LES COM­MIS­SIONS D’EN­QUÊTE

Le Nord - - ACTUALITÉS -

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les der­nières an­nées ont été riches en ma­tière de com­mis­sion d’en­quête! Nous n’avons qu’à pen­ser à la Com­mis­sion Go­me­ry, la Com­mis­sion Villa­nue­va et bien en­ten­du, à celle qui fait les man­chettes ces jours-ci, la Com­mis­sion Bas­ta­rache. D’ailleurs, vous au­rez re­mar­qué que le nom don­né à une com­mis­sion d’en­quête est sou­vent at­tri­bué en fonc­tion du nom du com­mis­saire qui la pré­side. Ain­si, la Com­mis­sion Bas­ta­rache est pré­si­dée par l’an­cien juge de la Cour su­prême du Ca­na­da, l’Ho­no­rable Mi­chel Bas­ta­rache. Au-de­là de tout le ta­page mé­dia­tique à sa­voir qui dit vrai et qui dit faux à la Com­mis­sion Bas­ta­rache, nous dé­si­rons ex­po­ser som­mai­re­ment les ca­rac­té­ris­tiques, les pou­voirs et les ré­per­cus­sions d’une telle Com­mis­sion d’en­quête. Tout d’abord, c’est le gou­ver­ne­ment du Québec qui, par dé­cret, a le pou­voir de mettre sur pied une com­mis­sion d’en­quête, d’en dé­fi­nir le man­dat et de nom­mer le com­mis­saire. D’ailleurs, le gou­ver­ne­ment peut consti­tuer une com­mis­sion d’en­quête sur tout su­jet se rap­por­tant à la ges­tion, à l’ad­mi­nis­tra­tion ou au fonc­tion­ne­ment du gou­ver­ne­ment et de ses di­vers or­ga­nismes, ain­si qu’au bien-être de la po­pu­la­tion en gé­né­ral. C’est dire qu’une com­mis­sion d’en­quête peut être mise sur pied re­la­ti­ve­ment à presque tous les su­jets pos­sibles et ima­gi­nables! Par exemple, en ce qui concerne la Com­mis­sion Bas­ta­rache, le man­dat du com­mis­saire est no­tam­ment d’en­quê­ter sur les al­lé­ga­tions for­mu­lées par l’an­cien mi­nistre de la Jus­tice, Me Marc Bel­le­mare, concer­nant l’in­fluence qu’au­raient exer­cée cer­taines per­sonnes, ne fai­sant pas par­tie du gou­ver­ne­ment, dans le pro­ces­sus de no­mi­na­tion des juges de la Cour du Québec. L’une des ca­rac­té­ris­tiques fon­da­men­tales et es­sen­tielles au bon fonc­tion­ne­ment d’une com­mis­sion d’en­quête est l’in­dé­pen­dance et l’au­to­no­mie de cette der­nière suite à sa créa­tion par le gou­ver­ne­ment. Au­cune in­gé­rence de la part du gou­ver­ne­ment, ou de toute autre par­tie, n’est to­lé­rée. Tout comme les au­diences te­nues de­vant les Tri­bu­naux, les au­diences d’une com­mis­sion d’en­quête sont pu­bliques quoique le com­mis­saire ait le pou­voir d’or­don­ner qu’une par­tie de l’au­dience soit en­ten­due à huis clos, c’est-à-dire qu’elle se­ra en­ten­due en l’ab­sence du pu­blic. Bien que les au­diences soient pu­bliques, ne par­ti­cipe pas à une com­mis­sion d’en­quête qui le veut bien! En ef­fet, une com­mis­sion d’en­quête a les pleins pou­voirs afin de dé­ter­mi­ner les per­sonnes qui se­ront ap­pe­lées à par­ti­ci­per ou à in­ter­ve­nir lors de la te­nue de ces au­diences. À cet égard, seules les per­sonnes dont le com­mis­saire est convain­cu qu’elles ont un in­té­rêt im­por­tant et di­rect à l’égard du su­jet de l’en­quête, ou celles qui pour­raient l’ai­der dans l’ac­com­plis­se­ment de son man­dat, pour­ront être ap­pe­lées à contri­buer. En gé­né­ral, une com­mis­sion d’en­quête pu­blie­ra, quelques mois avant le dé­but de ces tra­vaux, un avis dans les mé­dias afin d’in­vi­ter toutes per­sonnes dé­si­rant y par­ti­ci­per à dé­po­ser au­près d’elle une de­mande à cet ef­fet. Outre les per­sonnes par­ti­ci­pant de fa­çon vo­lon­taire à une com­mis­sion d’en­quête, le com­mis­saire peut as­si­gner à com­pa­raître de­vant lui toute per­sonne dont il juge que le té­moi­gnage se­ra né­ces­saire ou utile dans l’ac­com­plis­se­ment de son man­dat. Puisque le com­mis­saire a es­sen­tiel­le­ment un pou­voir d’en­quête, il dis­pose à cet égard de tous les moyens lé­gaux qu’il ju­ge­ra né­ces­saires afin de me­ner à bien son in­ves­ti­ga­tion. Qui plus est, le com­mis­saire n’est pas le seul à en­quê­ter lors d’une com­mis­sion d’en­quête. En ef­fet, il est as­sis­té dans cette tâche par des procureurs spé­cia­le­ment nom­més qui vont no­tam­ment pré­pa­rer les en­quêtes pré­li­mi­naires et pré­sen­ter la preuve de­vant la com­mis­sion d’en­quête. Somme toute, la res­pon­sa­bi­li­té des procureurs d’une com­mis­sion d’en­quête est de re­pré­sen­ter l’in­té­rêt pu­blic de fa­çon neutre et ob­jec­tive. À la Com­mis­sion Bas­ta­rache, c’est Me Giu­seppe Bat­tis­ta qui agit comme pro­cu­reur de la Com­mis­sion. Au terme des tra­vaux d’une com­mis­sion d’en­quête, le com­mis­saire ré­dige un rap­port dans le­quel il émet une opi­nion ou des re­com­man­da­tions ba­sées sur les ré­sul­tats ob­te­nus lors des au­diences. Ju­ri­di­que­ment par­lant, le gou­ver­ne­ment n’est pas lié par ce rap­port, mais po­li­ti­que­ment par­lant, il peut en être tout au­tre­ment, sur­tout lorsque ce rap­port est émis au mo­ment des élec­tions! C’est ce que nous ver­rons à la fin de la Com­mis­sion Bas­ta­rache.

Fran­çoisBaillar­geon-Beau­champs,avo­cat De­veau, Bour­geois, Ga­gné, Hé­bert et As­so­ciés

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