AS­SEZ DE KHA­DR

Le Nord - - POINT DE VUE - François La­fer­rière

La sa­ga d’Omar Kha­dr qui dure de­puis huit ans a connu son dé­noue­ment, du moins pour le mo­ment, en fin de se­maine der­nière. Ce dos­sier est une pre­mière dans les an­nales des pri­son­niers dits de guerre. Ce­lui qui a fi­na­le­ment plai­dé cou­pable à cinq chefs d’ac­cu­sa­tion, dont ce­lui de meurtre du sol­dat amé­ri­cain Speer, a été condam­né par le ju­ry mi­li­taire de la base de Guan­ta­na­mo à 40 ans de pri­son. Mais la po­li­tique et la jus­tice étant ce qu’ils sont, Kha­dr a dans les faits éco­pé d’une sen­tence de huit ans de pri­son. Des né­go­cia­tions di­plo­ma­tiques avaient per­mis d’en ve­nir à cette so­lu­tion pour que les gou­ver­ne­ments amé­ri­cain et ca­na­dien se dé­bar­rassent de ce dos­sier chaud. La ma­jo­ri­té des in­ter­ve­nants po­li­tiques et des or­ga­nismes de dé­fense des droits de l’homme ont réus­si à trans­for­mer ce cri­mi­nel en vic­time. Il faut le faire! Il a tou­jours été pré­sen­té comme un en­fant sol­dat, comme une vic­time de son édu­ca­tion fa­mi­liale et de la si­tua­tion dans son pays d’ori­gine…tout en par­lant du Ca­na­dien Omar Kha­dr. En cours de route les bien-pen­sants ont dé­cri­mi­na­li­sé les gestes de Kha­dr et l’ont trans­for­mé en vic­time. Ils ont omis, ou­blié, la dif­fé­rence ma­jeure de ma­tu­ri­té entre les Af­ghans et nous. À 15 ans, Kha­dr était un adulte. Ceux qui connaissent les moeurs et le mode de vie des gens de cette ré­gion du monde le savent très bien. Le nier ré­sulte de l’igno­rance crasse. Kha­dr a été éle­vé pour de­ve­nir un ter­ro­riste en­ga­gé et ac­tif. Il sa­vait très bien ce qu’il fai­sait et il en est fier. De plus, pour être un en­fant-sol­dat ou un sol­dat, en­core faut-il qu’il y ait une guerre dé­cla­rée. Ce qui n’est pas le cas. La ré­sis­tance ar­mée en Af­gha­nis­tan est le ré­sul­tat de l’ac­tion ter­ro­riste. Il ne s’agit pas de guerre. Dans cet es­prit, la condam­na­tion de Kha­dr par le ju­ry amé­ri­cain tient le coup et il peut re­mer­cier le lob­by des dé­fen­seurs à tout prix des droits de l’homme s’il s’en tire aus­si bien. Son avo­cat a beau dire qu’il a plai­dé cou­pable pour se sor­tir de Guan­ta­na­mo sans être cou­pable, il ou­blie que men­tir en cour s’ap­pelle un par­jure. Kha­dr a faux sur toute la ligne. Avec notre sys­tème de jus­tice élas­tique ou un cri­mi­nel peut être li­bé­ré après avoir pur­gé un tiers de sa peine, Kha­dr pour­rait être li­bé­ré à l’âge de 28 ans soit dans trois ou quatre ans. Ai­me­riez-vous l’avoir comme voi­sin? J’en ai vrai­ment as­sez de cette sa­ga où un cri­mi­nel avoué de­vient une vic­time, pres­qu’un hé­ros. Rap­pe­lons-nous des dé­cla­ra­tions des par­tis d’op­po­si­tion à Ottawa. Les Du­ceppe, Lay­ton et Ignat­tief ont dé­fen­du le Ca­na­dien Kha­dr comme s’il s’agis­sait d’un ho­no­rable père de fa­mille. Dé­so­lant, gê­nant. Sou­hai­tons aux dé­fen­seurs de Kha­dr qu’il ne re­com­mence pas ses ac­ti­vi­tés ter­ro­ristes, il va lui res­ter beau­coup de temps après sa li­bé­ra­tion à 28 ans. Ce­la pour­rait être dur à por­ter pour eux s’il ré­ci­dive. La bonne nou­velle dans tout ce­la, c’est que l’on de­vrait ar­rê­ter d’en en­tendre par­ler. Du moins je l’es­père.

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