In­com­pé­tence olym­pique

Le Journal de Quebec - - OPINIONS - RÉ­MI NA­DEAU Chef du Bu­reau par­le­men­taire à Qué­bec

Les mé­dias se plaignent avec rai­son du manque de trans­pa­rence du gou­ver­ne­ment qué­bé­cois, des ré­ponses in­com­plètes ou à cô­té de la track à la suite de de­mandes d’in­for­ma­tions. Mais l’in­com­pé­tence et l’obs­cu­ran­tisme des fonc­tion­naires fé­dé­raux at­teignent des som­mets. Ils sont vrai­ment dans une autre ligue…

Notre jour­na­liste Pa­trick Bellerose cher­chait à sa­voir com­bien de per­mis de tra­vail avaient été ac­cor­dés aux mi­grants ayant fran­chi en masse et de fa­çon ir­ré­gu­lière la fron­tière au cours de l’été.

En pleine crise, le gou­ver­ne­ment du Qué­bec a pres­sé Ot­ta­wa d’oc­troyer ra­pi­de­ment des per­mis de tra­vail pour évi­ter le ver­se­ment de chèques d’aide so­ciale à tout vent.

Dans les mi­nis­tères fé­dé­raux, il n’est gé­né­ra­le­ment pas pos­sible de par­ler à un être humain.

Mais pour ex­pli­quer la gaffe mo­nu­men­tale d’im­mi­gra­tion, Ré­fu­giés et Ci­toyen­ne­té Ca­na­da, l’échange par écrit consti­tue un élé­ment de preuve élo­quent de la bê­tise hu­maine défiant tout sens des pro­por­tions.

Le 26 oc­tobre, une dé­vouée conseillère en com­mu­ni­ca­tion ré­pond dans un cour­riel « le nombre de per­mis de tra- vail ac­cor­dés aux de­man­deurs d’asile de­puis juillet 2017 au Qué­bec est de 330. »

Notre jour­na­liste a, dans un échange sub­sé­quent, po­sé la ques­tion « Pour­quoi le mi­nis­tère n’a oc­troyé que 330 per­mis de tra­vail en trois mois (de juillet à au­jourd’hui) ? »

Ce à quoi une deuxième conseillère en com­mu­ni­ca­tion a no­tam­ment ré­pon­du, le 1er no­vembre, que « à comp­ter de la mi-sep­tembre, le gou­ver­ne­ment a ac­cé­lé­ré le trai­te­ment ra­pide de toutes les de­mandes de per­mis de tra­vail », sou­le­vant aus­si que « compte te­nu de l’af­flux de de­man­deurs d’asile en août 2017, il y a eu des re­tards. »

À LA UNE

Le mer­cre­di 8 no­vembre, Le Jour­nal a donc pu­blié à la une que seuls 330 per­mis de tra­vail avaient été dé­li­vrés aux 10 000 mi­grants en­trés l’été der­nier.

À l’as­sem­blée na­tio­nale, le PQ a ques­tion­né le mi­nistre Da­vid Heur­tel sur la base de ces in­for­ma­tions.

Aus­si confron­té à Ot­ta­wa, le mi­nistre fé­dé­ral res­pon­sable, Am­hed Hus­sen, a seule­ment plai­dé que le pro­ces­sus avait été ac­cé­lé­ré. Sans plus. Le pauvre n’avait pas mieux été ai­guillé par son équipe de vain­queurs.

LE CHAT SORT DU SAC

Mais le len­de­main, en fin d’après-mi­di, un troi­sième conseiller en com­mu­ni­ca­tion a en­voyé un cour­riel à notre jour­na­liste.

Spé­ci­fiant que « le nombre 330 qui vous avait été com­mu­ni­qué au­pa­ra- vant » re­pré­sente le nombre de per­mis émis du­rant le mois de juillet seule­ment. Pour l’en­semble de l’été, c’est fi­na­le­ment 2900.

Toute une dif­fé­rence ! Com­ment on­tils pu se ré­veiller des jours plus tard ?

Nous avons réus­si à par­ler au sous­fifre por­teur de cette sou­daine il­lu­mi­na­tion par té­lé­phone et il n’était même pas pe­naud.

« On m’a juste dit de vous en­voyer ça », a dé­cla­ré le fleu­ron, sur le ton mo­no­corde des fonc­tion­naires trop dé­con­nec­tés pour être na­vrés.

In­duire ain­si en er­reur toute la po­pu­la­tion sans sour­ciller, c’est la marque des grands cham­pions !

Les fonc­tion­naires fé­dé­raux ont com­mis toute une bourde en ré­pon­dant à nos de­mandes d’in­for­ma­tions

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