RES­PON­SA­BI­LI­TÉ D’UN AD­MI­NIS­TRA­TEUR

SUITE À UNE RE­PRISE D’EXIS­TENCE D’UNE SO­CIÉ­TÉ PAR AC­TIONS

Le Nord - - ACTUALITÉS - Da­nyelLa­porte,avo­cat de la LCSA et de la LPLE.

L’ar­ticle 56 de la Loi sur la pu­bli­ci­té lé­gale des en­tre­prises in­di­vi­duelles, des so­cié­tés et des per­sonnes mo­rales ( LPLE) pré­voit que la ré­vo­ca­tion de la ra­dia­tion de l’im­ma­tri­cu­la­tion d’une per­sonne mo­rale consti­tuée au Qué­bec a pour ef­fet de lui faire re­prendre son exis­tence à la date du dé­pôt de l’ar­rê­té du Re­gis­traire dé­po­sé à cet ef­fet au Re­gistre des en­tre­prises. La loi pré­voit éga­le­ment que la per­sonne mo­rale re­couvre ses droits et ses obli­ga­tions comme si elle n’avait pas été dis­soute sous ré­serve des droits ac­quis par une per­sonne ou par un grou­pe­ment.

La Loi ca­na­dienne sur les so­cié­tés par ac­tions (LCSA) est sen­si­ble­ment au même ef­fet. Qu’ad­vient-il de la res­pon­sa­bi­li­té des ad­mi­nis­tra­teurs si la re­cons­ti­tu­tion est ob­te­nue par un tiers qui n’est ni ad­mi­nis­tra­teur ni ac­tion­naire de la per­sonne mo­rale et que celle-ci a ces­sé ses opé­ra­tions avant sa dis­so­lu­tion for­cée ou après ? À titre d’exemple, si Re­ve­nu Ca­na­da ou Re­ve­nu Qué­bec de­mande la re­cons­ti­tu­tion d’une per­sonne mo­rale pour ré­cla­mer des taxes im­payées (TPS ou TVQ), peuvent-ils ré­cla­mer des ad­mi­nis­tra­teurs qui étaient en poste lors de la dis­so­lu­tion ces mon­tants plus de 2 ans après la dis­so­lu­tion? Pour­quoi deux ans? Les lois per­ti­nentes pré­voient qu’un ad­mi­nis­tra­teur ne peut être co­ti­sé après l’ex­pi­ra­tion des deux ans qui suivent la date à la­quelle il a ces­sé d’être ad­mi­nis­tra­teur. Dans l’af­faire R. c. Au­j­la, une co­ti­sa­tion avait été émise contre une per­sonne mo­rale le 20 mars 1998 pour de la TPS im­payée; celle-ci a été dis­soute le 5 mars 1999 pour dé­faut de pro­duc­tion de ses rap­ports an­nuels. Elle a été re­cons­ti­tuée le 20 fé­vrier 2003 à la de­mande du mi­nistre du Re­ve­nu et une co­ti­sa­tion a été émise contre les ad­mi­nis­tra­teurs le 4 sep­tembre 2003. Dans un ju­ge­ment du 14 oc­tobre 2008, la Cour d’ap­pel fé­dé­rale a ju­gé que les ad­mi­nis­tra­teurs d’une per­sonne mo­rale, qui avait été re­cons­ti­tuée à la de­mande de Re­ve­nu Ca­na­da, avaient ces­sé d’être ad­mi­nis­tra­teurs de celle-ci à la date de sa dis­so­lu­tion et que la re­cons­ti­tu­tion de celle-ci n’avait pas eu pour ef­fet de les ré­in­té­grer (ré­tro­ac­ti­ve­ment ou au­tre­ment) à leur fonction d’ad­mi­nis­tra­teur. Cette dé­ci­sion était ba­sée sur la loi de Co­lom­bie-Bri­tan­nique, la­quelle dif­fère sen­si­ble­ment La conclu­sion à la­quelle est par­ve­nue la Cour d’ap­pel fé­dé­rale de­vrait-elle être la même pour une com­pa­gnie consti­tuée en ver­tu de la Loi sur les com­pa­gnies ou pour une so­cié­té consti­tuée en ver­tu de la LCSA ? Si la per­sonne mo­rale a été dis­soute pour des mo­tifs ad­mi­nis­tra­tifs, tel que le dé­faut de pro­duc­tion de ses rap­ports an­nuels, et qu’elle a conti­nué ses ac­ti­vi­tés du­rant cette pé­riode, la res­pon­sa­bi­li­té des ad­mi­nis­tra­teurs, qui étaient en fonction au mo­ment de la dis­so­lu­tion et qui ont conti­nué à ad­mi­nis­trer celle-ci après sa dis­so­lu­tion, ne fait au­cun doute. Qu’en est-il tou­te­fois si, suite à la dis­so­lu­tion, au­cune ac­ti­vi­té n’a été pour­sui­vie ? Nous croyons que la conclu­sion de­vrait être la même que celle à la­quelle en est ar­ri­vée la Cour d’ap­pel fé­dé­rale. En ef­fet, la dis­so­lu­tion met fin à l’exis­tence de la per­sonne mo­rale et une per­sonne ne peut plus en être ad­mi­nis­tra­teur puis­qu’elle n’a plus d’exis­tence, même si la re­cons­ti­tu­tion de la per­sonne mo­rale a un ef­fet ré­tro­ac­tif au mo­ment où elle a ces­sé d’exis­ter. Ni la LCSA ni la LPLE ne contiennent de dis­po­si­tion fai­sant re­vivre la fonction d’ad­mi­nis­tra­teur lors d’une re­cons­ti­tu­tion. L’ar­ticle 108(1) de la LCSA in­dique que le man­dat d’un ad­mi­nis­tra­teur se ter­mine à son décès, à sa dé­mis­sion, à sa ré­vo­ca­tion ou suite à son in­ha­bi­li­té à oc­cu­per le poste. Les ar­ticles 123.73 et sui­vants de la Loi sur les com­pa­gnies (Qué­bec) sont sen­si­ble­ment au même ef­fet, sans comp­ter les dis­po­si­tions de l’ar­ticle 2175 du Code ci­vil du Qué­bec trai­tant de la fin de man­dat d’un man­da­taire. Or, se­lon l’ar­ticle 321 du Code ci­vil du Qué­bec, l’ad­mi­nis­tra­teur d’une per­sonne mo­rale est consi­dé­ré comme man­da­taire de celle-ci. On ne peut être man­da­taire d’une per­sonne in­exis­tante. Éga­le­ment, les dis­po­si­tions per­ti­nentes de la LCSA et de la LPLE pré­voient la re­cons­ti­tu­tion de la per­sonne mo­rale sous ré­serve des droits ac­quis par toute per­sonne. Comme une per­sonne mo­rale est, ju­ri­di­que­ment, dis­tincte de ses ad­mi­nis­tra­teurs, ces per­sonnes cessent d’être ad­mi­nis­tra­teurs à la dis­so­lu­tion de celle-ci.

Da­nyelLa­porte,avo­cat

De­veau, Bour­geois, Ga­gné, Hé­bert et As­so­ciés

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