Contrer l’in­ti­mi­da­tion par la cou­ture

Le Messager Lachine & Dorval - - LA UNE - MARILYNE DEMERS marilyne.demers@tc.tc

IN­TI­MI­DA­TION. De­puis qu’elle prend des cours de cou­ture, Léa Cho­pis a re­trou­vé confiance en elle. Vic­time d’in­ti­mi­da­tion, l’ado­les­cente confec­tionne main­te­nant des ac­ces­soires lui per­met­tant de s’ex­pri­mer da­van­tage.

Dans les bu­reaux de TVDS (taxage, vio­lence, drogue, si­da), si­tués sur la rue Pro­vost, à La­chine, des jeunes filles se donnent ren­dez-vous aux deux se­maines dans le cadre des ate­liers Au bout des doigts.

Comme Léa, les par­ti­ci­pantes ap­prennent à créer des ac­ces­soires avec des ma­té­riaux re­cy­clés se­lon dif­fé­rentes tech­niques. Sacs à main, porte-mon­naie et bra­ce­let font par­tie des pro­jets réa­li­sés par les jeunes filles.

« La pre­mière fois, c’est cer­tain que je trou­vais ça dur, mais j’ai réus­si à m’ha­bi­tuer aux ma­chines à coudre. J’ai dé­cou­vert une nou­velle pas­sion », af­firme l’ado­les­cente de 15 ans.

Une ving­taine de filles sont ins­crites aux ate­liers, of­ferts de­puis quatre ans. « Je di­rais que 95 % d’entre elles n’ont ja­mais tou­ché à une ma­chine à coudre », es­time la co­or­don­na­trice du pro­jet, Lyne La­rouche.

ES­TIME DE SOI

Lorsque l’élève de l’école se­con­daire Dal­bé-Viau a dé­bu­té les ate­liers, il y a trois ans, elle vi­vait une pé­riode dif­fi­cile. Des jeunes fré- quen­tant le même éta­blis­se­ment sco­laire pro­pa­geaient des ru­meurs à son su­jet.

« Ici, c’est comme si c’était une place qui m’éloigne de mes pro­blèmes. Je peux me vi­der la tête », sou­tient Léa. Au fur et à me­sure qu’elle s’est fa­mi­lia­ri­sée avec sa nou­velle pas­sion, la La­chi­noise a ap­pris à se faire confiance.

« Au dé­but, je n’étais ja­mais sûre de moi, ça m’ame­nait à me faire une co­quille. Au­jourd’hui, si je fais une er­reur, ça ne me dé­range plus », re­marque la jeune fille, qui se fait sou­vent com­pli­men­ter sur ses ac­ces­soires par ses amies.

DIA­LOGUE

En plus de trans­mettre sa pas­sion pour la cou­ture, Mme La­rouche est à l’écoute des par­ti­ci­pantes. C’est d’ailleurs l’oreille at­ten­tive de la fée mar­raine qui a ai­dé Léa de s’ou­vrir da­van­tage.

« Je peux me confier sur cer­taines choses, parce que je vais trou­ver la bonne per­sonne à qui en par­ler, comme Lyne. Avec elle, je peux m’ou­vrir et être sûre de ne pas me faire ju­ger », confie l’élève de troi­sième se­con­daire.

Au fil du temps, une com­pli­ci­té s’est ins­tal­lée entre elles. « Des fois, Léa m’ap­pelle pour sa­voir si elle peut ve­nir tra­vailler sur ses ac­ces­soires. Elle mène tou­jours ses pro­jets jus­qu’au bout », ob­serve la cou­tu­rière.

COU­LEUR

L’art de­vient la trame de fond pour abor­der cer­tains su­jets dé­li­cats. Libre aux par­ti­ci­pantes de choi­sir leurs tis­sus et leurs cou­leurs pour s’ex­pri­mer.

« On peut écrire, des­si­ner ou en­core faire des graf­fi­tis. L’ac­ces­soire est le même pour tous, mais le conte­nu est dif­fé­rent pour cha­cune », sou­tient Mme La­rouche.

Les cou­leurs noires, rouges et bleues se re­trouvent ré­gu­liè­re­ment sur les pro­jets de Léa. « La fa­çon dont les filles confec­tionnent leurs ac­ces­soires dé­voile une par­tie de leur per­son­na­li­té. Léa est plu­tôt calme et terre à terre », ob­serve la femme 51 ans.

Ce sont d’ailleurs ces mêmes teintes qui se re­trou­ve­ront sur la pro­chaine créa­tion de Léa, qui confec­tion­ne­ra un vê­te­ment pour la pre­mière fois. « J’aime ap­prendre à faire de nou­velles choses », avance-t-elle.

Main­te­nant que ses doigts de fée lui ont per­mis de re­trou­ver confiance, Léa en­vi­sage de faire car­rière en cui­sine. Ce se­ra alors une autre fa­çon, bien per­son­nelle, de s’ex­pri­mer.

(Pho­to : TC Me­dia – Isa­belle Ber­ge­ron)

Léa Cho­pis à dé­cou­vert sa pas­sion pour la cou­ture il y a trois ans, ce qui lui a per­mis de re­trou­ver confiance en elle.

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