES An­drée A. Mi­chaud Édi­tions Qué­bec Amé­rique 242 pages

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