Séoul, ville de beau­té

Un voyage au coeur de la ca­pi­tale mon­diale de la beau­té a en­tiè­re­ment chan­gé ma rou­tine de soins pour la peau

Le Kit - - THEKIT.CA - PAR RA­NI SHEEN

Je suis au centre d’une rue pié­tonne ani­mée dans Myeong­dong, un quar­tier com­mer­cial de Séoul, et les bou­tiques de pro­duits de beau­té dé­fi lent à perte de vue : des éta­lages in­vi­tants de fonds de teints en­cap­su­lés dans des cous­sins, des masques en tis­su et des sil­houettes en car­tons de boys band de K-pop aux pom­mettes lui­santes qui vendent des cos­mé­tiques à des fans sur­ex­ci­tées. Les femmes que je croise dans la rue (et la plu­part des hommes) sont des clientes ré­gu­lières — leurs sour­cils sont soi­gnés, leurs lèvres sont lé­gè­re­ment tein­tées et leur peau est in­croya­ble­ment lus­trée, les lu­mières re­flé­tant sur toutes les pom­mettes, les fronts et les nez.

Au Ca­na­da, je qua­li­fie dé­fi­ni­ti­ve­ment en tant qu’ac­cro de la beau­té. Je « di­rige » mes ma­nu­cures, je m’ex­cite en pen­sant aux FPS mi­né­rales et je connais l’ art du sé­rum. Mais ici, le fait que j ’ap­plique un masque une fois par se­maine me si­tue dans la moyenne .« Cer­taines Ca­na­diennes n’ uti­lisent même pas de pro­duits net­toyants; elles se net­toient le vi­sage avec de l’ eau. L’ eye-li­ner est es­suyé à l’ aide d’une ser­viette mouillée !» s’ex­clame avec hor­reur J in Ahn, la ges­tion­naire mon­diale des for ma­tions de The Face Shop. « Elles pensent que les soins se ré­sument au net­toyage et à l’ hy­dra­ta­tion. Nous de­vons les édu­quer que ce­la de­mande plus de soins. »

Il existe en fait beau­coup plus de soins. Dans les der­nières an­nées, l’ ap­proche co­réenne des soins pour la peau en 12 étapes at­tire l ’ in­té­rêt à tra­vers le monde — quoique l ’ idée de pas­ser au­tant de temps au la­va­bo est en­core im­pen­sable pour la plu­part des Nords- Amé­ri­cains qui prônent le je-n’ ai-pas- le-temps-de­man­ger-en­core -moins- d’ ex­fo­lier. L’ ob­ses­sion fixée sur l’hy­dra­ta­tion et la pré­ven­tion des signes du vieillis­se­ment est tout de même at­trayante, sur­tout lorsque l’ ex­po­si­tion au so­leil et la déshy­dra­ta­tion com­mencent à se faire re­mar­quer. (Hum.)

De toute évi­dence, j’ai des achats à faire. J’entre dans le ma­ga­sin prin­ci­pal du Face Shop, dé­co­ré de fl eurs, et je jette un coup d’oeil émer­veillé sur les éta­gères. Il y a des sé­rums aux ex­traits d’es­car­gots (les es­car­gots ne sont pas mal­trai­tés, ils sont sim­ple­ment sui­vis pour leurs traces), des bandes pour net­toyer en trois étapes les pores du nez, des crèmes so­laires qui re­froi­dissent la peau de deux de­grés, des rou­leaux mi­nia­tures pour ap­pli­quer le fond de teint et des fonds de teint en­cap­su­lés dans des cous­sins pour tous les types de peaux ima­gi­nables. Je fais sor­tir un peu du masque à la lave vol­ca­nique Je­ju, fait à par­tir de la terre sur l ’ île de Je­ju, et je m’émer­veille de­vant sa tex­ture gé­la­ti­neuse, sa fa­çon de se ré­chauf­fer pour pu­rif ier les pores et sa brosse qui masse le pro­duit en pro­fon­deur dans la peau. À mes cô­tés, les clientes rem­plissent leurs pa­niers de masques en tis­su en pa­quets de 10 et re­partent avec des sacs rem­plis. Plu­sieurs d’entre elles sont des tou­ristes d’ailleurs en Asie, ve­nues à Séoul pour rem­plir leurs salles de bain.

