PAS­SION AGRI­COLE

Le Nord - - LITTERAIRES LE NORD - Ca­té­go­rieU­ni­ver­si­té Jes­si­caKimp­ton Uni­ver­si­té­duQué­be­cenOu­taouais

Contrai­re­ment à plu­sieurs pas­sions, la mienne est unique, an­cienne et ori­gi­nale. En ef­fet, elle n’est pas née lors de la der­nière pluie et elle a tou­jours contri­bué au main­tien de l’es­pèce hu­maine. De plus, ma pas­sion a pour moi un ca­rac­tère très par­ti­cu­lier, car elle m’a été trans­mise par mon âme soeur, Jo­na­than. Son in­cli­na­tion in­tense pour la pro­duc­tion agri­cole est de­ve­nue mienne sur-le-champ. Or, ce qui rend ma pas­sion vrai­ment unique est le fait qu’elle fluctue avec les sai­sons! D’abord, c’est au prin­temps qu’elle est à son plus haut, car c’est là que les bour­geons éclosent, que les ri­vières se gorgent d’eau et que je peux en­fin com­men­cer à mettre en terre les se­mences! C’est lors de cette sai­son du re­nou­veau que ma pas­sion est au zé­nith, car c’est là que l’on sème le maïs et que l’on ins­talle par-des­sus ce­lui-ci du po­ly­thène. Ce der­nier per­met de don­ner un pe­tit brin de cha­leur aux lé­gumes en crois­sance, qui at­tendent im­pa­tiem­ment la ca­resse du so­leil es­ti­val. De sur­croît, c’est au prin­temps que l’on plante les pre­miers choux, en plus de mettre en terre les oi­gnons. C’est aus­si lors de cette sai­son des amours que Jo­na­than et moi her­sons le champ avec son McCor­mick rouge et sar­clons la terre. Les jour­nées où le so­leil est brû­lant et où les nuages font la grève, nous ir­ri­guons le sol afin de don­ner à boire aux lé­gumes as­soif­fés. Par ailleurs, je trouve for­mi­dable de ré­veiller la terre arable en­dor­mie de­puis des mois en la sti­mu­lant avec les roues du trac­teur. En­suite vient l’été, la sai­son où la na­ture, loin d’être morte, s’exulte, et où je com­mence à ré­col­ter le maïs su­cré. Tel le so­leil, ce flam­beau du jour qui rayonne sans cesse, je suis res­plen­dis­sante de bon­heur, car je vis in­ten­sé­ment ma pas­sion. Tôt le ma­tin, je conduis le trac­teur pen­dant que Jo­na­than ré­colte le blé d’Inde. J’adore culti­ver ce tendre lé­gume, qui ca­pri­cieux comme moi en l’été, ré­clame un so­leil in­tense et une terre fer­tile! J’aime aus­si m’al­lon­ger sur le sol hu­mide d’un champ de maïs où je me sens seule au monde dans un la­by­rinthe géant. J’y joue à la ca­chette avec le so­leil, à la re­cherche de rayons lu­mi­neux qui trans­percent les feuilles de près d’un mètre. Quand ils par­viennent jus­qu’à moi, ils me cha­touillent dou­ce­ment la sur­face de la peau. La cou­leur verte des im­menses feuilles fait res­sor­tir le vert fo­rêt de mes yeux émer­veillés. En outre, l’été, j’adore faire une balade sur le che­min me­nant aux champs. Mes pieds se moulent à la terre hu­mide et m’amènent tou­jours plus loin dans l’uni­vers de l’agri­cul­ture. J’im­mor­ta­lise avec mon ap­pa­reil-photo la gé­né­ro­si­té de Dame Na­ture en pas­sant d’un champ do­ré à un champ ver­dâtre, en plus de per­mettre à mes sens de se lais­ser-al­ler au gré du vent. Mon odo­rat ju­bile en