La pa­tience à un mil­liard

Le Journal de Quebec - - ACTUALITÉS - MA­RIO DU­MONT ma­rio.du­mont@que­be­cor­me­dia.com

Un syn­di­cat de fonc­tion­naires fé­dé­raux ré­clame main­te­nant l’aban­don du sys­tème Phé­nix. La ce­rise sur le sun­dae. Ils jugent le sys­tème ir­ré­pa­rable !

Le lo­gi­ciel dont la fac­ture de­vait s’éle­ver à 300 mil­lions $ pour­rait main­te­nant en­gen­drer des fac­tures trois fois su­pé­rieures… pour le ra­fis­to­ler. En fait, la mi­nistre Qual­trough ne se risque même plus à une vé­ri­table es­ti­ma­tion. Elle se contente de dire qu’elle es­père que la fac­ture de la réparation ne « dé­pas­se­ra pas le mil­liard $ ».

Le contri­buable ca­na­dien est très pa­tient. Di­manche der­nier à Mon­tréal, une ma­ni­fes­ta­tion s’est te­nue avec tous les ha­bi­tués. Une ma­ni­fes­ta­tion contre tout : le ra­cisme, la « haine », la loi 62, le ca­pi­ta­lisme. Le spé­cia­liste des ma­ni­fes­ta­tions s’in­vente des causes au be­soin. Mais le contri­buable prend son mal en pa­tience.

À quand une ma­ni­fes­ta­tion monstre des contri­buables ? À quand une pro­tes­ta­tion si bruyante que les gas­pilleurs au­ront peur pen­dant des lustres ? Fran­che­ment, ap­prendre que la cor­rec­tion du sys­tème de paye Phé­nix coû­te­ra un mil­liard $ sup­plé­men­taire de­vrait suf­fire à pro­vo­quer une ré­volte.

Après des fias­cos comme Phé­nix, à quand la ré­volte des contri­buables ?

BO­NIS BIEN VER­SÉS

Vous rap­pe­lez-vous que les fonc­tion­naires char­gés de l’im­plan­ta­tion du sys­tème ont re­çu leur bo­ni l’an­née du fias­co ? Oui, oui, les quelque 340 fonc­tion­naires char­gés de su­per­vi­ser l’opé­ra­tion Phé­nix au mi­nis­tère des Ser­vices pu­blics et Ap­pro­vi­sion­ne­ment Ca­na­da se sont par­ta­gé 5 mil­lions $.

Per­sonne n’est res­pon­sable des ré­sul­tats. Per­sonne n’est congé­dié. Au­cun haut fonc­tion­naire n’est ré­tro­gra­dé de cinq étages pour pu­nir son in­com­pé­tence. Au­cun cadre ne voit sa paye des­cendre comme pu­ni­tion. Au contraire, tout le monde chante « Tout va très bien ma­dame la mar­quise » en se par­ta­geant de gros bo­nis. Des bo­nis à la per­for­mance, je sup­pose.

Et pour l’an­née en cours, avec au­tant de pro­blèmes et un mil­liard $ de plus à gé­rer, on peut s’at­tendre à ce que les bo­nis soient en­core plus gé­né­reux !

Per­sonne ne ré­pond sur la place pu­blique d’un fias­co his­to­rique. Seuls les mi­nistres ré­pondent aux ques­tions. Mais comme ils changent as­sez sou­vent, ce­lui qui est en train de vous ré­pondre peut tou­jours dire qu’il n’est pas res­pon­sable de l’étape pré­cé­dente.

G­CHIS COM­PLET

Il faut dire que Phé­nix au­ra été un flop hon­teux à tous points de vue. Avant même de consta­ter le gouffre pour les contri­buables, les ra­tés pour ver­ser les payes aux em­ployés furent gê­nants. Des em­ployés de l’état qui ne re­çoivent pas leur paye. D’autres qui n’ont pas le bon mon­tant. D’autres qui en re­çoivent trop et à qui on de­mande un beau jour de rem­bour­ser.

Un pays du G7 qui n’ar­rive plus à ver­ser la paye à ses propres em­ployés. Un gou­ver­ne­ment em­pê­tré dans une opé­ra­tion, la paye, qu’il contri­bue lui-même à com­pli­quer avec toutes ses re­te­nues. Et si une en­tre­prise gaf­fait de la sorte et ne ver­sait pas ses payes… alors elle au­rait les or­ga­nismes du gou­ver­ne­ment aux fesses.

Au fait, ren­dus à un mil­liard $, on ap­proche du point de rup­ture où il se­ra plus éco­no­mique d’em­bau­cher du per­son­nel pour faire toutes les dam­nées payes à la main !

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