On m’as­sure que si j e re­ve­nais dans un mois, les éta­gères se­raient rem­plies de nou­vel le s émul­sions mer­veilleuses et de baumes à lèvres aux formes en­core plus ado­rables, puisque les clientes co­réennes ne sont pas fi dèles aux tra­ceurs ou aux crèmes hy­dra­tantes — elles re­cherchent tou­jours la der­nière nou­veau­té. « Si vous al­lez chez Za­ra, vous ne vou­lez pas voir les robes de la sai­son der­nière, vous vou­lez voir des nou­veau­tés, » dit Ahn. « Et les jeunes fi lles ne veulent pas voir la crème de leur mère. On est tou­jours à la re­cherche de quelque chose de jeune. »

Et par jeune, ce que l ’on veut dire ici, est en fait un eu­phé­misme pour abor­dable, et The Face Shop est tout à fait ce­la. La marque, ap­par­te­nant au géant LG, a ou­vert sa pre­mière bou­tique à Myeong­dong en 2003 et s’est fait connaitre grâce à ses masques en tis­su à 1 $. « Ce fut une des pre­mières “bou­tiques beau­té”, et ils ont vrai­ment bien réus­si, » dit Char­lotte Cho, fon­da­trice Amé­ri­caine- Co­réenne de so­ko­glam.com, le blogue de soins co­réens pour la peau et bou­tique en ligne. « Je crois vrai­ment que la qua­li­té est très éle­vée, même si les prix sont très bas. Les gens sont scep­tiques à cet égard, mais la main-d’oeuvre est moins chère en Co­rée et ce do­maine est très com­pé­ti­tif, donc ce­la ex­plique les bas prix. Mais le prix aug­mente avec la li­vrai­son en Oc­ci­dent. »

The Face Shop est ar­ri­vé au Ca­na­da en 2013 et a main­te­nant 35 ma­ga­sins qui lancent 60 nou­veaux pro­duits par mois. La ra­pi­di­té d’in­no­va­tion est ex­tra­or­di­naire donc du­rant mon sé­jour à Séoul, j’ai fait un pè­le­ri­nage scien­ti­fique pour voir ce pro­ces­sus en ac­tion dans un la­bo­ra­toire. Ici, 700 cher­cheurs ont la mis­sion d’in­ven­ter la pro­chaine et meilleure mix­ture — j’ado­re­rais pou­voir as­sis­ter à une séance de brains­tor­ming. In­dis­crè­te­ment, je de­mande ce qu’ils pré­parent et on me per­met de tou­cher le pro­to­type d’un masque en tis­su bio cell ul­tra mince en noix de co­co fer­men­tée, qui colle à la peau afi n que les in­gré­dients nu­tri­tifs soient mieux ab­sor­bés. Une cher­cheuse por­tant une robe à col clau­dine sous son sar­rau m’ex­plique com­ment créer une émul­sion d’huile dans l ’eau. Je suis dis­traite par le dé­gra­dé sur ses lèvres, son tra­cé sub­til et son teint écla­tant — même les scien­ti­fiques sont cool ici.

Vers la fin du voyage, j’ap­plique un masque en tis­su tous les soirs et j’uti­lise une es­sence — un li­quide hy­dra­tant que l ’on ap­plique après le net­toyage — deux fois par jour. J’ai ap­pli­qué un masque hy­dra­tant pen­dant le long vol du re­tour et à l’ar­ri­vée c’est comme si je ve­nais de re­ce­voir un mi­ni soin du vi­sage. Au­jourd’hui, les se­maines sont pas­sées, mon dé­ca­lage ho­raire s’est es­tom­pé, mais je conti­nue avec mon net­toyage, mes sé­rums, ma crème gel et mon FPS tein­té et j’uti­lise un fond de teint en­cap­su­lé dans un cous­sin pour une cou­ver­ture lu­mi­neuse et trans­lu­cide. Je ne m’ins­talle pas de­vant Net­fl ix sans un masque. Je n’ai ja­mais mis au­tant d’em­phase sur l ’ hy­dra­ta­tion; mes er­reurs du pas­sé sont main­te­nant évi­dentes. Mon vi­sage est écla­tant et si doux. Certes, ma rou­tine prend du temps, mais plus je m’af­faire à ces soins, moins je dé­pense en ma­quillage, car j ’en uti­lise moins. Le seul in­con­vé­nient est que je risque de faire tom­ber un fla­con à chaque ou­ver­ture de l’ar­moire de salle de bain. Mais, sauf si je m’ef­fondre sous une mon­tagne de pro­duits, ce­la en vaut la peine. Après tout, je suis main­te­nant une ac­cro in­ter­na­tio­nale de la beau­té.

8 De haut en bas : les ma­ga­sins de beau­té abondent à Myeong­dong, Séoul; port d’un fi let et d’un sar­rau de la­bo­ra­toire pour ap­prendre sur la créa­tion de pro­duits de beau­té co­réens; des éta­gères rem­plies de mer­veilles à la mai­son mère de The Face Shop.

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