RE­TRAITE EN SAN­TÉ

Le Messager Verdun - - LA UNE - SO­PHIE POIS­SON so­phie.pois­son@tc.tc

La Ver­du­noise Liette Des­jar­dins vient de ter­mi­ner sa car­rière d’in­fir­mière cli­ni­cienne au Centre Wel­ling­ton, un mi­lieu de ré­adap­ta­tion so­ciale at­ta­ché à l’ins­ti­tut Dou­glas. Elle au­ra pra­ti­qué pen­dant 37 ans en san­té men­tale pour au­jourd’hui conju­guer à temps plein son an­cienne pro­fes­sion avec sa pas­sion pour les arts. La jeune re­trai­té met­tra à pro­fit son ex­per­tise lors de l’ex­po­si­tion

Parle-moi d’amour dès le mois pro­chain.

EN­TRE­VUE. Après 37 an­nées à l’ins­ti­tut Dou­glas, l’in­fir­mière cli­ni­cienne Liette Des­jar­dins prend sa re­traite, mais garde un lien avec la san­té men­tale. À 58 ans, elle re­pren­dra le mois pro­chain «Soi­gner entre les lignes» dont son ar­ticle sur le sui­cide lui avait va­lu en 2013 le prix des meilleurs blogues de science fran­co­phones. Q Pour­quoi vous in­té­res­sez-vous à la san­té men­tale?

R C'est ce que j'avais dé­ci­dé quand j'avais fait ma for­ma­tion. En 1980, le Dou­glas sor­tait d'une pé­riode asi­laire. Quand il est de­ve­nu membre des soins de san­té, une de­mande spé­ci­fique a été faite pour que les per­sonnes res­pon­sables des dé­par­te­ments ou des ser­vices soient des in­fir­mières bi­lingues, et c'était mon cas. En­core au­jourd'hui, il y a toute cette in­com­pré­hen­sion de la po­pu­la­tion et les gens ont peur des pro­blé­ma­tiques de san­té men­tale. En même temps, il y a toute la ri­chesse par rap­port à l'ac­cès à l'in­ti­mi­té et aux dif­fi­cul­tés à com­po­ser avec la vie. Ce qui m'in­té­resse, c'est de mieux com­prendre les si­tua­tions per­son­nelles et sa­voir com­ment ai­der les gens. Ce n'est pas né­ces­sai­re­ment don­ner des ré­ponses, mais po­ser des ques­tions pour qu'ils aient une idée plus claire de leur si­tua­tion.

Q Avez-vous eu à com­po­ser vous-même avec des problèmes de san­té men­tale?

R Quand j'étais jeune, j'ai pro­ba­ble­ment fait de l'an­xié­té de sé­pa­ra­tion à la suite d'une hos­pi­ta­li­sa­tion à l'âge de quatre ans. Il y a une fa­çon de com­prendre la vie ou les règles que je n'avais pas à l'époque et que j'ai ac­quise. En 2000, j'ai aus­si fait une dé­pres­sion. C'est une des bonnes fa­çons d'être em­pa­thique, même si ce n'est pas né­ces­saire. Beau­coup de gens vont en re­la­tion d'aide parce qu'ils ont été tou­chés par la ma­la­die men­tale, soit eux-mêmes, soit dans leur en­tou­rage. Quand on dé­couvre quelque chose chez soi qui est unique, on en fait une ma­la­die ou un em­ploi.

Q Pour­quoi avez-vous dé­ci­dé d’ar­rê­ter d’exer­cer?

R J'ai une amie qui a eu un diag­nos­tic en 2016 d'un can­cer du pou­mon avec mé­ta­stases au cer­veau. Elle est dé­cé­dée en jan­vier de l'an­née pas­sée, l'équi­valent de deux jours après sa re­traite. Je n'étais pas tan­née de tra­vailler, mais je vou­lais in­ves­tir au­tre­ment ce que j'aime faire parce que je me dé­fi­nis comme une ar­tiste qui veut aus­si écrire et peindre. La deuxième rai­son est qu'il y a beau­coup de chan­ge­ments dans la fa­çon de tra­vailler. L'ins­ti­tut Dou­glas s'est peu à peu fon­du à l'in­té­rieur du CIUSSS de l'ouest-de-l'île-de-mon­tréal.

Q Quels sont vos pro­jets pour la suite?

R Je mets des choses en place pour res­ter oc­cu­pée. Je me suis ins­crite au taï-chi et je vais à un ate­lier de pein­ture une fois par mois. Je vais aus­si re­prendre mon blogue puisque j'ai fait un cer­ti­fi­cat en créa­ti­vi­té littéraire et que c'est une fa­çon d'élar­gir mon tra­vail d'écrire tout en sen­si­bi­li­sant les gens à une pro­blé­ma­tique liée à la san­té men­tale. J'ai écrit un ar­ticle par mois en­vi­ron, de 2009 à jan­vier 2015, sur des su­jets liés à des évé­ne­ments qui me mar­quaient. J'en ai fait sur le dé­ve­lop­pe­ment de l'échelle de triage et de gra­vi­té, sur com­ment an­non­cer un drame aux en­fants ou en­core sur tra­vailler avec une pair ex­perte. Je vais pro­ba­ble­ment avoir des hy­per­liens vers ces an­ciens ar­ticles, mais ce ne se­ra plus sur le site in­ter­net de l'ins­ti­tut Dou­glas puisque je ne suis plus une em­ployée. Le nom Soi­gner entre les lignes m'ap­par­tient tou­jours donc je vais l'uti­li­ser. Je par­le­rai alors de choses qui existent et qui sont ai­dantes, mais qu'on ignore, comme les ac­ti­vi­tés de la Ruche d'art où les gens peuvent se réunir pour faire de l'art. C'est aus­si pous­ser la ré­flexion sur des su­jets comme l'in­ter­ven­tion policière.

(Pho­to: TC Me­dia – Isa­belle Ber­ge­ron)

Liette Des­jar­dins a fi­ni sa car­rière au Centre Wel­ling­ton et elle y pré­sen­te­ra en mai l’une de ses toiles lors de l’ex­po­si­tion Parle-moi d’amour.

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