L’après-bar­rette

Le Journal de Quebec - - ACTUALITÉS - JO­SÉE LE­GAULT jo­see.le­gault@que­be­cor­me­dia.com

De tous les bou­lets po­li­tiques que traî­ne­ra Phi­lippe Couillard jus­qu’au scru­tin du 1er oc­tobre, le plus dom­ma­geable, et de loin, est ce­lui des ré­formes Bar­rette. L’échec de la « ré­vo­lu­tion » que vou­lait im­po­ser l’om­ni­puis­sant mi­nistre Gaé­tan Bar­rette au sys­tème pu­blic de san­té est lour­de­ment do­cu­men­té.

La liste des pots cas­sés est longue. Fu­sions for­cées. Hy­per­cen­tra­li­sa­tion. Aug­men­ta­tions ou­tran­cières du re­ve­nu des mé­de­cins spé­cia­listes sans un meilleur ac­cès aux soins. Main­mise du mi­nistre sur les no­mi­na­tions des hauts ges­tion­naires.

Épui­se­ment du per­son­nel mé­di­cal. Éli­mi­na­tion des contre-pou­voirs au sein du sys­tème pu­blic. Y com­pris l’abo­li­tion du poste de Com­mis­saire à la san­té et au bien-être, dont le mi­nistre vient d’an­non­cer la re­mise sur pied. À quelques mois des élec­tions, c’est d’un cy­nisme sans nom.

Le mi­nistre de la San­té, Gaé­tan Bar­rette, est-il un sa­bo­teur vo­lon­taire du sys­tème pu­blic ou un ma­ta­more in­com­pé­tent ?

SE­CRET DE PO­LI­CHI­NELLE

Nos ur­gences ont les pires temps d’at­tente en Oc­ci­dent. Les dé­lais d’at­tente pour les chi­rur­gies sont trop longs. Dans les ser­vices so­ciaux, c’est à l’ave­nant. Jusque chez les per­sonnes les plus vul­né­rables, les ser­vices manquent.

Dans une so­cié­té pour­tant vieillis­sante, le mi­nistre n’a pro­po­sé au­cun plan cré­dible pour les soins à do­mi­cile et les proches ai­dants. C’est un se­cret de Po­li­chi­nelle. Les mil­liards en fonds pu­blics dont il a béni les mé­de­cins ont vam­pi­ri­sé le bud­get des ser­vices so­ciaux. L’aus­té­ri­té li­bé­rale cau­sant le reste du dom­mage.

Mul­ti­pliant les « primes » pour les mé­de­cins, le ra­dio­logue Gaé­tan Bar­rette a aus­si tel­le­ment ga­vé ses propres col­lègues qu’ils ont moins be­soin de tra­vailler pour s’as­su­rer d’un re­ve­nu éle­vé. La si­tua­tion choque. À un point tel que plu­sieurs mé­de­cins dé­voués à leurs pa­tients en sont eux­mêmes scan­da­li­sés.

Sous les doc­teurs Phi­lippe Couillard et Gaé­tan Bar­rette, l’af­fai­risme règne. À force de lan­cer des fonds pu­blics sur leur propre pro­fes­sion, ils ont mé­ta­mor­pho­sé la culture mé­di­cale en une culture en­tre­pre­neu­riale.

MAES­TRO

Hier, Le Jour­nal ré­vé­lait aus­si que les om­ni­pra­ti­ciens sont « moins dis­po­nibles mal­gré des re­ve­nus en hausse constante ». Le Mon­treal Ga­zette ajoute que le nombre de mé­de­cins quit­tant le sys­tème pu­blic pour le pri­vé conti­nue de mon­ter. Ra­dio-ca­na­da rap­porte que 300 000 pa­tients sont tou­jours or­phe­lins d’un mé­de­cin de fa­mille.

Se­lon Le De­voir, les ré­gions sont bou­dées par les mé­de­cins ré­si­dents. Tous ces re­por­tages ont pa­ru en l’espace de 24 heures seule­ment ! Le man­dat du doc­teur Bar­rette s’achève de bien triste ma­nière.

Lui qui cont­rôle tout a même l’au­dace de blâ­mer les mé­de­cins. Pas ques­tion non plus pour lui de ré­vi­ser leur mode de ré­mu­né­ra­tion à l’acte. Et ce, même s’il a pris des airs de bar ou­vert sou­mis à une vé­ri­fi­ca­tion mi­ni­ma­liste.

Bref, l’en­semble de l’oeuvre est ra­té. On ne sait plus trop si son grand maes­tro est un sa­bo­teur vo­lon­taire du sys­tème pu­blic ou un ma­ta­more fran­che­ment in­com­pé­tent. C’est pour­quoi, les li­bé­raux traî­nant de la patte der­rière la CAQ, dans le sys­tème de san­té et de ser­vices so­ciaux, ça com­mence dé­jà à ré­flé­chir à l’après-bar­rette.

Se­ra-t-il même pos­sible, se de­mande-t-on tou­te­fois, de dé­tri­co­ter un tel fias­co ? Il le fau­dra bien pour­tant. D’où l’im­por­tance vi­tale pour les par­tis d’op­po­si­tion de pré­sen­ter aux élec­teurs leurs propres ré­ponses. Et des vraies.

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