UNE GÉ­NÉ­RA­TION PRISE EN SAND­WICH

Ré­agir aux stres­seurs

Le Nord - - SEMAINE DES PME -

Ces gens font par­tie de la gé­né­ra­tion sand­wich: c’est-à-dire qu’ils se re­trouvent coin­cés entre les exi­gences des soins à pro­di­guer à leurs en­fants et à leurs pa­rentes en perte d’au­to­no­mie. Les spé­cia­listes ex­pliquent ce phé­no­mène no­tam­ment par le vieillis­se­ment des ba­by­boo­mers et un taux de fé­con­di­té de moins en moins éle­vé. Il en ré­sulte un moins grand nombre d’adultes pour s’oc­cu­per des per­sonnes âgées qui né­ces­sitent des soins par­ti­cu­liers. «C’est un peu mon cas ac­tuel­le­ment, ad­met De­nis Veillette, pro­fes­seur de so­cio­lo­gie au Cé­gep de Trois-Ri­vières. J’ai 50 ans. J’ai un jeune gar­çon et ma mère com­mence à être ma­lade. Mais c’est un peu une obli­ga­tion se­lon moi. Mes pa­rents m’ont éle­vé et c’est de rendre ce que j’ai eu. Le re­tour du ba­lan­cier en quelque sorte.» «Il faut seule­ment trou­ver la bonne fa­çon de le faire, car c’est épui­sant. Mais il y a aus­si un as­pect spirituel au­tour d’après moi» , ajoute-t-il. C’est qu’une per­sonne s’oc­cu­pant d’un pa­rent ma­lade peut com­men­cer à res­sen­tir da­van­tage de pres­sion lors­qu’elle cu­mule plus de huit heures par mois à pro­di­guer des soins. Sta­tis­tiques Ca­na­da a éta­bli qu’en moyenne, les per­sonnes de la gé­né­ra­tion sand­wich consacrent 19,6 heures par mois aux ac­ti­vi­tés de soin si elles ont des en­fants à la mai­son. La sta­tis­tique s’élève plu­tôt à 26,4 heures de soins par mois si les en­fants ont quit­té le nid fa­mi­lial. Et 70% des gens de cette gé­né­ra­tion se di­saient stres­sés. «Ça ne m’étonne pas que cer­taines per­sonnes, dans ces condi­tions, fassent une dé­pres­sion. Le rythme de vie ac­tuel est ra­pide et le tra­vail est très sol­li­ci­tant. Les gens courent lit­té­ra­le­ment après le temps. Il ne faut pas s’éton­ner si les chiffres de vente d’an­ti­dé­pres­seurs sont en hausse de­puis de nom­breuses an­nées» , sou­tient M. Veillette. «Il ne faut pas ou­blier que ça va se­lon la ré­sis­tance de la­dite per­sonne face aux stres­seurs de la vie. Qu’elle s’oc­cupe d’une per­sonne ma­lade peut être un stres­seur im­por­tant, sur­tout si elle doit con­ju­guer avec l’édu­ca­tion de ses en­fants. Mais ça dé­pend de sa fa­çon de ré­agir. Chaque per­sonne ré­agit dif­fé­rem­ment, no­tam­ment en rai­son de son vé­cu et de son en­vi­ron­ne­ment» , note Joan La­chance, psy­cho­logue. Les ba­by-boo­mers n’au­ront ce­pen­dant pas le choix d’in­no­ver dans l’ave­nir, croit le pro­fes­seur de l’Uni­ver­si­té de Mon­tréal Jacques Lé­ga­ré. Car pré­sen­te­ment, l’en­tou­rage d’une per­sonne âgée ma­lade pro­digue jus­qu’à 70% des soins né­ces­saires. Il fau­drait dé­ve­lop­per de nou­veaux pro­grammes pour of­frir de nou­veaux ré­seaux de sou­tien, ex­plique M. Lé­ga­ré: «Si­non, les per­sonnes âgées risquent d’avoir à se tour­ner vers le sys­tème for­mel et payer.»

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