MUL­RO­NEY ET L’HIS­TOIRE

Le Nord - - POINT DE VUE - François La­fer­rière

L’en­quête de la com­mis­sion Oli­phant sur les re­la­tions d’af­faires entre l’ex-pre­mier mi­nistre Brian Mul­ro­ney et l’homme d’af­faires à la ré­pu­ta­tion dou­teuse, Karl­heinz Schrei­ber, a fi­na­le­ment abou­ti à un rap­port en dents de scie qui fi­ni­ra sur une ta­blette à Ottawa, après avoir coû­té plus de 12 mil­lions de dol­lars. C’était pré­vi­sible. Une telle com­mis­sion d’en­quête peut seule­ment por­ter un ju­ge­ment mo­ral sur la si­tua­tion trou­blante de la re­la­tion très dou­teuse entre un ex-pre­mier mi­nistre et un che­va­lier d’in­dus­trie. Tout le monde sa­vait, avant la te­nue de la com­mis­sion, que re­ce­voir 225,000$ ou 300,000$ dans une en­ve­loppe, en pe­tites coupures, dans une chambre d’hô­tel d’aé­ro­port, en trois ver­se­ments était un geste ré­pres­sible, hon­teux et non éthique pour un ex-chef de gou­ver­ne­ment. C’était clair aus­si que per­sonne ne verse une telle somme comp­tant sans payer pour un ser­vice re­çu ou à re­ce­voir. Brian Mul­ro­ney avait et a en­core l’air fou et ce­la le sui­vra dans l’His­toire. C’est pro­ba­ble­ment le seul prix à payer pour lui…et sa fa­mille. Dans son rap­port, le juge Oli­phant in­dique que M. Mul­ro­ney a agi de fa­çon in­ap­pro­priée, quel beau mot de cir­cons­tance, dans sa re­la­tion avec Schrei­ber. Le juge parle aus­si de com­por­te­ment dou­teux, de la vo­lon­té de dis­si­mu­ler des tran­sac­tions, de l’im­pres­sion que «tout n’était pas ré­gu­lier», de l’ac­cès ir­ré­gu­lier à un pre­mier mi­nistre…C’est très dur de la part du juge pré­sident de la com­mis­sion d’en­quête, mais tout aus­si in­of­fen­sif pour M. Mul­ro­ney. Le juge n’a conclu à au­cune res­pon­sa­bi­li­té cri­mi­nelle ou ci­vile, ce­la ne fai­sait pas par­tie de son man­dat. C’est comme ce­la ici, on dé­pense des mil­lions de dol­lars pour abou­tir à une idée floue d’une si­tua­tion contro­ver­sée, à un blâme sans consé­quences, sauf pour la ré­pu­ta­tion de l’in­di­vi­du, en l’oc­cur­rence M. Brian Mul­ro­ney. Hors ce der­nier avait dé­jà une mau­vaise ré­pu­ta­tion non seule­ment à cause de l’af­faire Schrei­ber, mais aus­si pour son com­por­te­ment des der­niers mois de son gou­ver­ne­ment. L’His­toire ju­ge­ra sé­vè­re­ment l’ex-pre­mier mi­nistre Brian Mul­ro­ney pour sa sor­tie dis­gra­cieuse de la vie po­li­tique. C’est mal­heu­reux pour lui car il au­ra été, par sa gou­ver­nance du pays, un pre­mier mi­nistre de qua­li­té, n’eût été son cô­té sombre. Ce­la nous amène à la ques­tion de 2$ : ce­la donne quoi des com­mis­sions d’en­quête si elles n’ont pas de dents et de pou­voir pour pu­nir les cou­pables? Ceux et celles qui de­mandent à tout vent la te­nue de telles com­mis­sions de­vraient se po­ser la ques­tion.

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