Son dé­cès était « évi­table »

Éloïse Du­puis, cette mère té­moin de Jé­ho­vah, au­rait pu avoir la vie sauve si elle avait ac­cep­té une trans­fu­sion san­guine

Le Journal de Quebec - - ACTUALITÉS - Eli­sa Clou­tier l Eclou­tier­jdq – Avec la col­la­bo­ra­tion de Ca­the­rine Bouchard

Le co­ro­ner conclut qu’éloïse Du­puis, cette jeune mère té­moin de Jé­ho­vah, est dé­cé­dée parce qu’elle a re­fu­sé une trans­fu­sion san­guine après son ac­cou­che­ment en rai­son de sa re­li­gion. Un rap­port qui, une fois de plus, di­vise la fa­mille : sa tante le qua­li­fie d’« in­com­plet », tan­dis que son conjoint s’en sa­tis­fait.

« C’est un sui­cide as­sis­té », lance la tante de la jeune femme de 27 ans, Ma­non Boyer, qui cri­tique le rap­port dans le­quel il est men­tion­né qu’elle et les membres de sa fa­mille ont re­fu­sé, à au moins 10 re­prises du­rant son hos­pi­ta­li­sa­tion, une trans­fu­sion san­guine qui au­rait pu la sau­ver.

« Si quel­qu’un ar­rive sur le pont de Qué­bec et dit à la po­lice qu’il veut sau­ter, est-ce que la po­lice va s’en re­tour­ner ? » lance-t-elle, cri­ti­quant du même souffle le manque de re­com­man­da­tions « justes ap­pli­cables et réa­listes » dans le rap­port du co­ro­ner Me Luc Ma­louin.

Ayant re­fu­sé la de­mande d’en­tre­vue du Jour­nal, le conjoint d’éloïse Du­puis a plu­tôt te­nu de son cô­té à sa­luer le tra­vail du co­ro­ner et de l’équipe des soins in­ten­sifs, qui « ont fait ce qui était dans leur pou­voir pour ai­der Éloïse ».

M. Roy rap­pelle que la jeune femme a « re­fu­sé les trans­fu­sions san­guines non parce qu’elle y était for­cée, mais par res­pect pour ses convic­tions, aux­quelles elle at­ta­chait un grand prix ». « Elle a fi­na­le­ment per­sis­té dans sa vo­lon­té de n’être soi­gnée qu’au moyen de tech­niques mé­di­cales autres que la trans­fu­sion san­guine », peut-on lire.

CHOC HÉ­MOR­RA­GIQUE

Se­lon le co­ro­ner, Éloïse Du­puis est dé­cé­dée le 12 oc­tobre 2016, d’une dé­faillance mul­ti-or­ga­nique sé­vère, ré­sul­tant d’un choc hé­mor­ra­gique, à la suite de com­pli­ca­tions après l’ac­cou­che­ment. « C’est un dé­cès na­tu­rel évi­table, c’est clair », tranche-t-il. Il pré­cise que la seule fa­çon de sau­ver la vie de Mme Du­puis était la trans­fu­sion san­guine, toutes les autres al­ter­na­tives ayant été es­sayées.

« Tant qu’elle est consciente, les mé­de­cins ne peuvent pas al­ler à l’en­contre de ses vo­lon­tés. Ils peuvent perdre leur droit de pra­tique », pour­suit Me Ma­louin.

Le 10 oc­tobre 2016, Mme Du­puis est de­ve­nue se­mi-co­ma­teuse, à cause de la forte sé­da­tion qui lui a été ad­mi­nis­trée. C’est son conjoint qui est de­ve­nu man­da­taire et qui a main­te­nu le re­fus de trans­fu­sion. Même in­tu­bée, Mme Du­puis a lais­sé sa­voir par écrit à son conjoint que les mé­de­cins dou­taient qu’elle al­lait vivre et qu’ils lui par­laient tou­jours de sang. « Ça dé­montre qu’ils ont es­sayé jus­qu’aux der­niers mo­ments », ob­serve Me Ma­louin.

CONVIC­TIONS RE­LI­GIEUSES RES­PEC­TÉES

Le co­ro­ner pré­cise que les convic­tions re­li­gieuses de la pa­tiente ont été res­pec­tées et qu’il n’y a pas eu de pres­sion sur l’équipe mé­di­cale de la part des té­moins de Jé­ho­vah.

Il re­com­mande l’ajout de plans de trai­te­ment pour les pa­tientes re­fu­sant les trans­fu­sions san­guines. Il s’agit de prendre, à l’avance, des dé­ci­sions sur les gestes mé­di­caux à po­ser en cas de pertes san­guines im­por­tantes et d’évi­ter de perdre un temps qui pour­rait être vi­tal.

PHOTO D’ARCHIVES, COUR­TOI­SIE

Se­lon le co­ro­ner Luc Ma­louin, Éloïse Du­puis est dé­cé­dée d’une dé­faillance mul­ti-or­ga­nique sé­vère, ré­sul­tant d’un choc hé­mor­ra­gique, à la suite de com­pli­ca­tions après l’ac­cou­che­ment.

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