re­ni­flant l’odeur des lé­gumes, ma vue se comble de bon­heur en ob­ser­vant de pe­tits ani­maux bien vi­vants, mon ouïe se re­pose en ne lais­sant pé­né­trer dans mes oreilles que le si­lence sans fin, mon tou­cher me per­met d’en­trer en contact avec la na­ture qui m’en­toure et mon goût ap­pré­cie la sa­veur de l’été en mor­dant dans un chou frais. Par ailleurs, plus le temps avance, plus les arbres re­vêtent un ha­bit rou­geoyant et plus les choux d’au­tomne ont ter­mi­né de croître. Vient alors le temps de ren­trer ces der­niers à l’abri pour l’hi­ver afin qu’ils n’at­trapent pas froid. C’est ain­si que je contri­bue à ré­col­ter les nom­breuses plantes cru­ci­fères. As­sise dans la re­morque du trac­teur, j’at­trape les choux ma­tures que mon co­pain vient de cou­per et je les mets dé­li­ca­te­ment dans des boîtes qui se­ront en­tre­po­sées du­rant la sai­son hi­ver­nale. De plus, à l’au­tomne, il ne faut sur­tout pas ou­blier d’hi­ver­ner la terre afin de la rendre im­pec­cable pour le prin­temps sui­vant. En outre, comme les arbres, ma pas­sion s’éteint tris­te­ment au cours des mois blancs qui suivent. Le champ, pour­tant si co­lo­ré, de­vient un vaste ter­ri­toire opa­lin et étin­ce­lant. Mais ne croyez pas que je laisse ma pas­sion fondre comme neige au so­leil. À l’in­verse, je passe beau­coup de temps dans l’en­tre­pôt où les choux y sont taillés afin de les rendre en­core plus jo­lis et sa­vou­reux. L’hi­ver, je prends aus­si plai­sir à m’ha­biller en pe­lure d’oi­gnon et à me pro­me­ner sur les glèbes re­cou­vertes de neige crous­tillante. Je sa­voure chaque mo­ment où je m’étends sur celles-ci, les yeux vers le ciel, en re­gar­dant les étoiles me faire des sou­rires étin­ce­lants! L’hi­ver, le champ semble en­core plus calme que l’été, grâce aux pro­prié­tés iso­lantes de la neige. J’ai ain­si l’im­pres­sion de me trou­ver dans un im­mense igloo à ciel ou­vert et par­fois même dans le coeur d’un cris­tal ti­ta­nesque. Je trouve tou­jours mer­veilleux de voir que l’hi­ver, les champs de maïs re­vêtent les al­lures d’une ban­quise, tan­dis que quelques mois plus tard, ils pren­dront les al­lures d’un ta­bleau do­ré. Fi­na­le­ment, ma pas­sion agri­cole m’a sans équi­voque fait croître comme un chou, éclore comme une fleur et me trans­for­mer comme une chenille qui de­vient pa­pillon.

Jes­si­caKimp­ton­del’Uni­ver­si­té­duQué­be­cenOu­taouaisCam­pusSaint-Jé­rô­mea­rem­por­téles hon­neurs­dans­laCa­té­go­rieU­ni­ver­si­té.Ab­sen­te­pour­des­rai­sons­de­san­té,el­leé­tai­trem­pla­cée pour­la­pré­sen­ta­tion­de­la­pla­que­par­sa­soeurMy­riam(troi­siè­meà­par­tir­de­la­gauche).On re­trou­ve­dansl’ordre:Jean-Clau­deFau­cher,pré­si­dent­de­laCais­seDes­jar­dins­deSaint-An­toine-des-Lau­ren­tides,Jo­séeGi­rard,di­rec­tri­ce­gé­né­ra­le­duJour­nalLeNord,My­riamKimp­ton, Marie-Ch­ris­ti­neGau­thie­retSa­rahLa­lan­cette,tou­tes­deux­fi­na­listes,etJean-Vaillan­court, rec­teur­del’Uni­ver­si­té­duQué­be­cenOu­taouais.Pho­toMi­chelB­ro­deur.

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