La­hai­ne­des­qué­bé­cois

Le Journal de Quebec - - ACTUALITÉS - MA­THIEU BOCK-CÔ­TÉ ma­thieu.bock-cote @que­be­cor­me­dia.com

Je par­lais hier, dans cette chro­nique, de la grande ma­ni­fes­ta­tion de l’ex­trême gauche de di­manche der­nier.

Ce qui en res­sor­tait était clair : l’ex­trême gauche pré­tend lut­ter contre le ra­cisme, mais sa vraie cible, c’est tout sim­ple­ment le na­tio­na­lisme qué­bé­cois et, plus lar­ge­ment, le peuple qué­bé­cois au­quel on ne par­donne pas d’exis­ter.

Son fa­na­tisme idéo­lo­gique res­sort dans les exemples qu’elle donne lors­qu’elle parle de ra­cisme.

RA­CISME ?

Pour elle, la loi 62, qui oblige ceux qui offrent et re­çoivent des ser­vices pu­blics à le faire à vi­sage dé­cou­vert est ra­ciste. La charte des va­leurs du PQ était ra­ciste. La cri­tique de l’im­mi­gra­tion illé­gale est ra­ciste. La cri­tique de l’im­mi­gra­tion mas­sive est ra­ciste. La simple dé­fense de l’idée de fron­tière est ra­ciste. L’état-na­tion est ra­ciste.

Nous as­sis­tons à une ex­ten­sion in­sen­sée du concept de ra­cisme qui en vient à dé­si­gner à peu près n’im­porte quoi. Nous nom­mons au­jourd’hui ra­cisme le simple ré­flexe de sur­vie des peuples qui ne veulent pas dis­pa­raître.

Qui­conque entre en contra­dic­tion avec le mul­ti­cul­tu­ra­lisme mé­ri­te­ra les pires ac­cu­sa­tions.

Ceux qui ont un peu de mé­moire se sou­vien­dront que l’ex­trême gauche, à la fin des an­nées 1970, s’était op­po­sée à la loi 101 en l’ac­cu­sant d’être dis­cri­mi­na­toire. Ra­cistes, la loi 101 et le fran­çais comme seule langue of­fi­cielle au Qué­bec ?

Comme quoi d’une époque à l’autre, les en­jeux changent, mais la rhé­to­rique de­meure la même.

L’ex­trême gauche tra­fi­cote même l’his­toire. Les Qué­bé­cois qui, hier en­core, étaient clas­sés par­mi les peuples co­lo­ni­sés, étran­gers en leur propre pays et, pour ce­la, en droit de le re­con­qué­rir, sont dé­sor­mais pré­sen­tés par nos an­ti­fas­cistes comme un peuple co­lo­ni­sa­teur. Voyons dans ce ren­ver­se­ment de pers­pec­tive un ef­fet ra­va­geur de l’in­cul­ture his­to­rique.

Rions un peu : cette ex­trême gauche, qui n’hé­site pas à faire usage de la cen­sure et de la vio­lence ver­bale (et pas seule­ment ver­bale dans cer­tains cas) la plus ex­trême contre ses contra­dic­teurs, n’hé­site pas à se ré­cla­mer de la dé­fense des droits de l’homme.

On l’au­ra com­pris, pour l’ex­trême gauche, c’est la simple exis­tence du peuple qué­bé­cois qui est ra­ciste. Dès lors, on peut faire son pro­cès sans ja­mais se faire ac­cu­ser de ra­cisme an­ti-qué­bé­cois.

La haine du Qué­bé­cois est au­to­ri­sée et ba­na­li­sée. C’est qu’on en fait un re­pré­sen­tant par­mi d’autres de l’homme blanc, dé­cré­té sa­laud uni­ver­sel.

Ce qui est fas­ci­nant, aus­si, avec l’ex­trême gauche hai­neuse, c’est que son dis­cours est nor­ma­li­sé dans notre so­cié­té, comme s’il té­moi­gnait seule­ment d’une gé­né­ro­si­té in­tem­pes­tive et mal­adroite.

Il a sa place dans l’uni­ver­si­té et dans les mé­dias, même s’il se dé­pouille alors de son folk­lore à ca­goule et de ses pires slo­gans. On le ma­quille en théo­rie so­phis­ti­quée ou alors on lui donne un air d’hu­ma­nisme bon teint. Il conserve quand même un pres­tige mo­ral im­mé­ri­té.

Il en faut bien peu, au­jourd’hui, pour se faire ac­cu­ser d’in­to­lé­rance et de ra­cisme.

HAINE

Peut-être fau­drait-il s’en in­quié­ter comme on s’in­quiète des grou­pus­cules d’ex­trême droite aux­quels nos mé­dias s’in­té­ressent avec une pas­sion sus­pecte, comme s’ils étaient hyp­no­ti­sés par eux.

Chose cer­taine : il faut s’op­po­ser à cette haine dé­com­plexée des Qué­bé­cois. Il y a des li­mites à trai­ter tou­jours un peuple comme s’il était de trop chez lui.

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