TEN­TER DE SUR­MON­TER UN DEUIL

Le Journal de Quebec - Weekend - - LIVRES - MA­RIE-FRANCE BORNAIS Le Jour­nal de Qué­bec

Après avoir si­gné Ça sent la coupe et La ten­dresse at­ten­dra, l’écri­vain et scé­na­riste mont­réa­lais Mat­thieu Si­mard a abor­dé avec sa plume ori­gi­nale et sen­sible la dif­fi­cile ques­tion du deuil pa­ren­tal dans un ro­man court, mais bou­le­ver­sant, Ici, ailleurs.

Éprou­vés par le dé­cès de leur fille, Ma­rie et Simon dé­cident de quit­ter la ville pour s’ins­tal­ler à la cam­pagne, loin de leurs sou­ve­nirs. Ils s’ins­tallent sans éner­gie dans « la mai­son du vieux ». Dif­fi­ci­le­ment, ils entrent en contact avec les gens de la place et dé­couvrent les se­crets des uns et des autres.

Dans ce vil­lage per­du, dé­ser­té de la ma­jo­ri­té de ses ha­bi­tants, ils font la connais­sance de Fi­sher, l’homme à tout faire qui ne fait pas grand-chose, d’une ser­veuse à la beau­té un peu fa­née, de voi­sins en­va­his­sants.

AUTRE VOIE DE SOR­TIE

Le couple tente de re­faire sa vie, sans suc­cès. Entre eux, en eux, il y a quelque chose de cas­sé, d’ir­ré­pa­rable. Ils sont en­core amou­reux, mal­gré leur dou­leur, mais le choc est dif­fi­cile à en­cais­ser. Ils trou­ve­ront une autre voie de sor­tie.

Mat­thieu Si­mard, après avoir scé­na­ri­sé Ça sent la coupe, por­té à l’écran par Pa­trick Sau­vé, avait en­vie de tra­vailler un thème dra­ma­ti­co-tra­gique. « Je tra­vaille beau­coup à par­tir de mes peurs : j’es­saie de les faire vivre à quel­qu’un dans un ro­man – ça me li­bère un peu, ex­plique Mat­thieu Si­mard, en en­tre­vue. Ça les exor­cise. De­puis la nais­sance de mes en­fants, c’est ter­rible comment la pro­jec­tion de les perdre me fait mal, au quo­ti­dien. J’avais be­soin d’adou­cir cette peur qui est vrai­ment pré­sente chez moi. [...] Comme au­teur, j’ex­tra­pole sur des ex­trêmes. »

Le couple de Ma­rie et de Simon ne se re­met pas du deuil – une si­tua­tion bien plau­sible. « Oui, on parle beau­coup de ré­si­lience, et c’est vrai que c’est im­por­tant d’être ré­si­lient et d’es­sayer de se re­le­ver. Mais il y a des choses dont on ne peut pas se re­le­ver, je pense, dé­pen­dant qui et dé­pen­dant de quelles cir­cons­tances. »

« Je ne dis pas que, pour tout le monde, la so­lu­tion est de ne pas réus­sir – au contraire. Mais dans le cas de ces per­son­nages-là, dans l’uni­vers dans le­quel ils sont, avec ce qu’ils ont vé­cu et comment ils vivent cha­cun sé­pa­ré­ment, mys­té­rieu­se­ment, l’is­sue la plus pleine d’es­poir pour eux était celle-là. »

VIL­LAGE QUI SE VIDE

Mat­thieu Si­mard n’a pas pen­sé à une ré­gion en par­ti­cu­lier pour cam­per son his­toire, mais sou­hai­tait plu­tôt que les lec­teurs puissent se pro­je­ter fa­ci­le­ment dans un vil­lage qui pour­rait bien être dans n’im­porte quel coin du Qué­bec. Par contre, la des­crip­tion qu’il fait d’un vil­lage qui est en train de se vi­der de ses ha­bi­tants est tout à fait réa­liste.

« Ceux qui res­tent sont ceux qui sont les plus at­ta­chés à leur vil­lage. Ceux pour qui c’est im­por­tant que ça reste ce que c’était. Si tu es le der­nier qui reste dans un vil­lage qui est en train de se vi­der, c’est parce que tu as bien des se­crets à toi que tu veux gar­der là, ou bien tu es ter­ri­ble­ment at­ta­ché émo­ti­ve­ment à ton vil­lage. Alors, des nou­veaux qui dé­barquent dans un vil­lage qui est en train de se vi­der, ça doit être as­sez ir­ri­tant pour ceux qui viennent de la place. »

L’écri­vain note que ses per­son­nages vou­laient chan­ger com­plè­te­ment de mi­lieu, en dé­mé­na­geant à la cam­pagne, « en es­pé­rant que ça change leur vie ». Mais... le constat d’échec ar­rive as­sez vite. « Quand tu te sauves de tes pro­blèmes, il y a de grosses chances que tu at­ter­risses dans les pro­blèmes des autres – c’est pas mieux. »

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