TUÉ POUR AVOIR FRAN­CHI LA LIGNE

Un gé­né­ral po­pu­laire Au­cun re­gret

Le Nord - - HISTOIRE DE CRIMES -

Six ba­teaux se di­ri­geaient vers la bande de Ga­za pour ap­por­ter de l’aide hu­ma­ni­taire. Ils étaient dans les eaux in­ter­na­tio­nales avant d’être in­ter­cep­tés par l’ar­mée is­raé­lienne. Dès que les sol­dats ont sau­té dans les ba­teaux, les coups de feu ont par­ti! Is­raël sou­tient que les sol­dats étaient en lé­gi­time dé­fense puis­qu’on les avait at­ta­qués à coup de cou­teaux et de barres de fer. Les tra­vailleurs hu­ma­ni­taires ré­pliquent que c’est faux. L’ONU a or­don­né une en­quête. Ils sont plu­sieurs de par le monde à af­fir­mer qu’Is­raël vient de si­gner son ar­rêt de mort dans l’opi­nion pu­blique. Alors, la ques­tion qui tue : Qui ose­ra se le­ver pour mettre fin au car­nage qui dure de­puis 60 ans? Un homme a osé se le­ver au mi­lieu des an­nées 90. On l’a tué! Yitz­hak Ra­bin est né à Jé­ru­sa­lem en 1922. Il avait 26 ans quand l’état d’Is­raël a été fon­dé en 1948. Il a donc vu des mil­liers de Juifs ve­nus par ba­teaux du monde en­tier sau­ter sur les quais pour échap­per aux griffes d’Hit­ler et autres an­ti­sé­mites. Ra­bin était fort po­pu­laire dans son pays à cause de ses ex­ploits en tant que gé­né­ral lors la vic­toire his­to­rique de 1967 alors qu’Is­raël, en six jours seule­ment, avait re­pous­sé les at­taques de quatre pays arabes. Ra­bin fut éga­le­ment pre­mier mi­nistre de 1974 à 1977. Re­de­ve­nu pre­mier mi­nistre en 1992, Ra­bin sur­prend tout le monde en re­con­nais­sant l’Or­ga­ni­sa­tion de li­bé­ra­tion de la Pa­les­tine (OLP), vue pour­tant comme l’en­ne­mi ju­ré d’Is­raël.En re­tour, l’OLP ac­cep­ta l’exis­tence de l’état d’Is­raël. Tout à coup,grâce à Ra­bin,les Is­raé­liens se mirent à mieux res­pi­rer. Il y avait de l’es­poir! Même le monde en­tier re­con­nut la va­leur de la dé­marche de Ra­bin en lui dé­cer­nant le prix No­bel de la paix. Mais les ex­tré­mistes par­ti­sans d’un grand Is­raël, eux,n’étaient pas content.Ils ser­virent un sé­rieux aver­tis­se­ment à Ra­bin: « C’est as­sez! » Ra­bin si­gna en 1994 un trai­té de paix avec la Jor­da­nie, pays fron­ta­lier et en­ne­mi ju­ré d’Is­raël. Le peuple is­raé­lien se ran­gea der­rière lui. Les ex­tré­mistes, eux, haus­sèrent le ton: « C’est as­sez! » En 1995, Ra­bin livre à l’OLP les ter­ri­toires de Cis­jor­da­nie et de Ga­za à des fins d’ad­mi­nis­tra­tion. Pour plu­sieurs, c’est le dé­but de la créa­tion d’un état pa­les­ti­nien. Les ex­tré­mistes is­raé­liens sont en fu­rie! Ra­bin vient de fran­chir la ligne qu’il ne de­vait pas fran­chir. Deux mois plus tard, en no­vembre 1995, Ra­bin pre­nait un bain de foule à Tel Aviv. Il ve­nait de pro­non­cer un dis­cours lors d’une ma­ni­fes­ta­tion consa­crée à la paix. Il mar­chait sans se pres­ser au mi­lieu de ses gardes du corps, goû­tant le mo­ment pré­sent, lors­qu’un homme lui ti­ra trois balles par der­rière. Juif re­li­gieux ex­tré­miste, Yi­gar Amir fut je­té en pri­son pour le reste de ses jours. Un ci­néaste ama­teur a fil­mé l’as­sas­si­nat. On peut le voir au http://www.flix.co.il/ta­puz/ showVi­deo.asp?m=1034993. Douze ans jour pour jour après son crime,Yi­gar Amir as­siste à la cir­con­ci­sion de son fils à la pri­son de Ri­mo­nim près de Tel-Aviv, les tri­bu­naux ayant consen­ti à son ma­riage. À l’ex­té­rieur, un homme s’adresse aux mé­dias. Avig­dor Es­kin est une fi­gure de proue par­mi les ex­tré­mistes is­raé­liens. Il a dis­tri­bué à la gran­deur du pays 100 000 exem­plaires d’un film de pro­pa­gande dans le­quel l’as­sas­sin de Ra­bin est peint comme un hé­ros. On pré­sente d’ailleurs Ra­bin comme un traître ayant pac­ti­sé avec l’en­ne­mi. Es­kin dé­clare aux mé­dias : « Yi­gal Amir, c’est Nel­son Man­de­la! Il va sor­tir de pri­son un jour et va de­ve­nir le di­ri­geant cha­ris­ma­tique dont Is­raël a be­soin. Je vais ob­te­nir sa grâce un jour!» Vous ai-je dit que Yi­gal Amir n’éprouve au­cun re­gret? C’est du moins ce qu’il dit. Pour­tant la fille de Shi­mon Peres, un mo­dé­ré au­jourd’hui pré­sident d’Is­raël, a dé­cla­ré : « Yi­gal n’a pas seule­ment tué Ra­bin, il a tué le res­pect de la loi, la dé­mo­cra­tie et le peuple is­raé­lien. » (Avec l’aide du Cour­rier in­ter­na­tio­nal) Yitz­hak Ra­bin a payé de sa vie Le ba­teau Exo­dus en 1947 avec à son bord des cen­taines de Juifs ve­nus se ré­fu­gier en Pa­les­tine.

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