Guy Tur­cotte passe au contre-in­ter­ro­ga­toire

«J’étais en co­lère» – Guy Tur­cotte

Le Nord - - ACTUALITÉS - Ri­chard Pas­cone

Le contre-in­ter­ro­ga­toire de Guy Tur­cotte se met­tait en branle, jeu­di der­nier, au pa­lais de jus­tice de Saint-Jé­rôme. Comme pré­vu, la Cou­ronne a mis l’em­phase sur la co­lère que vi­vait l’ac­cu­sé en 2009, en plus de mettre en doute ses réelles in­ten­tions de sui­cide, afin de prou­ver qu’il avait l’état d’es­prit re­quis, au sens du Code pé­nal, pour com­mettre un meurtre pré­mé­di­té.

20 fé­vrier 2009, Guy Tur­cotte se rend à la mai­son fa­mi­liale pour s’oc­cu­per de ses en­fants, puisqu’Isa­belle lui a in­di­qué qu’elle se­rait ab­sente. M. Tur­cotte croit bien croi­ser Mar­tin Huot, puisque sa conjointe lui a men­tion­né, au té­lé­phone, qu’elle «s’ar­ran­ge­rait», sans lui. Les conjoints, ré­cem­ment sé­pa­rés, avaient eu une dis­pute, quelques heures plus tôt, puisque ni un, ni l’autre, pou­vait s’oc­cu­per des en­fants.

Guy Tur­cotte n’a pas hé­si­té à ré­pondre lorsque ques­tion­né à sa­voir ce qu’il fe­rait lors d’une éven­tuelle ren­contre avec son ri­val à la mai­son: «je l’au­rais sor­ti». Une ques­tion im­por­tante dans le dé­bat, puisque rap­pe­lons que le 10 fé­vrier, Guy Tur­cotte avait agres­sé phy­si­que­ment le nou­veau conjoint d’Isa­belle Gas­ton. «J’ai vu l’au­to de Mar­tin dans le sta­tion­ne­ment. J’étais fâ­ché contre lui. C’était la pre­mière fois que je pou­vais lui dire ce que je pen­sais. Quand je suis ar­ri­vé face à face avec lui, il te­nait un ca­fé dans ses mains, dans ma cui­sine. J’ai eu une mon­tée d’adré­na­line et je l’ai frap­pé.» Mar­tin Huot n’a pas ré­pli­qué et s’en est ti­ré avec une ec­chy­mose à l’oeil.

«Tu veux la guerre? Tu vas l’avoir!»

Comme pré­vu, à son ar­ri­vée à la mai­son fa­mi­liale, la voi­ture de ma­dame Gas­ton n’y était plus. Il dé­cide alors d’en­trer, sans son­ner, n’y co­gner et croise la mère des en­fants, en en­trant, avec Anne-So­phie dans les bras. «Qu’est-ce qu’elle fait là», fut sa pre­mière ré­ac­tion. «Oli­vier m’a en­ten­du par­ler et il est ve­nu me re­joindre. Il m’a dit bon­jour et m’a don­né un bec», a-t-il in­di­qué en re­te­nant tout juste ses larmes. Il aper­çoit en­suite Mar­tin Huot «Qu’est-ce qu’il fait là en­core, lui?» s’est-il ex­cla­mé, en in­di­quant qu’il avait peine à re­te­nir sa tris­tesse et sa co­lère.

Guy Tur­cotte se rend en­suite au gym­nase, avant d’al­ler au tra­vail. Vers 13h30, il quitte l’hô­pi­tal pour al­ler cher­cher Anne-So­phie, à la gar­de­rie et Oli­vier, à l’école. En route vers le club vi­déo, où il al­lait louer des films un peu plus tard, Guy Tur­cotte a une conver­sa­tion des plus mou­ve­men­tées avec sa femme, au cel­lu­laire: «Elle m’a dit de ne pas pas­ser cher­cher les ra­quettes pour les en­fants, car elle avait fait chan­ger les ser­rures. Elle m’a pro­po­sé de ve­nir les por­ter, mais j’ai re­fu­sé. Elle m’a in­for­mé qu’elle avait ap­pe­lé un avo­cat, pour sa­voir si elle pou­vait le faire, parce qu’elle ne se sen­tait plus en sé­cu­ri­té. J’étais en co­lère, mais contrai­re­ment à ce qu’Isa­belle a dit lors de son té­moi­gnage, je n’ai pas crié. J’ai seule­ment haus­sé le ton. J’ai ter­mi­né la conver­sa­tion en lui di­sant, tu veux la guerre, tu vas l’avoir et j’ai rac­cro­ché.»

« Après avoir pas­sé au club vi­déo, je me suis ren­du à la mai­son avec les en­fants. Je leur ai mis un film et nous avons sou­pé en le re­gar­dant. Je n’ai pas consom­mé d’al­cool du­rant la jour­née, ni pris de mé­di­ca­ments à te­neur toxique.»

Ten­ta­tive de sui­cide mise en doute

Le car­dio­logue de l’hô­pi­tal de Saint-Jé­rôme, n’a ja­mais pen­sé à uti­li­ser des mé­di­ca­ments de l’hô­pi­tal pour se sui­ci­der. Bien qu’il a ad­mis avoir fa­ci­le­ment ac­cès à des mé­di­ca­ments po­ten­tiel­le­ment mor­tels au centre hos­pi­ta­lier, il a pré­fé­ré avoir re­cours au mé­tha­nol, un pro­duit toxique conte­nu dans le lave-glace. C’est ce qu’il a ex­pli­qué au ju­ry, lors de la pre­mière jour­née du contre-in­ter­ro­ga­toire de la Cou­ronne.

M. Tur­cotte a ex­pli­qué qu’il «ne pen­sait pas au sui­cide» lors­qu’il était au tra­vail. Dé­jà, en 2007, il avait des idées sui­ci­daires, mais seule­ment de fa­çon «ponc­tuelle», a-t-il pré­ci­sé. «Ça se passe après mes chi­canes avec Isa­belle. C’est une idée pas­sa­gère qui ne dure ja­mais bien long­temps.» L’ac­cu­sé a ad­mis avoir pen­sé à prendre du poi­son à rat, du mé­tha­nol ou en­core se lan­cer en bas du toit, mais ja­mais, de se ser­vir de la banque de l’hô­pi­tal pour ar­ri­ver à ses fins.

Une longue ago­nie

Me Clau­dia Char­bon­neau a sem­blé vou­loir mettre en doute les réelles in­ten­tions de sui­cide de l’ac­cu­sé de 39 ans. Le mé­tha­nol pro­voque des symp­tômes en 12 à 24 heures après sa consommation. a-elle ex­pli­qué. M. Tur­cotte a ad­mis connaître l’exis­tence de cet ef­fet à re­tar­de­ment, mais croyait «tom­ber dans un co­ma pro­gres­sif, pour en­suite mou­rir dans les 12 à 24 heures sui­vantes.»

La suite

Sui­vez la der­nière jour­née du contrein­ter­ro­ga­toire sur le www.jour­nal­le­nord.com. La Cou­ronne de­vrait pas­ser au peigne fin les dé­tails du drame du 20 fé­vrier 2009.

Me Clau­dia Car­bon­neau, sui­vie d’Isa­belle Gas­ton et de Me Ma­rie-Na­tha­lie Trem­blay.

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