GENS SE DE­MAN­DAIENT À QUOI JE JOUAIS AVEC MES PE­TITS BRUITS

Martin tous­sote. Il fait de pe­tits bruits de fa­çon ré­pé­tée. Sa main droite es­quisse de pe­tits mou­ve­ments ra­pides. C’est un peu dé­ran­geant les cinq pre­mières mi­nutes, mais étran­ge­ment on s’ha­bi­tue, sur­tout quand on sait.

Le Nord - - COMMUNAUTAIRE - ALA­RIE MARIE-EVE

Martin est la per­sonne sur 200 at­teinte du syn­drome Gilles de la Tou­rette (SGT). À Trois-Ri­vières, on en dé­nom­bre­rait en­vi­ron 650 si l’on se fie aux sta­tis­tiques. Ses pre­miers tics se sont ma­ni­fes­tés à 30 ans, mais nor­ma­le­ment on peut dé­jà en re­mar­quer vers l’âge de 5 ans. Il avait bien ma­ni­fes­té un trouble de dé­fi­cit de l’at­ten­tion à l’ado­les­cence, de même que quelques crises d’agres­si­vi­té. Sans plus. «Le pro­blème dor­mait en moi. J’ai été sou­mis à un fort stress à 30 ans et c’est à ce mo­ment que les tics ont com­men­cé. Et sous le stress du tra­vail, les tics étaient plus forts et j’avais un pro­blème d’or­ga­ni­sa­tion, ce qui est ca­rac­té­ris­tique au syn­drome de la Tou­rette», ex­plique Martin.

Le re­gard des autres

L’adap­ta­tion a été dif­fi­cile. Cer­tains pa­trons l’ont iso­lé à cause de ses tics. Il a été vic­time de har­cè­le­ment psy­cho­lo­gique et par­fois même me­na­cé de ren­voi. «J’ai été vic­time de pré­ju­gés so­ciaux. Les gens se de­man­daient à quoi je jouais avec mes pe­tits bruits. Le syn­drome n’est pas très bien ac­cep­té dans le monde du tra­vail. On m’a même sug­gé­ré, une fois, de me dé­cla­rer in­va­lide. In­ter­net n’exis­tait pas à l’époque et on pen­sait que j’étais ner­veux», ra­conte-t-il. Son mé­de­cin lui a re­com­man­dé de bri­ser le ta­bou au­tour de lui et de par­ler du syn­drome. Ré­sul­tat: le re­gard des autres a chan­gé. Martin a mon­tré moins de tics, sen­tant qu’une moins grande pres­sion pe­sait sur ses épaules. Il a éga­le­ment ac­cep­té une ré­tro­gra­da­tion dans ses fonc­tions. Il est main­te­nant agent de bu­reau. «Je suis al­lé au centre Fernand-Sé­guin en 2004 pour trou­ver une fa­çon d’en­rayer mes tics, no­tam­ment par des exer­cices de ten­sion-re­laxa­tion. Ça a per­mis d’en­rayer 80% de mes symp­tômes, mais ça prend un sui­vi. Il faut s’en­traî­ner», pré­cise Martin. «J’éprouve moins de stress pré­sen­te­ment au bu­reau et mes col­lègues sont au cou­rant de mon syn­drome. Il y a moins de plaintes au su­jet de mes tics…j’ai par­fois l’im­pres­sion de ne plus en avoir!»

Le SGT en bref

-Trouble neu­ro­lo­gique ca­rac­té­ri­sé par des tics qui se pro­duisent de fa­çon ré­pé­tée et sté­réo­ty­pée: sur­sau­ter de la tête, cli­gner des yeux, tous­ser, cla­quer de la langue, etc. La cause de ces symp­tômes n’est pas en­core connue; - Peut me­ner à des troubles de dé­fi­cit de l’at­ten­tion par­fois ac­com­pa­gnés d’hy­per­ac­ti­vi­té, des troubles d’ap­pren­tis­sage, de com­por­te­ment, du som­meil et des dif­fi­cul­tés à maî­tri­ser ses im­pul­sions; - Les tics sont trans­mis par un gène do­mi­nant qui peut pro­duire des symp­tômes dif­fé­rents chez di­vers membres d’une même fa­mille; - Le SGT ne peut être gué­ri pour le mo­ment, mais il existe des mé­di­ca­ments pour en di­mi­nuer les symp­tômes s’ils em­pêchent la per­sonne de fonc­tion­ner nor­ma­le­ment. Source: As­so­cia­tion qué­bé­coise du syn­drome de la Tou­rette

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