MON­SIEUR GAS­CON

Le Nord - - ACTUALITÉS -

J’ai gran­di à Saint-Jé­rôme du­rant les an­nées 1970 et 1980. J’ai en­suite ha­bi­té Mon­tréal pen­dant 20 ans. Après ces an­nées ci­ta­dines, j’ai sen­ti le be­soin de res­pi­rer un air plus pur et de don­ner à mes en­fants la chance de vivre da­van­tage en contact avec la na­ture. J’au­rais pu al­ler n’im­porte où : j’ai choi­si de re­ve­nir vivre ici. De­puis mon re­tour, j’ai pu consta­ter les ré­sul­tats de votre vo­lon­té d’amé­lio­rer l’amé­na­ge­ment du ter­ri­toire et de re­don­ner du dy­na­misme à la ville : la place de la gare, le centre-ville, le train de ban­lieue, l’uni­ver­si­té en sont de bons exemples. En re­vanche, je constate éga­le­ment avec tris­tesse que vous sem­blez n’ac­cor­der au­cune va­leur réelle aux es­paces verts. De la 36e ave­nue jusque chez les Jé­suites, en pas­sant par la 10e rue, l’ar­rière de la po­ly­va­lente et le sec­teur du parc des chutes Wilson, tout y est pas­sé! Tout au plus reste-t-il quelques ché­tives «bandes de vé­gé­ta­tion» qui peinent à mas­quer les nou­veaux dé­ve­lop­pe­ments ré­si­den­tiels, cor­dés et ren­ta­bi­li­sés, sym­boles pi­toyables de votre point de vue mo­no­li­thique sur le pro­grès. Ce sa­me­di 12 juin, vous avez ache­vé ce dé­plo­rable tra­vail. Vous avez mis les ci­toyens de Saint-Jé­rôme de­vant des faits ac­com­plis : le zo­nage du ter­ri­toire a été en­tiè­re­ment re­fait sans que la po­pu­la­tion soit consul­tée, et la fo­rêt qui com­mence au bout de la rue Fi­lion se­ra dé­truite, ra­sée, dé­ci­mée, et ce, pour faire place à un vaste pro­jet do­mi­ci­liaire en­tou­rant votre très convoi­té pro­jet d’aré­na. Je veux bien croire que la ma­jo­ri­té de la po­pu­la­tion vous ait de­man­dé à forces cris et re­proches de vous dé­ci­der dans le dos­sier du­dit aré­na. Mais, que je sache, ja­mais elle ne vous a de­man­dé un autre pro­jet do­mi­ci­liaire, et en­core moins d’anéan­tir le peu de ver­dure qui lui reste! Com­ment pou­vez-vous oser pré­tendre ai­mer et ser­vir les Lau­ren­tides si vous sa­cri­fiez au plus of­frant ses caps ro­cheux, ses arbres, ses ani­maux, ses mousses fra­giles, ses ma­rais si pré­cieux? L’an der­nier, les abords de la rue Mélançon ont crou­lé sous les se­cousses de la dy­na­mite, qui ont em­por­té avec elles le charme de ce tron­çon de la piste cy­clable. La fo­rêt au bout de la rue Fi­lion y pas­se­ra bien­tôt. Avec vos grands pro­jets, qui des­servent, de toute évi­dence, vos grandes am­bi­tions, la belle ville lau­ren­tienne est en train de de­ve­nir une vul­gaire ban­lieue de la couronne Nord : plate, as­phal­tée, en­va­hie par le smog et le bruit; une triste ville dor­toir de plus. Est-ce que seules les co­lonnes de chiffres et la pers­pec­tive de ré­col­ter da­van­tage de taxes font la loi chez vous, mon­sieur Gas­con? Sa­vez-vous qu’il faut bien plus que se ba­la­der en voi­ture élec­trique pour être «vert»? Pou­vez-vous vrai­ment igno­rer que l’ave­nir de nos en­fants passe par la pré­ser­va­tion du peu de na­ture qu’il nous reste? Je suis ex­trê­me­ment dé­çue de vos mé­thodes, et cho­quée de votre inconscience.

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