Ki­mo­nos et cham­pagne pour mi­nistres et gens d’affaires

L’ex-ar­gen­tier li­bé­ral a or­ga­ni­sé des ré­cep­tions aux­quelles étaient in­vi­tés Jean Cha­rest et Phi­lippe Couillard

Le Journal de Quebec - - ACTUALITÉS -

L’ex-ar­gen­tier li­bé­ral Marc Bi­beau a or­ga­ni­sé au moins sept somp­tueuses ré­cep­tions pour mettre en contact les mi­nistres du gou­ver­ne­ment li­bé­ral et les gens d’affaires qui contri­buaient à la caisse du par­ti, a ap­pris notre Bu­reau d’en­quête.

Cham­pagne, steaks de thon, cas­cades de fruits frais, truffes, ma­jor­domes en tuxe­do, ser­veuses en ki­mo­no… Marc Bi­beau, grand pa­tron du fi­nan­ce­ment du PLQ à l’ère Cha­rest, ne mé­na­geait au­cun faste dans l’es­poir de mettre en re­la­tion les do­na­teurs du par­ti et les membres du gou­ver­ne­ment, dont Jean Cha­rest, Phi­lippe Couillard, Jacques Du­puis et Mi­chelle Cour­chesne.

Ces ré­cep­tions fas­tueuses, or­ga­ni­sées au quart de tour avec l’aide de trai­teurs de luxe, se dé­rou­laient à la ré­si­dence per­son­nelle de Marc Bi­beau, à Bea­cons­field, et chez son père Fer­nand Bi­beau, sur l’île Rous­sin à La­val.

Pour la pre­mière fois, les in­for­ma­tions que notre Bu­reau d’en­quête a réus­si à ob­te­nir per­mettent de com­prendre com­ment se dé­rou­laient les ac­ti­vi­tés du PLQ qui in­té­ressent tant les en­quê­teurs de l’uni­té per­ma­nente an­ti­cor­rup­tion (UPAC) de­puis des an­nées.

Au prin­temps, notre Bu­reau ré­vé­lait que L’UPAC en­quê­tait sur M. Bi­beau et l’in­fluence qu’il au­rait eue sur le pre­mier mi­nistre Jean Cha­rest.

Dans les jours qui ont sui­vi, le pa­tron de L’UPAC, Ro­bert La­fre­nière, a té­moi­gné en com­mis­sion par­le­men­taire pour pré­ci­ser que l’en­quête était tou­jours en cours après avoir été pa­ra­ly­sée par un re­cours de Marc Bi­beau concer­nant le pri­vi­lège avo­cat-client, de­vant la Cour su­prême. Le plus haut tri­bu­nal du pays n’a fi­na­le­ment pas ac­cep­té d’en­tendre les avo­cats de Marc Bi­beau. L’en­quête a re­pris et se pour­suit tou­jours… quatre ans après son lan­ce­ment.

DIS­COURS RÉ­VÉ­LA­TEURS

Les po­li­ciers ont sai­si des do­cu­ments au­tant au PLQ que chez Marc Bi­beau. Ce der­nier a aus­si fait l’ob­jet de fi­la­ture (photo page 7). L’ana­lyse de do­cu­ments sur les ré­cep­tions et les re­gistres té­lé­pho­niques (voir page 7) per­mettent main­te­nant de mieux com­prendre com­ment pou­vait s’exer­cer cette in­fluence.

Notre Bu­reau d’en­quête a pu voir des notes ré­vé­la­trices des dis­cours que M. Bi­beau de­vait pro­non­cer aux ré­cep­tions du 10 sep­tembre 2003 et du 22 sep­tembre 2004.

C’est ain­si qu’on ap­prend que le grand ar­gen­tier li­bé­ral sou­li­gnait, en 2004, qu’il s’agis­sait de la « sep­tième édi­tion » de cette fête. Puis, de ma­nière ex­pli­cite, il y in­cite les gens d’affaires pré­sents à pro­fi­ter de la pré­sence des mi­nistres.

« Presque toute l’équipe mi­nis­té­rielle » est pré­sente, in­sis­tait-il. « Vous avez ce soir une très belle op­por­tu­ni­té [sic] pour les ren­con­trer et dis­cu­ter avec eux. »

Pra­ti­que­ment tout le conseil des mi­nistres est ins­crit sur les listes d’in­vi­tés des ré­cep­tions de 2003 et 2004, dont le pre­mier mi­nistre ac­tuel, mais, alors mi­nistre de la San­té, Phi­lippe Couillard. S’y trouvent aus­si Mi­chelle Cour­chesne, Jacques Du­puis, Nor­man Mc­mil­lan, Lise Thé­riault, Jacques Cha­gnon, Ju­lie Bou­let et Geof­frey Kel­ley.

Une source af­firme même que des gardes du corps des mi­nistres ju­geaient la sé­cu­ri­té in­suf­fi­sante étant don­né la pré­sence de nom­breux membres du gou­ver­ne­ment.

Par­mi les pa­trons de firmes de gé­nie in­vi­tés se trou­vaient Ro­saire Sau­riol de la firme Des­sau, Luc Be­noît de Tec­sult, Ka­zi­mir Olech­no­wicz de Ci­ma+, Ber­nard Pou­lin du groupe SM et Pierre Shoi­ry de Ge­ni­var, entre autres.

UNE GRANDE IN­FLUENCE ?

Se­lon des té­moins qui ont par­ti­ci­pé à ces soi­rées et ont re­quis l’ano­ny­mat, M. Bi­beau était un in­con­tour­nable qui avait un « contrôle ex­cep­tion­nel » sur le pou­voir po­li­tique à Qué­bec.

Cer­tains parlent de lui comme un conseiller in­fluent au­près des mi­nistres et de M. Cha­rest. Cette in­fluence est par­ti­cu­liè­re­ment per­cep­tible à tra­vers ses dis­cours. M. Bi­beau s’ex­prime au « nous » comme fai­sant lui-même par­tie du gou­ver­ne­ment.

« Nous avons main­te­nu le dé­fi­cit zé­ro », dit-il entre autres (voir page 4).

Un ex-pa­tron d’une firme de gé­nie nous a confir­mé que ces fêtes en com­pa­gnie des mi­nistres ren­for­çaient la per­cep­tion que Marc Bi­beau était un homme ayant de « l’in­fluence au Qué­bec ».

« Je ne res­tais ja­mais long­temps, ça ne m’in­té­res­sait pas beau­coup, c’était des re­la­tions pu­bliques », a-til ex­pli­qué.

« Avec le re­cul, on peut se de­man­der pour­quoi il fai­sait ce genre de ré­cep­tion. Pour­quoi in­vi­ter des mi­nistres ? s’in­ter­roge un an­cien élu. J’ai l’im­pres­sion que Marc Bi­beau vou­lait dé­mon­trer son au­to­ri­té sur le gou­ver­ne­ment. » — Avec la col­la­bo­ra­tion de Ro­bert

Plouffe et Alexandre Ro­billard

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