Ma­ter­ni­té et in­éga­li­té

Le Messager Verdun - - DE CHEZ VOUS... - ANDRÉANNE MO­REAU an­dreanne.mo­reau@tc.tc

LIT­TÉ­RA­TURE. L’es­sai de l’au­teure et jour­na­liste ver­du­noise Ma­ri­lyse Ha­me­lin fait beau­coup par­ler de­puis quelques se­maines. C’était l’ob­jec­tif. Avec Ma­ter­ni­té: la face ca­chée du sexisme, la fé­mi­niste de longue date met le doigt sur le der­nier rem­part qui em­pêche l’éga­li­té des sexes.

Le fait que les femmes soient consi­dé­rées comme «parent prin­ci­pal par dé­faut» leur nuit, tant per­son­nel­le­ment que pro­fes­sion­nel­le­ment se­lon Mme Ha­me­lin. Un en­jeu qui ne concerne pas que les mères, mais la so­cié­té en en­tier.

«Le mythe de l’éga­li­té at­teinte a la couenne dure, sou­tient l’au­teure. Mais ce n’est pas un ha­sard si de très nom­breuses femmes, qui ne se disent pas du tout fé­mi­nistes quand elles sont jeunes, le de­viennent en ayant des en­fants. C’est là qu’elles constatent vrai­ment le che­min qu’il reste à faire.»

Il y a un bon mo­ment qu’on ne consi­dère plus les femmes comme étant moins in­tel­li­gentes que les hommes ou moins aptes. Pour­tant, les exemples de dis­cri­mi­na­tion à l’em­bauche ou au tra­vail sont lé­gion. «Tout le monde a une his­toire à ra­con­ter», sou­ligne Mme Ha­me­lin, qui s’est ba­sée sur plu­sieurs anec­dotes pour ré­di­ger son livre.

De celles qui se font de­man­der en en­tre­vue si elles comptent avoir des en­fants aux autres, qui voient des col­lègues mas­cu­lins moins ex­pé­ri­men­tés mais plus dis­po­nibles hé­ri­ter des pro­mo­tions, les exemples qu’elle ra­conte sont nom­breux. Mais Mme Ha­me­lin ne s’ar­rête pas à des faits anec­do­tiques et étaye ses af­fir­ma­tions des ré­sul­tats de nom­breuses études, chiffres à l’ap­pui.

PARENT PRIN­CI­PAL

Les pré­ju­gés se basent tou­te­fois sur des don­nées bien concrètes. Le congé pa­ren­tal par­ta­geable, ce­lui de 25 ou 32 se­maines qui suit le congé de ma­ter­ni­té, est en­core ma­jo­ri­tai­re­ment pris par les mères.

Pour Mme Ha­me­lin, c’est là que le bât blesse puisque la mère de­vient le parent prin­ci­pal. «C’est à ce mo­ment-là que le rôle de la mère comme parent prin­ci­pal se cris­tal­lise», avan­cet-elle, s’at­ta­quant aus­si à la vi­sion na­tu­ra­liste de l’ins­tinct ma­ter­nel, qui veut que ce­lui-ci soit in­né pour les femmes.

«On donne des pou­pées aux pe­tites filles, c’est elles qu’on ins­crit aux cours de gar­diennes aver­ties, et ce sont les femmes qui lisent sur la ma­ter­ni­té et l’évo­lu­tion de l’en­fant. C’est un construit so­cial, quelque chose qu’on ab­sorbe na­tu­rel­le­ment parce que ça fait par­tie de la culture am­biante. On ap­prend à de­ve­nir mère.»

Le congé pa­ren­tal fait par­tie de cet ap­pren­tis­sage, se­lon elle. «C’est comme un gros stage in­ten­sif.» Un par­tage plus égal de ce congé fait donc par­tie des me­sures concrètes qu’elle met de l’avant pour ac­cé­lé­rer l’ac­cès à l’éga­li­té entre pa­rents.

POUR PA­PA AUS­SI

Si son es­sai se vou­lait d’abord à la dé­fense des femmes, Mme Ha­me­lin a vite réa­li­sé que les pré­ju­gés sur la ma­ter­ni­té nui­saient éga­le­ment beau­coup aux hommes, pas tous confor­tables dans le rôle de père pour­voyeur.

«C’est loin d’être fa­cile pour les pion­niers, ceux qui veulent s’oc­cu­per de leurs en­fants. Eux aus­si se heurtent aux pré­ju­gés et se font vite ré­tor­quer «Il n’a pas de mère cet en­fant-là?» s’ils s’ab­sentent du bu­reau pour al­ler chez le mé­de­cin avec le pe­tit der­nier», fait-elle va­loir.

Pour que la si­tua­tion change, la Ver­du­noise, comme les ex­perts qu’elle a ren­con­trés pour son es­sai, es­time que les gou­ver­ne­ments de­vront s’im­pli­quer. «Le pri­vé est po­li­tique. C’est un vieux slo­gan fé­mi­niste, mais c’est en­core vrai», sou­tient-elle.

Le Ré­gime qué­bé­cois d’as­su­rance pa­ren­tale (RQAP), qu’elle ap­plau­dit au pas­sage pour avoir fait faire de grands pas au Qué­bec, de­vrait être bo­ni­fié, se­lon Mme Ha­me­lin. Sans en­le­ver de temps à la mère, elle sou­hai­te­rait y voir un congé de pa­ter­ni­té aus­si long que ce­lui de ma­ter­ni­té, soit 15 ou 18 se­maines se­lon le ré­gime choi­si. Il de­vrait éga­le­ment y avoir des in­ci­ta­tifs im­por­tants pour que les pères prennent seuls, pen­dant que leur conjointe re­tourne au tra­vail, une par­tie de ce congé.

Elle vou­drait éga­le­ment que des ins­pec­teurs soient en­ga­gés afin de dé­tec­ter et de mettre à l’amende les em­ployeurs fau­tifs, qui pu­nissent leurs em­ployés pour un congé pa­ren­tal en leur en­le­vant leurs dos­siers im­por­tants ou en les re­lé­guant aux ho­raires de soir ou de fin de se­maine.

L’es­sai, qui a ali­men­té de nom­breuses conver­sa­tions, tant dans les foyers que dans les mé­dias, pour­rait bien­tôt bou­le­ver­ser en de­hors de la pro­vince puis­qu’il y a un pro­jet de tra­duc­tion en an­glais.

(Pho­to: TC Me­dia – Andréanne Mo­reau)

C’est en dis­cu­tant avec des amies et des col­lègues, comme l’au­teure ver­du­noise Ma­rianne Prai­rie, que Ma­ri­lyse Ha­me­lin a consta­té l’am­pleur du tra­vail à ac­com­plir sur le chan­tier de la ma­ter­ni­té pour que les femmes at­teignent une vé­ri­table éga­li­té.

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