CE QU’IL A DÉ­JÀ DIT…

Dans le cadre de sa nou­velle émis­sion in­ti­tu­lée Ou­vrez les guille­mets, Fran­çois Morency rap­pelle à ses in­vi­tés des choses qu’ils ont af­fir­mées par le pas­sé.

Le Journal de Quebec - Weekend - - WEEKEND - MI­CHÈLE LEMIEUX

Ins­pi­rés par cette for­mule, nous avons dé­ci­dé de lui faire goû­ter sa propre mé­de­cine : en fouillant nos ar­chives, nous avons re­le­vé quelques ci­ta­tions de son cru que nous lui avons de­man­dé de com­men­ter.

Vous avez aus­si dé­jà af­fir­mé :

« Quand tu es jeune, c’est juste nor­mal que tu te re­belles contre les va­leurs et les choix de tes pa­rents, ce que j’ai fait. C’est seule­ment plus tard que j’ai réa­li­sé ma chance. » En quoi consi­dé­rez-vous avoir été chan­ceux ?

J’ai eu la chance d’être pro­té­gé, en­tou­ré, ai­mé, et de gran­dir dans un en­vi­ron­ne­ment fa­mi­lial pai­sible. Je n’ai ja­mais en­ten­du mes pa­rents s’en­gueu­ler. Il y a eu des chi­canes, mais ja­mais rien de sé­rieux. Ils ne se sont ja­mais en­gueu­lés sur la fi­dé­li­té ou sur l’ar­gent, les su­jets clas­siques de dis­corde. J’ai été chan­ceux !

« Ce se­rait une er­reur de com­pa­rer mes re­la­tions amou­reuses avec leur union ; mes pa­rents viennent d’une autre époque. » Leur mo­dèle est-il en­core pos­sible au­jourd’hui ?

Il n’est pas pos­sible parce qu’à l’époque, la re­li­gion avait la main­mise sur la so­cié­té. Se di­vor­cer n’était pas une op­tion. Au­jourd’hui, c’est tout à fait nor­mal, même com­mun. La réa­li­té de mes pa­rents est dif­fé­rente de la mienne, ça me semble in­juste de les com­pa­rer. Je suis content de ne pas être sou­mis à ce car­can, mais j’ad­mets que ça for­çait les gens à pour­suivre leur en­ga­ge­ment, à ne pas se « flu­sher » dès la pre­mière chi­cane. Ça reste un mo­dèle, car ils sont heu­reux. Quelle que soit l’ave­nue choi­sie, seul ou en couple, avec ou sans en­fant, il n’y a pas de vie par­faite. Il y a tou­jours un mo­ment où on vou­drait être ailleurs, vivre une autre vie. C’est nor­mal. Avec les an­nées, j’ai dé­ve­lop­pé une ca­pa­ci­té à lais­ser-al­ler. J’ai ac­cep­té que, si je veux quelque chose qui n’ar­rive pas, ça ne veut pas dire que ça n’ar­ri­ve­ra ja­mais. Ça n’ar­ri­ve­ra pas se­lon mon agen­da, et je l’ac­cepte. Je ne m’acharne plus.

« Mon père m’a clai­re­ment in­suf­flé de la ri­gueur. Si je suis aus­si ap­pli­qué dans mon tra­vail, c’est grâce à lui, même si par­fois il me fai­sait suer ! » Si vous aviez des en­fants, re­pro­dui­riez-vous le même mo­dèle ?

Je tra­vaillais pour lui dans son com­merce. Il était d’une ri­gueur qui me tuait ! Même pour des tâches quo­ti­diennes, il s’at­ta­chait aux dé­tails. Je suis obli­gé d’ad­mettre que je suis pa­reil dans ma vie pro­fes­sion­nelle. C’est l’in­fluence de mon père qui nous a en­sei­gné la va­leur du tra­vail bien fait. Comme père, j’au­rais été pa­reil, j’en suis sûr. Je ne sais pas si j’au­rais été aus­si sé­vère, mais j’au­rais in­cul­qué ces va­leurs à mes en­fants, sa­chant qu’après la ré­bel­lion, il y a la re­con­nais­sance.

« De ma mère, je tiens mon em­pa­thie. Elle n’a pas une once de ma­lice en elle. » En quoi lui res­sem­blez-vous ?

Outre mon em­pa­thie, je suis sou­cieux du bon­heur des gens qui m’en­tourent. Je suis gé­né­reux avec ceux qui ont eu moins de chance que moi dans la vie.

« J’ai tou­jours été de plus en plus heu­reux d’une dé­cen­nie à l’autre. » Pour­quoi ?

Parce que vient un mo­ment où tu ar­rêtes de te cher­cher. Tu sais qui tu es et tu l’as­sumes. Tu com­prends qu’il y a des gens qui ne t’aiment pas et qui ne t’ai­me­ront ja­mais. Ma confiance en moi est tou­jours plus grande et j’ai la cer­ti­tude d’être à ma place. J’ai ar­rê­té de cher­cher à être quel­qu’un d’autre.

« J’ai eu des co­pines ex­tra­or­di­naires, mais ça n’a ja­mais été au point de dire qu’on fon­de­rait une fa­mille. » Avez-vous re­non­cé à avoir des en­fants ?

Je reste ou­vert au pro­jet. Nous, les hommes, nous pou­vons nous re­pro­duire jus­qu’à 115 ans... J’ai eu une en­fance heu­reuse. Mes deux frères ont des en­fants qui ont des en­fants. Je suis hy­per à l’aise avec l’idée d’en avoir, mais j’ai ac­cep­té le fait que ça puisse ne pas ar­ri­ver. Si oui, tant mieux. Il y a une par­tie que je ne contrôle pas. Il y a eu un temps où je consi­dé­rais que ma vie se­rait un échec si je n’avais pas d’en­fant, mais j’ai réa­li­sé que la vie est faite d’un en­semble d’élé­ments et que les en­fants sont un élé­ment par­mi tant d’autres. C’est, semble-t-il, ex­tra­or­di­naire, mais si ça n’ar­rive pas, je crois qu’on peut avoir une vie for­mi­dable quand même.

Et l’amour... Vous y croyez tou­jours ?

C’est vrai qu’il y a des op­por­tu­ni­tés, mais je suis beau­coup plus sé­lec­tif que par le pas­sé. Je suis plus ca­sa­nier aus­si. Je ne cours plus après ça. Je ne suis pas un dé­pen­dant af­fec­tif. Je ne peux pas être avec une fille qui l’est. Je ne veux pas être la rai­son de vivre d’une fille. Il faut qu’elle ait sa car­rière, ses af­faires.

FRAN­ÇOIS MORENCY

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