Plus qu’un sa­lon de coif­fure

Le Messager Verdun - - ACTUALITÉS - ANDRÉANNE MO­REAU an­dreanne.mo­reau@tc.tc

AN­NI­VER­SAIRE. En 50 ans, le sa­lon Chez Gaé­tane n’a pas chan­gé. Lise Bru­neau coiffe tou­jours les Ver­du­nois de la même chaise, la deuxième en pas­sant la porte. Mais au fil des ans, elle a vu le quar­tier évo­luer, les en­fants gran­dir, les com­merces ou­vrir et fer­mer ain­si que les modes se suc­cé­der. Elle-même a beau­coup ap­pris et reste trop pas­sion­née par son mé­tier pour ac­cro­cher ses ci­seaux.

« Si les murs pou­vaient par­ler », lance Mme Bru­neau en lis­sant au sé­choir les che­veux d’une cliente dont la mère fré­quen­tait elle aus­si le sa­lon.

« J’ai des fa­milles en­tières, des gens qui viennent de­puis qu’ils sont en­fants. J’ai même une fa­mille dont j’ai coif­fé cinq gé­né­ra­tions », ra­conte la pro­prié­taire avec fier­té. Puisque rien n’a chan­gé de place, les pa­rents vont avec leurs bouts de chou cher­cher la planche de bois que Lise po­sait sur la chaise quand eux-mêmes n’étaient pas plus hauts que trois pommes.

Ces tout-pe­tits font le bon­heur de la coif­feuse, qu’ils nomment tante Lise, et elle s’est at­ta­chée à cha­cun d’eux, peut-être en par­tie parce qu’elle-même n’a pas eu d’en­fant.

HIS­TOIRE DE FA­MILLE

Le sa­lon où Lise Bru­neau a com­men­cé le jour de son an­ni­ver­saire, pen­dant l’ex­po 67, est len­te­ment de­ve­nu sa deuxième mai­son. Et même sa fa­mille.

C’est ici qu’elle a ren­con­tré son ma­ri, Ri­chard, le fils d’une de ses clientes. At­ten­tion­né, il la condui­sait au tra­vail chaque ma­tin et ve­nait la ré­cu­pé­rer le soir, s’en­dor­mant sou­vent der­rière le comp­toir en l’at­ten­dant.

Sa ré­cep­tion­niste bé­né­vole, Jea­nine La­voie, est elle aus­si presque de la fa­mille. À l’époque où elle tra­vaillait comme gé­rante du res­tau­rant Gré­go­ry, voi­sin du sa­lon, elle était l’oreille at­ten­tive à qui la jeune Lise ve­nait se confier.

Quand elle a pris sa re­traite, elle a dé­ci­dé de ve­nir ai­der au sa­lon, où elle fait bien plus que re­ce­voir les clients. Comme une grand-mère at­ten­tion­née, elle cui­sine de pe­tits bis­cuits, leur pré­pare un pe­tit ca­fé et les écoute. Elle tri­cote aus­si, ven­dant ses chif­fons et ses pan­toufles au comp­toir.

À bien­tôt 80 ans, l’an­cienne gé­rante consacre beau­coup de temps au sa­lon, mais ne s’es­time pas per­dante au change. « J’ai be­soin de voir du monde et, ici, c’est un vrai club so­cial. Et puis, c’est pour ça qu’on a toutes l’air plus jeune que notre âge. C’est parce qu’on se tient oc­cu­pées », confie-t-elle.

Sa fille Line est éga­le­ment en­trée dans la fa­mille du sa­lon il y a 25 ans, quand elle y est de­ve­nue coif­feuse. Fruit du ha­sard ou des nom­breuses ren­contres que per­met ce mé­tier, elle aus­si y a ren­con­tré son ma­ri.

50 ANS DE CHAN­GE­MENT

Per­ma­nentes, co­lo­ra­tions, chi­gnons, Mme Bru­neau en a vu, des ten­dances. « J’ai beau­coup ai­mé les nids d’abeille, ces chi­gnons po­pu­la­ri­sés dans les an­nées 1960. On ajou­tait des pos­tiches pour qu’ils soient plus épais. Je pou­vais pas­ser une boîte de bob­by pins au com­plet là-de­dans », ra­conte-t-elle.

De jeune fille crain­tive à femme d’af­faires, elle aus­si a beau­coup chan­gé dans ces an­nées. Au dé­but, elle avait peur de fi­nir tard le soir, se fiant aux com­mer­çants voi­sins pour as­su­rer sa sé­cu­ri­té. Puis, quand elle a ache­té le sa­lon, elle s’est d’abord beau­coup ap­puyée sur son ma­ri pour en as­su­rer la ges­tion.

« Quand il est dé­cé­dé su­bi­te­ment en 2001, j’ai eu tel­le­ment de choses à ap­prendre ! Je ne sa­vais pas conduire, ni te­nir mes livres de comptes. J’ai tout fait ça», se fé­li­cite Mme Bru­neau, contente au­jourd’hui d’avoir su sur­mon­ter ces dé­fis.

Mais la coif­feuse ne sau­rait se pas­ser de son mé­tier et s’es­time bien chan­ceuse d’avoir en­core la forme pour l’exer­cer. Le moindre mal frap­pant les jambes ou les ar­ti­cu­la­tions des mains au­rait pu l’en em­pê­cher.

«Tant que j’en se­rai ca­pable, je vais conti­nuer à coif­fer, af­firme-t-elle. C’est ça qui me tient ! »

Quand Lise Bru­neau a com­men­cé à coif­fer sur la rue Wel­ling­ton, en 1967, le sa­lon se nom­mait Mam’zelle de Pa­ris. De­ve­nu en­suite le Sa­lon Gaé­tane, elle a gar­dé ce nom lors­qu’elle en est de­ve­nue pro­prié­taire en 1988.

Les bis­cuits de Jea­nine, le sou­rire de sa fille Line et les pe­tites at­ten­tions de Lise font du sa­lon un vé­ri­table club so­cial où les clientes res­tent vo­lon­tiers même une fois que leur coupe est ter­mi­née, his­toire de ja­ser un peu.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.