09 Guy Tur­cotte ad­met le meurtre de ses en­fants

«J’avais l’im­pres­sion qu’il s’était fait ar­ra­cher quelque chose de lui-même» – Mar­gue­rite Four­nier, sa mère

Le Nord - - ACTUALITÉS - Ri­chard Pas­cone

Le pro­cès du doc­teur Guy Tur­cotte a pris son en­vol, lun­di ma­tin, au pa­lais de jus­tice de SaintJé­rôme, dans une salle d’au­dience rem­plie à pleine ca­pa­ci­té. M.Tur­cotte est ac­cu­sé des meurtres pré­mé­di­tés de ses en­fants, Oli­vier, 5 ans et Anne So­phie, 3 ans. Ce­lui-ci a dé­bu­té le pro­cès en fai­sant l’ad­mis­sion, par l’en­tre­mise de ses avo­cats Guy et Pierre Pou­part, qu’il avait ef­fec­ti­ve­ment tué ses en­fants, en po­sant un acte illé­gal, le 20 fé­vrier 2009, à Pied­mont.

Il ne s’agit tou­te­fois pas d’un plai­doyer de culpa­bi­li­té, car la dé­fense af­firme que son client n’était pas dans l’état d’es­prit re­quis, au sens du Code pé­nal, pour com­mettre des meurtres de fa­çon pré­mé­di­tée. La Cou­ronne de­vra donc prou­ver l’in­ten­tion cou­pable de l’ac­cu­sé.

Té­moi­gnage émo­tif

In­ter­ro­gée par la pro­cu­reure de la Cou­ronne, Me Ma­rie-Na­tha­lie Trem­blay, la mère de M.Tur­cotte, Mar­gue­rite Four­nier, a li­vré un té­moi­gnage émo­tif qui a fait pleu­rer son fils à chaudes larmes. Ce­lui-ci a écou­té les pro­pos de Mme Four­nier qui dé­cri­vait les der­nières heures avant le drame.

Mar­gue­rite Four­nier a dé­bu­té son ex­po­sé en re­la­tant la conver­sa­tion té­lé­pho­nique d’un peu moins d’une heure qu’elle a eu avec son fils le 20 fé­vrier, vers 20h20. La mère de 65 ans est de­meu­rée forte et a ré­pon­du aux ques­tions de Me Ma­rie-Na­tha­lie Trem­blay en sa­chant conte­nir ses émo­tions. «Nor­ma­le­ment, Guy nous té­lé­pho­nait deux à trois fois par se­maine, mais cette se­mai­ne­là, nous n’avions pas eu de nou­velles. Je l’ai d’abord ap­pe­lé et il a rac­cro­ché. Il m’a en­suite rap­pe­lé quelques ins­tants plus tard. J’ai tout de suite sen­ti quelque chose de bi­zarre dans sa voix. Il était dans une grande dé­so­la­tion. Il m’a dit qu’il m’ai­mait et de faire le mes­sage à la fa­mille qu’il les ai­mait aus­si. Il a en­suite par­lé de Whis­ler, en me de­man­dant par­don», in­di­quait-elle en ré­fé­rence au voyage qu’elle avait fait dix mois plus tôt, avec son ma­ri, son fils et sa conjointe Isa­belle Gas­ton, avec la­quelle il avait eu des ten­sions lors du sé­jour.

«On au­rait dit qu’il ne m’en­ten­dait pas. J’ai cru qu’il avait bu, sa voix n’était pas pa­reille. Il me ré­pé­tait sans cesse qu’il nous ai­mait et qu’il me de­man­dait par­don pour Whis­ler. Je lui ai alors de­man­dé ce qui n’al­lait pas et il m’a ré­pon­du “Isa­belle a un amant. Tu te rends compte, ma­man? Ça s’est pas­sé dans ma mai­son, dans mon lit. Fer­nand me l’a dit! Ça dure de­puis des se­maines!” J’avais l’im­pres­sion qu’il s’était fait ar­ra­cher quelque chose de l’in­té­rieur. J’avais peur qu’il pense à s’en­le­ver la vie», a-t-elle ex­pli­qué, pen­dant que Guy Tur­cotte ne pou­vait cacher sa peine dans le box des ac­cu­sés.

«On a be­soin d’aide, vou­lez vous ve­nir s.v.p!»

Mme Four­nier au­rait sou­hai­té se rendre au 240 che­min Beaulne, à Pied­mont, le 20 fé­vrier, mais elle n’avait pas de voi­ture. In­ca­pable de le re­joindre, le len­de­main ma­tin, elle a in­sis­té au­près de son ma­ri pour re­joindre leur fils. Ils se sont d’abord ren­dus au cours de pia­no d’Oli­vier, mais ce­lui-ci était ab­sent. Ils ont en­suite pris la route en di­rec­tion du res­tau­rant, où M.Tur­cotte avait l’ha­bi­tude d’at­tendre la fin du cours de son fils, pour ob­te­nir le même constat. «Nous nous sommes donc di­ri­gés chez lui vers 10h30 le ma­tin. Les stores étaient fer­més, ce qui était anor­mal pour lui. J’ai son­né, mon ma­ri a co­gné, sans ja­mais avoir de ré­ponse. J’ai alors dit “ça y est”. Je n’avais plus d’es­pé­rance. J’ai alors contac­té le 911.»

La Cour a en­suite fait en­tendre la bande so­nore de l’ap­pel de Mme Four­nier. On au­rait pu en­tendre une mouche vo­lée au pa­lais de jus­tice pen­dant cet ins­tant des plus émo­tifs qui a fait fondre Guy Tur­cotte en larme. «On a be­soin d’aide, vou­lez vous ve­nir s.v.p.» a-t-elle ex­pri­mé, en pa­nique, au pré­po­sé qui n’en fi­nis­sait plus avec ses ques­tions.

Mar­gue­rite Four­nier quitte le pa­lais de jus­tice après avoir li­vré un té­moi­gnage émo­tif lun­di.

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