RE­VI­SI­TER LE MYTHE DE SALOMÉ

Le Journal de Quebec - Weekend - - LIVRES - MA­RIE-FRANCE BORNAIS Le Jour­nal de Qué­bec

Après avoir re­çu un for­mi­dable ac­cueil pour Oss (2011) et Les Sangs (2013), la ta­len­tueuse écri­vaine mont­réa­laise Au­drée Wil­hel­my pro­pose une his­toire ba­sée sur le mythe de Salomé et son in­fâme tri­angle amou­reux pour son troi­sième ro­man, Le corps des bêtes.

Elle ra­conte donc comment s’ar­ti­cule un tri­angle amou­reux entre Mie, sa mère Noé (un per­son­nage ve­nu du ro­man Oss) et un per­son­nage ap­pe­lé Osip à Sit­jaq, un vil­lage de bord de mer iso­lé et peu hos­pi­ta­lier – un bout de terre ro­cailleux sor­ti tout droit de l’ima­gi­naire de l’au­teure.

« Avec Le corps des bêtes, je vou­lais trou­ver une fa­çon de mettre en scène des per­son­nages dont les émo­tions ne sont pas simples, qui ont un pas­sé qui oriente leurs ré­ac­tions. Comme être hu­main, on n’a pas juste un état d’es­prit : ça change dans la de­mi-heure, par­fois », ex­plique-t-elle en en­tre­vue.

« TRI­ANGLE INCESTUEUX »

Au­drée a fait son mé­moire de maî­trise avec Oss et sa thèse de doc­to­rat en créa­tion lit­té­raire avec Les Sangs. Avec

Le corps des bêtes, elle vou­lait ex­plo­rer le mythe de Salomé, qui est dans la Bible. « C’est celle qui de­mande la tête de Jean-Bap­tiste à cause d’un tri­angle amou­reux. Je m’in­ter­ro­geais comment ce tri­angle incestueux, où tout le monde est consen­tant, fonc­tion­nait. C’était le point de dé­part, comme Barbe-Bleue était le point de dé­part dans Les Sangs, mais il n’en reste pra­ti­que­ment plus de traces à la fin. »

Au­drée vou­lait ame­ner le lec­teur à com­prendre, à l’in­té­rieur d’une struc­ture et d’une so­cié­té qui n’est pas la nôtre, cette re­la­tion par­ti­cu­lière entre Mie, sa mère et Osip. « Je vou­lais lais­ser le champ libre à la ré­flexion et au ju­ge­ment de cha­cun, à par­tir de là. »

Le corps des bêtes se dé­roule à une époque qui n’est pas dé­ter­mi­née, dans un lieu qui ne l’est pas non plus. « Ça fa­ci­lite beau­coup de choses et dans tous mes ro­mans, c’est comme ça : c’est un es­pace qui per­met d’abor­der les ta­bous beau­coup plus li­bre­ment. En pla­çant l’his­toire dans un monde à cô­té du nôtre, un monde de la pen­sée, de l’ima­gi­naire, ça me per­met de ne pas être contrainte par les lois, la po­li­tique, les moeurs. Ça laisse aus­si beau­coup de place à la fa­çon dont chaque lec­teur va le re­ce­voir : c’est lui qui pose le re­gard so­cial. »

PLU­SIEURS INTERPRÉTATIONS

Au­drée note que, pour beau­coup de gens, son ro­man traite de la dé­cou­verte de la sexua­li­té et que pour d’autres, c’est un ro­man qui parle de l’in­ceste. Mais pour elle, ce n’est pas ça. « Cha­cun va s’ap­pro­prier le ro­man comme il veut. »

LE CORPS DES BÊTES Au­drée Wil­hel­my Édi­tions Le­méac 160 pages en­vi­ron

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.