LA TOP MO­DÈLE QUI S’EX­PRIME

Lae­ti­tia Cas­ta, la man­ne­quin lé­gen­daire de­ve­nue ci­néaste, re­fuse de men­tir aux filles

Le Kit - - LA UNE - PAR KA­THRYN HUD­SON

Lae­ti­tia Cas­ta a un mes­sage ré­vo­lu­tion­naire à par­ta­ger au­près des jeunes femmes

Lae­ti­tia Cas­ta a un des vi­sages les plus connus en France. Tel­le­ment consi­dé­rée comme étant une icône na­tio­nale dans son pays que les Fran­çais ont même vo­té pour qu’elle serve de mo­dèle pour la réa­li­sa­tion d’un buste de Ma­rianne, le sym­bole de la Ré­pu­blique fran­çaise. Mais ces jours-ci, Cas­ta — qui est aus­si le vi­sage des par­fums Ni­na Ric­ci — est beau­coup plus in­té­res­sée à prendre la pa­role qu’à po­ser pour une séance de por­trait. Après des rôles en tant qu’ac­trice (elle a joué Bri­gitte Bar­dot en 2010 dans un film bio­gra­phique sur Serge Gains­bourg), Cas­ta a réa­li­sé son pre­mier court-mé­trage, En Moi, une his­toire d’amour avec la man­ne­quin Lara Stone dans le rôle prin­ci­pal, et fil­mé à l’Opé­ra de Pa­ris. Nous avons dis­cu­té avec l’icône de 38 ans au su­jet de ci­né­ma, de mode et de trou­ver sa propre voix.

Que re­cher­chez-vous en choi­sis­sant un film? « Il doit y avoir quelque chose qui vient vrai­ment me cher­cher à l’in­té­rieur — qui chan­ge­ra ma vie. C’est as­sez ma­gique de faire du ci­né­ma. Donc quand je lis un scé­na­rio, je dois y trou­ver quelque chose qui ré­pond à mes ques­tions sur la vie. »

Vous avez dé­bu­té en tant que man­ne­quin, puis vous vous êtes tour­nées vers le jeu d’ac­trice et plus tard vers la réa­li­sa­tion. Il semble que votre car­rière s’est ali­gnée pour que vous puis­siez faire

en­tendre votre voix. « À mes dé­buts, je n’avais que 14 ans, alors avoir une voix à cet âge est un peu com­pli­qué. Vous ne sa­vez même pas ce que vous faites. Mais je pense que j’ai tou­jours eu en­vie de faire des choses en lien avec les femmes.Ce­la m’a tou­jours par­lé et même lorsque ce n’était que dans le man­ne­qui­nat, j’es­sayais tou­jours de m’en­ga­ger et d’y lais­ser quelque chose d’in­tense. Et plus tard, lorsque je suis de­ve­nue plus sûre de moi, j’ai réa­li­sé que tout ce que je fai­sais de­vait être exis­ten­tiel et pro­fond et vi­tal. Au­jourd’hui, je ne fe­rais ja­mais quelque chose que je n’ai pas en­vie de faire. »

Pour­quoi dé­si­rez-vous tra­vailler avec la mai­son

Ni­na Ric­ci? « Le créa­teur, Guillaume Hen­ry, est un ci­né­phile. Il ra­conte des his­toires. Quand on re­garde les man­ne­quins à ses dé­fi­lés, elles n’ont pas toutes le même vi­sage — elles sont toutes dif­fé­rentes. La mai­son Ni­na Ric­ci est pe­tite, donc lorsque Guillaume est ar­ri­vé, il pou­vait réel­le­ment faire ce qu’il sou­hai­tait — il pou­vait faire des chan­ge­ments. Par­fois les grandes mai­sons — je ne ci­te­rai pas de noms — ce n’est que du com­merce. Ce que j’aime chez Ni­na Ric­ci est ce cô­té ar­tis­tique qui per­siste. La mai­son a une fa­çon de pen­ser aux femmes qui, je pense, est très mo­derne. Elle évoque notre dé­sir, notre li­ber­té, la femme que nous vou­lons être. »

En par­lant de la femme que vous dé­si­rez être, votre vie a-t-elle beau­coup chan­gé en de­ve­nant

une mère? « Quand j’étais plus jeune, vers 16 ans, je pen­sais que de­ve­nir une femme vou­lait dire se ma­rier et avoir des en­fants et être heu­reuse. Plus tard, j’ai com­pris que ce­la était un men­songe : nous men­tons aux pe­tites filles. Nous leur fai­sons croire qu’elles sont fra­giles. Nous leur di­sons, ‘Sois pru­dente. Les filles ne peuvent al­ler là ou faire ce­la.’ En tant que femme, c’est comme ce­la que nous en­ta­mons la vie — ce­la nous prend du temps à com­prendre et à réa­li­ser que nous avons les mêmes sen­ti­ments et dé­si­rs que les hommes. Nous ne sommes pas fra­giles. Nous sommes sen­sibles. »

Vous avez un fils et deux filles. Ce­la vous a-t-il fait voir les his­toires que nous ra­con­tons aux

filles dif­fé­rem­ment? « De grands men­songes sont per­pé­tués — comme de dire, ‘Tu vas ren­con­trer l’homme de ta vie et ce­la va du­rer pour tou­jours.’ Nous ne di­sons pas ce­la aux hommes et aux gar­çons. On leur dit, ‘Un jour, tu au­ras peut -être une co­pine.’ C’est plus vrai. Nous fai­sons ce­la parce que les pa­rents ont peur pour les filles — ils ont peur de l’en­vol de la fé­mi­ni­té. C’est un pro­blème dans le monde. Les en­fants ne vous ren­dront pas heu­reux. Le bon­heur est lié à qui vous êtes. Avoir des en­fants est une op­tion. Vous de­vriez tou­jours avoir des op­tions dans la vie — mais ce­la ne dé­fi­nit pas qui vous êtes. J’ai tou­jours vou­lu des en­fants, mais ce n’est pas tout ce qui compte dans la vie. »

PHO­TO­GRA­PHIE: GETTY IMAGES

Lae­ti­tia Cas­ta au Fes­ti­val de Cannes 2016.

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